Impôts locaux: Pourquoi une réforme
Parmi les trois taxes locales gérées par la DGI, la Taxe des services communaux occupe la première place en termes de rendement. Ses recettes atteignent 3,2 milliards de DH à fin novembre 2018. Globalement, les ressources gérées par l'Etat pour le compte des collectivités territoriales ont quasi stagné
Simplifier et clarifier les règles d'assiette, instituer une fiscalité locale structurante, repenser le mode de gouvernance… La fiscalité locale dont la contribution au financement des collectivités territoriales est limitée (le tiers seulement) devrait être remise à plat lors des prochaines assises fiscales. Les réunions préparatoires ont commencé et les premières rencontres avec les experts et les différentes organisations vont bientôt démarrer.
L'idée n'est pas seulement d'assurer des recettes conséquentes et d'accroître la part des recettes fiscales locales dans le financement des collectivités territoriales mais surtout d'assoir une égalité entre les contribuables et entre les territoires.
Une convergence avec les bases d'imposition de la fiscalité de l'Etat est également souhaitée. Cela permettra de parvenir dans une seconde étape à un code général des impôts regroupant la fiscalité locale et celle de l'Etat. Mais la tâche ne risque pas d'être facile!
Le diagnostic réalisé par la Direction des collectivités locales, qui a tenu de nombreuses réunions au cours des derniers mois avec les professionnels et qui s'est également appuyé sur les études réalisées par certaines institutions, interpelle: 32% des communes assurent 89% des recettes. Des recettes dont le rythme de croissance n'est pas corrélé à celui des dépenses. Sur les quatre dernières années, elles ont quasi-stagné.
Pourtant le potentiel fiscal des différentes taxes est jugé intéressant. Le rendement des taxes foncières est affecté par les nombreuses mesures d'exonération dont la rationalité économique et sociale est jugée discutable ainsi que par des dysfonctionnements au niveau de la gouvernance; contrôle, identification des contribuables, etc.
Les autres taxes (taxe de séjour, taxe sur les eaux minérales et de table…) gérées par les collectivités locales sont déclaratives et nécessitent des connexions entre administrations et des moyens de contrôle. La gestion de la fiscalité locale est partagée entre différentes entités (communes, la Trésorerie générale du Royaume et la direction générale des Impôts) mais sans qu'un système d'échange d'informations efficace ne soit mis en place.
Aujourd'hui, une simplification du système fiscal local jugé opaque et complexe est attendue. Les règles d’assiette et de liquidation en particulier posent des difficultés d’interprétation car les textes sont souvent ambigus. C'est le cas par exemple pour l'article 20 de la loi 47-06 sur la taxe d'habitation, laquelle est établie au nom du propriétaire ou de l'usufruitier et à défaut, au nom du possesseur ou de l'occupant.
Une formulation qui n'est pas claire dans la mesure où l’expression «à défaut» a un sens résiduel. «Elle peut être entendue comme signifiant qu’en droit commun le redevable est le propriétaire et que l’occupant ne l’est que si le propriétaire fait défaut, c’est-à-dire si l’administration ne parvient pas à l’imposer», souligne l'étude-diagnostic sur la fiscalité locale.
Même les bases d'imposition de certains impôts doivent être revues. La taxe d'habitation, assise sur la valeur locative du bien, est déterminée par voie de comparaison. Elle est fixée d'après la moyenne des loyers pratiqués pour les habitations similaires dans le même quartier.
Or sur le terrain, une hétérogénéité importante des valeurs locatives est relevée en raison du non respect de la méthode de détermination arrêtée par la loi. Le Club marocain de la fiscalité estime qu'elle est fixée «arbitrairement en faisant parfois référence à des précédents ou des cas exceptionnels de location à des tarifs élevés pour en faire une règle générale» (Cf L'Economiste N°:5258 du 24/04/2018).
La taxe professionnelle est également jugée complexe avec des tarifs et modalités d’application très variés. «Elle frappe l’investissement alors qu'elle devrait se baser sur la valeur ajoutée», soutient le Club marocain de la fiscalité. Cette taxe constituerait même un frein au développement des entreprises puisqu'elle frappe les équipements pénalisant celles qui investissent beaucoup.
La taxe professionnelle se base aussi sur la valeur historique des équipements et non la valeur nette comptable. Son assiette est jugée déconnectée de l'activité réelle et elle serait même génératrice d'inégalités puisqu'elle pénalise en particulier les entreprises de production.
Le 28/02/2019
Source web : l’économiste
Les tags en relation
Les articles en relation
La CFCIM propose une refonte de la grille IS
Comment instaurer un système fiscal juste? L'interrogation est récurrente et les propositions de réponses de la CGEM, de l'Ordre des experts-comptabl...
Économie marocaine : résilience malgré la crise mondiale
Le dernier rapport Global Economic Prospects de la Banque Mondiale, publié en juin 2025, annonce une croissance mondiale historiquement faible, estimée à 2,3...
Amnistie fiscale : 125 Mds DH pour dynamiser l’économie
Les avoirs déclarés dans le cadre de l’amnistie fiscale 2024, évalués à 125 milliards de dirhams, représentent une opportunité majeure pour renforcer l...
Relance économique: des commissions techniques CGEM-gouvernement vont traiter les problèmes en sus
Fiscalité, code du travail, arriérés et délais de paiement, commande publique, etc... Tous les problèmes en suspens, qui freinent l'investissement selo...
Contrôles fiscaux: un hasard? Pas du tout...
Ils sont devenus une source importante de recettes fiscales. Pourtant, les contrôles fiscaux ne sont jamais le fruit d'un hasard. Ils sont devenus un im...
PLF 2025 : nouvelles mesures fiscales pour l'achat de voitures de tourisme par les entreprises
Le Projet de Loi de Finances (PLF) 2025 introduit des modifications significatives en matière de fiscalité automobile, offrant de nouvelles opportunités d...
Emprunt national: le montage de toutes les contraintes
Anonymes ou nominatifs? Négociables ou non cessibles? Les modalités du futur grand emprunt national, voulu par Mohamed Benchaâboun, donnent du fil à retordr...
Contribution de solidarité: les 2 milliards de DH prévus en 2019 encaissés
La situation à fin mars des recettes fiscales gérées par la DGI montre que les 2 milliards de DH prévus par l’Etat au titre de la contribution sociale de ...
Exclusif - Tourisme: Fettah Alaoui trace les priorités de la relance
La ministre de tutelle exposera sa copie aujourd’hui au CVE Déconfinement, impôts, lutte contre l’informel… le mode opératoire «Nous devons jure...
ALERTE TSGJB Fiscalite locale au Maroc : la DGI modernise la taxe d’habitation, mais les reclamati
Depuis juin 2025, la Direction générale des impôts (DGI) assure l’émission et le recouvrement de la taxe d’habitation et de la taxe de services communau...
Cannabis au Maroc : Comprendre la Loi 13-21 et ses Implications pour l'Économie et la Société
La loi 13-21 sur les usages licites du cannabis, en vigueur depuis mars 2022, vise à offrir au Maroc un cadre légal structurant pour le développement des fil...
PLF 2024 : Refus de l'augmentation des taxes sur l'alcool, la santé des citoyens en balance
Le gouvernement a rejeté les propositions parlementaires visant à augmenter les taxes sur la consommation de boissons alcoolisées en invoquant la nécessité...


mardi 5 mars 2019
0 















Découvrir notre région