Un triple choc sanitaire, économique et financier inédit
Un cheminement inverse à la crise de 2008?
Une reprise lente et graduelle
Le 16 mars dernier, le VIX, indice de la peur des investisseurs sur le marché financier américain, a atteint son plus haut niveau depuis 2000, en dépassant les 82 points. La confiance est ensuite revenue progressivement. Début juin, l’indice était aux alentours de 25 points. Cela dit, le VIX est remonté, encore une fois, à la barre des 40 points, vendredi 12 juin (autour de 42 points lundi 15 juin)
Le flou, c’est ce qui caractérise cette crise pandémique. En l’absence d’un précédent historique, d’informations sûres sur le virus et sur le développement des conditions épidémiologiques, les gouvernements tâtonnent, improvisent. Les marchés pour leur part perdent leur boussole, s’affolent.
«A l’annonce de l’apparition du virus par la Chine le 10 janvier 2020, les marchés n’ont pas réagi. Ils n’ont commencé à le faire qu’après les annonces successives de confinement des pays. Nous sommes passés de la sous-réaction à la sur-réaction, avec des pertes remarquables et une grande volatilité», rappelle Zied Ftiti, professeur d’économie monétaire et financière l’EDC Paris Business School, lors d’une e-conférence organisée récemment par l’ENCG Casablanca (voir article précédent).
Dès février la panique a commencé à s’installer. «Durant le mois de mars, les marchés financiers ont enregistré des chutes historiques. Il y a d’abord eu une correction, puis un effondrement suivi de l’une des plus fortes volatilités jamais enregistrées. Entre le 18 février et le 16 mars, l’indice de volatilité du marché financier américain, le VIX, a augmenté de plus de 4,5 fois», relève Sabri Boubaker, professeur de finance à l’EM Normandie.
En effet, le VIX, que certains appellent l’indice de la peur des investisseurs, a dépassé les 82 points le 16 mars dernier, un record sur les 20 dernières années. Le VIX n’est allé au-delà du seuil des 40 points que quelques 3 fois depuis 2000 (attentats du 11 septembre 2001, scandale financier d’Enron en 2002 et crise des subprimes en 2008).
Par rapport à la crise de 2008, celle du Covid-19 semble prendre le chemin inverse. «D’un choc sanitaire, nous avons abouti à un choc économique qui se transformera probablement en une crise financière. En 2008, nous étions partis d’une crise financière devenue ensuite économique», précise Ftiti.
Selon l’économiste, les mesures de confinement prises par les pays ont engendré trois effets: un choc d’offre, suite à l’arrêt volontaire de l’activité des entreprises, un choc de la demande, en raison des restrictions de mobilité et de la tendance des ménages à épargner, et enfin, une incertitude déconcertante pour les investisseurs.
A la mi-mars, la Chine, l’Allemagne, l’Angleterre, la France et l’Italie, qui représentent 60% de l’offre et 65% de la demande mondiales, et 41% de l’industrie manufacturière, étaient confinées. Au moins les deux tiers de l’économie mondiale étaient donc à l’arrêt.
«Les réactions à la crise sont un phénomène à étudier en soi. Nous ne savons plus quelle est la cause de la conséquence des effets auxquels nous assistons: sont-ils dus à la crise, ou à la réaction à la crise?», fait remarquer Karim Ben Slimane, professeur de stratégie à l’ISC Paris.
Malgré la complexité de la situation et les incertitudes qui l’entourent, les Etats ont rapidement réagi, en injectant des centaines de milliards de dollars dans leurs économies. Pour leur part, les banques centrales ont abaissé leurs taux directeurs allant jusqu’à offrir de l’argent gratuit, et racheté en masse des bons du trésor.
Les Etats ont annoncé des plans de relance gigantesques. Cette approche budgétaire expansionniste, destinée à faire redémarrer l’économie, se traduira par une hausse substantielle de l’endettement des pays. Le FMI prévoit une dette publique mondiale de 96,4% du PIB en 2020, contre 83,3% en 2019, soit une augmentation de 13 points.
Avec l’allègement des mesures de confinement à l’échelle internationale l’espoir renaît. Mais selon les observateurs, la reprise serait graduelle. Pour le FMI, elle serait beaucoup plus longue que prévu.
Après-crise: Les solutions «bricolées» vont-elles survivre?
Pour sortir de la crise engendrée par le Covid-19, «retrouver de l’ordre dans le désordre» ambiant, gouvernements et entreprises ont bricolé, selon Karim Ben Slimane, professeur de stratégie à l’ISC Paris. Ce qui a été bricolé va-t-il, cependant, perdurer? «Allons-nous être dans une rupture schumpetérienne, avec une destruction de tout un ensemble de modèles, managériaux, cognitifs…? Le télétravail, par exemple, va-t-il révolutionner le travail ou bien serait-il une simple parenthèse», s’interroge le chercheur.
Des questions, la crise en suscite beaucoup, et dans tous les domaines. L’une des plus récurrentes est sans doute celle autour de la survie du modèle ultra libéraliste. Certains chercheurs prédisent déjà les tendances qui se dessineront dans les prochaines années. «Je ne crois pas à une remise en cause fondamentale du libéralisme, mais à une réadaptation et à une reconsidération de la mondialisation à outrance qui a montré ses limites. La question se posera aussi par rapport à la dépendance de l’économie mondiale à un seul pays, l’usine du monde», relève Sabri Boubaker, professeur de finance à l’EM Normandie.
Le chercheur perçoit d’autres évolutions. En matière de sous-traitance et de chaînes d’approvisionnement à l’échelle mondiale, les cartes seront redistribuées, selon Boubaker, offrant ainsi une chance aux pays de la rive sud de la Méditerranée de se positionner pour saisir de nouvelles opportunités. La politique du zéro stock ne serait plus d’actualité, cédant la place aux stocks de sécurité. Les chaînes logistiques seraient, par ailleurs, revues.
«Le fournisseur optimal ne sera plus celui offrant simplement le coût le moins élevé. La proximité géographique rentrera dans l’équation. Il s’agira à la fois de diversifier les fournisseurs et de procéder à un arbitrage entre le coût de l’approvisionnement et la probabilité de sa rupture», prévoit le professeur à l’EM Normandie.
«La RSE ne sera plus la même après le Covid-19, les entreprises seront plus engagées envers l’environnement, envers leurs salariés, elles feront preuve de plus de flexibilité, recourront plus au travail à temps partiel… La digitalisation ouvrira des possibilités auparavant inimaginables», ajoute-t-il.
Relocalisation d’activités, réindustrialisation, développement de nouveaux produits d’assurance, réorientation des investissements… De nombreuses prévisions émergent d’ores et déjà, bousculant les paradigmes préétablis.
Le 15/06/2020
Source Web Par L’économiste
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mercredi 17 juin 2020
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