Le post-Covid-19 pour intégrer l’informel
Le président du CESE met une proposition sur la table
Le chef du gouvernement à l’origine de l’absence de convergence des politiques sectorielles
90% des rapports du Conseil viennent des auto-saisines
«Il est impératif de libérer les énergies des Marocains et supprimer l’économie de rente pour ouvrir les secteurs à tout le monde. Il s’agit d’éliminer 80% des autorisations pour les remplacer par des cahiers de charges», souligne Ahmed Réda Chami, président du CESE (Ph. Bziouat)
Le Conseil économique social et environnemental (CESE) a lancé l’étude sur l’impact du Covid-19 sur les plans économique, social et politique, à la demande de la Chambre des représentants. En dépit de cette commande, son président, Ahmed Réda Chami reste confronté à une difficulté de taille.
La plupart des rapports du Conseil ne sont pas appliqués dans l’élaboration des politiques publiques, concède le président lors d’un débat par visioconférence organisé le week-end dernier par la Fondation Lafqui Titouani. Ahmed Réda Chami est conscient de ce travers qui plombe cette institution constitutionnelle.
Toutefois, il se console à l’idée que certaines recommandations ont été prises en compte comme c’est le cas pour le rapport sur le Partenariat public-privé ou encore les Assises de la fiscalité. Cette mise à l’écart s’explique par le fait que 90% des rapports sont élaborés par auto-saisine. Ce sont autant de sujets majeurs que le CESE traite sans attendre la commande d’une institution. Le choix des sujets se fait au niveau des commissions, avec un mécanisme de veille assuré par un modèle.
Mohamed CHAOUI
? Vaincre les réticences
Pour inverser la tendance, le président est conscient de la nécessité de convaincre le chef de gouvernement et les présidents des deux Chambres du Parlement. L’objectif est de les sensibiliser pour vaincre les réticences. Les avantages et la richesse d’un rapport du CESE sur telle ou telle politique publique sont incontestables. «C’est de ma responsabilité, je dois convaincre nos partenaires d’aller de l’avant», dit-il en substance, en mettant en avant le rôle de plaidoyer de l’institution. En tout cas, il compte mettre prochainement une plateforme tournée vers les citoyens pour le choix des sujets à traiter par le conseil. Cette proposition vise à approfondir l’approche participative.
? Terrible impact sur les entreprises, l’emploi,…
Au sujet du post-Covid-19, le président du CESE a été direct: l’impact sera terrible sur l’emploi, les entreprises, la classe moyenne,… Pour lui, les mesures prises dans le cadre du Comité de veille économique visent à faciliter l’endettement des entreprises.
? L’informel organisé cohabite avec le secteur formel
Au cours du débat, Ahmed Réda Chami a distingué deux types d’informel. L’un est l’informel organisé comme c’est le cas pour la contrebande ou la sous-facturation. Pour lutter contre ces pratiques, une décision politique de la douane et des impôts est indispensable, dit-il. Même les entreprises organisées font basculer une partie de leurs activités dans l’informel, entre 20 et 50% pour ne pas payer d’impôts et échapper à la concurrence déloyale.
? L’informel social est le plus dominant
L’autre type d’informel a trait au social. Il rassemble les vendeurs ambulants, les gardiens de voitures, les artisans, mahlabat,… On compte 2 millions d’unités de production informelle et l’Etat doit penser sérieusement comment les intégrer dans le circuit formel de manière progressive, souligne le président. Selon lui, le Covid-19 est une occasion unique pour sauter le pas. En avril dernier, en dehors des agriculteurs, les aides financières ont concerné 5,1 millions de chefs de familles qui travaillaient dans l’informel et qui ont perdu leurs revenus. Chiffre qu’Ahmed Réda Chami multiplie par 3 pour trouver 15 millions de personnes qui vivent des activités de l’informel. Du coup, il fait une proposition concrète pour les attirer vers le secteur formel. Ainsi, il est important qu’ils adhèrent à la CNSS pour bénéficier des allocations familiales et de la couverture médicale. En contrepartie, le harcèlement administratif dont ils font régulièrement l’objet sera supprimé. Avec une telle offre, le président est convaincu qu’ils vont jouer le jeu et accepteront de payer un impôt forfaitaire, entre 1.500 et 4.000 DH. Mais cette offre suppose de changer le texte organisant la CNSS pour permettre aux individus d’y adhérer.
? Le choix des technocrates pour gouverner
Pour le président du CESE, le Maroc a déjà essayé la formule. Une meilleure participation et une adhésion des citoyens passent par un gouvernement politique. Mais à charge des partis de recruter des profils pointus. Entre temps, il faudra revoir le code électoral, le soutien financier, tout en exigeant une ouverture des partis politiques sur l’extérieur.
? L’absence de convergence sectorielle incombe au chef de l’exécutif
La convergence des politiques publiques ne vient pas naturellement. C’est le rôle du chef du gouvernement de coordonner les stratégies sectorielles de ses ministres. C’est lui qui assume cette responsabilité en assurant la convergence nécessaire. De même, l’évaluation des politiques publiques ne doit pas être négligée comme c’est le cas actuellement. Pour Ahmed Réda Chami, «le ministère en charge du secteur peut le faire, mais la véritable évaluation doit être réalisée par un organisme indépendant».
Patron de l’USFP? C’est possible
Ahmed Réda Chami ne s’en cache pas. Ses opinions publiques sont clairement affichées: «je suis toujours à l’USFP. J’étais membre du bureau politique mais j’ai préféré démissionner, en défendant l’existence des courants au sein du parti». Le président du CESE est conscient des problèmes organisationnels que connaît son parti. Le prochain congrès sera organisé en 2021, sachant que Driss Lachgar ne peut prétendre à un 3e mandat, conformément aux statuts du parti. Sauf qu’il semble souhaiter convoquer le congrès après les prochaines élections, communales, régionales et législatives. En tout cas, dans les rangs du parti, le nom de Ahmed Réda Chami est avancé pour le poste du prochain premier secrétaire de l’USFP. Sera-t-il candidat? «Pour le prochain congrès, il faudra une plateforme et une réconciliation avec les citoyens. Cela doit être discuté dans les sections des différentes villes pour sortir avec un projet politique. Si l’on accepte de le défendre en groupe, je pourrais prendre mes responsabilités», affirme l’ancien ministre.
Le 16/06/2020
Source Web Par L’économiste
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mercredi 17 juin 2020
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