Chronique: Le néo-marocain et le nouveau monde-par Anass Benaddi
Nous vivons dans une époque où le plus anonyme des badauds peut, en un coup d’index, prétendre au titre de grand reporter. Le téléphone portable couplé à internet est sans conteste l’invention majeure de ce début de siècle. Plus qu’une révolution technologique, il devient une nouvelle déclaration des droits de l’homme à une époque où se dernier retrouve le goût du rejet de l’ordre établi.
Le Maroc ne semble pas échapper à cette nouvelle donne. Une réalité qu’expriment clairement les réseaux sociaux, et qui en très peu de temps se sont substitués aux canaux traditionnels -souvent officiels- de l’information. Il n’est pas nécessaire ici de commander une étude à un bureau étranger pour apprendre que de plus en plus de marocains « zappent » les chaînes nationales pour passer plus de temps sur Facebook par exemple.
Selon les chiffres officiels, ils sont 13 millions à explorer ce gigantesque et impitoyable univers bleu où se font pour se défaire des opinions et des avis tout aussi tranchés que tranchants, le tout dans un entrechoquement qui cache à peine la douce naïveté des uns et la ferme détermination d’en découdre des autres.
Et ceux-là ont visiblement l’avantage du nombre.
Cette assourdissante cacophonie qui se joue quotidiennement et sans interruption au rythme des clics, des partages et des commentaires outrageusement désinhibés, dessine les contours de ce néo-marocain qui découvre pleinement son aptitude longtemps réprimée à donner son avis sur tout, et, dans le contexte actuel, crier sur tous les écrans qu’il ne croit plus en presque rien.
Les premiers à faire les frais de cette évolution, qu’il ne serait pas saugrenu d’appeler révolution, sont incontestablement les politiques.
Il ne serait pas totalement injuste non plus de dire qu’ils ne l’ont pas volé !
Les réseaux sociaux grouillent aujourd’hui de documents numériques que l’on peut aisément décrire comme des éléments à charge, des pièces à conviction qui lèvent le voile sur la pratique politique au Maroc pour la présenter désormais telle qu’elle est, sans filtre ni saupoudrage, sous ses traits les plus repoussants.
De la déclaration hilarante à la plus vile des tentatives de récupération, en passant par les spectacles vaudevillesques des élus qui s’étripent dans le huis-clos d’un conseil communal au sujet de l’attribution de telle ou telle concession comme le feraient des chefs de jacqueries se partageant le butin d’une fructueuse rapine, le néo-marocain met tout dans la boîte ! Il filme, capture, enregistre et dénonce. Il dénonce et refuse la compromission. Les politiques, eux, ne réagissent pas. Ils se contentent de faire ce qu’ils savent faire le mieux. Ils restent statiques et attendent que la tempête passe. Ils jouent la montre et misent sur l’oubli. Une parade d’une autre époque que le néo-marocain n’a pas connue…
Ils ne le savent probablement pas mais le néo-marocain ne cherche peut-être plus à les combattre. Le néo-marocain a simplement choisi de s’ouvrir sur le nouveau monde qui s’offre à lui au bout du clic. Et peut-être que lui non plus ne le sait pas…Du moins pas encore.
Le 15 octobre 2018
Source Web : La Lettre
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mardi 16 octobre 2018
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