Henri Poupart-Lafarge: "Voilà en quoi le Maroc est un pays stratégique pour Alstom"
Fournisseur des tramways de Rabat et Casablanca et des rames de LGV Tanger-Casablanca, l’entreprise française a présenté le 28 avril ses nouvelles solutions d’électro-mobilité à la presse internationale. Son PDG est revenu sur les contrats marocains en cours et sur les projets à venir.
Médias24: Aujourd’hui, Alstom c’est quoi au Maroc?
Henri Poupart-Lafarge: C’est un partenariat fort en termes de solutions tramways, LGV et locomotives (fourniture et maintenance) pour l’ONCF.
Alstom, c’est aussi Cabliance qui est une unité de production de faisceaux de câbles électriques basée dans la ville de Fès. Nous allons développer cette usine, rachetée en 2016, en taille pour accroître ses exportations européennes (214 millions d’euros).
Le Maroc est donc un pays extrêmement stratégique car nous avons l’intention de participer à tous les appels d’offres. Hormis la fourniture de solutions de mobilité aux autorités locales et à l’ONCF, nous allons renforcer notre présence locale pour fournir le marché marocain et international.
Alstom qui est présent depuis un siècle au Maroc est très bien positionné pour les projets à venir.
-Etes-vous menacé par la concurrence chinoise pour les futurs tramways?
-Nous n’avons pas encore répondu aux appels d’offres donc nous ne connaissons pas nos éventuels concurrents. Cela ne nous empêche pas de vouloir inscrire notre relation commerciale dans la durée avec la ville de Casablanca et d’obtenir de nouveaux marchés.
-Qu’en est-il de votre taux d’intégration au Maroc?
-Dans chaque appel d’offres, il y a des questions de localisation. On a le choix entre faire de la localisation pour chaque marché remporté mais il faut une taille critique pour investir. On ne peut pas installer une usine de production de locomotives avec la commande de l’ONCF qui est juste de 30 unités.
En revanche, on peut localiser des structures destinées à l’export avec un marché plus large que le Maroc. Alstom va donc continuer à développer l’expertise câbles au Maroc pour le marché européen.
Cela ne va pas augmenter le taux de localisation d’un train vendu au Maroc mais cela renforcera notre présence sur place.
-Comptez-vous suivre l’exemple de Renault et de Peugeot qui utilisent le Maroc comme hub?
-Alstom suit de très près le plan d’accélération industrielle initié par les autorités marocaines mais le préalable à tout investissement d’importance est la garantie d’avoir un vrai tissu de fournisseurs. C’est très important car pour construire un train, Alstom achète les trois quarts des éléments le composant. Pour nous installer, il faut un tissu de fournisseurs capable de répondre à nos besoins.
De ce point de vue, ce qui se passe avec l’automobile et l’aéronautique est de bon augure car cela encourage les fournisseurs étrangers à établir des bases de production au Maroc. Cela donne des compétences nouvelles et de la maturité à la main d’œuvre locale. Cette montée en puissance de l’industrie marocaine a pesé dans notre décision de racheter l’usine de Fès mais pour installer une grosse usine de production, nous attendons d’obtenir satisfaction sur le tissu de fournisseurs.
-Vous êtes pourtant présent en Inde et au Brésil?
-Nous avons effectivement des bases industrielles dans ces deux pays mais il faut savoir que quand nous leur vendons un métro ou un train, 80% des pièces sont produites par des fournisseurs locaux.
L’installation dépend aussi de la taille du marché. C’est le cas de l’Afrique du Sud qui nous a commandé 600 trains. Avec une telle commande, il est plus facile de délocaliser la production sur place
-Le marché marocain n’est donc pas assez mûr?
-Il présente un grand intérêt pour l’avenir car en ne parlant que de l’ONCF, la moyenne d’âge de ses trains oscille entre 20 et 40 ans. A ceci, il faut rajouter les projets de tramways à Fès, Tanger, …
Pour l’instant, nous voulons renforcer notre présence au Maroc qui peut constituer un trait d’union avec l’Afrique du Sud car le continent a un potentiel énorme en matière de transport ferroviaire et urbain.
-Il n’est donc pas exclu d’installer une nouvelle unité industrielle au Maroc?
-Non car il faut juste le bon tempo entre la maturité locale et celle du marché.
-Votre nouveau bus électrique "Actis" peut-il intéresser le Maroc?
-Le transport commun est une question essentielle au Maroc car les bus marocains sont très polluants et de plus, il y a une multitude d’opérateurs qui n’aide pas à la structuration du réseau.
Avant de s’équiper de bus électriques, il faut absolument qu’il y ait une autorité qui chapeaute tous les modes de transport. Cela viendra car la préservation de l’environnement prend de plus en plus d’’importance au Maroc.
-Etes-vous intéressé par le projet de RER dans la ville de Casablanca?
-Nous le suivons de près mais tout comme celui du métro, il n’est qu’à une phase d’études.
-Pour les TGV, Alstom va-t-elle rester le fournisseur attitré de l’ONCF?
-Nous avons livré les douze rames de la ligne à grande vitesse mais nous ne sommes pas encore dans une phase de renouvellement ni d’accroissement.
-Que répondez-vous à ceux qui pensent que l’ONCF aura du mal à gérer la sécurité des TGV?
-Alstom n’est pas un opérateur mais l’ONCF est soumise à un cahier des charges strict sur le respect des normes internationales de sécurité. Que ce soit au niveau de la vitesse ou des actes de sabotage, tout est prévu pour faire face au moindre incident donc il n’y a pas lieu de s’inquiéter outre mesure.
Le 02 Mai 2017
SOURCE WEB Par Médias 24
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mercredi 3 mai 2017
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