Plus de la moitié de l’humanité contrainte de ne plus sortir pour tenter d’endiguer la pandémie
Malgré la mise en place de mesures de confinement plus ou moins drastiques sur les cinq continents, l’épidémie due au coronavirus continue de faire des ravages et de mettre à mal les hôpitaux, où les personnels de santé, peu importe les pays, manquent de masques et de matériel adapté, et où les victimes sont inhumées ou incinérées à la hâte.
Selon un décompte de l’Agence France-Presse (AFP), plus de trois milliards de personnes sont concernées par ces mesures. Exception notable, la province chinoise du Hubei, épicentre de la pandémie, a vu ses restrictions levées après deux mois, à l’exception de la ville de Wuhan.
L’épidémie a fait au moins 20 647 morts et contaminé plus de 450 876 personnes. Ce nombre de cas diagnostiqués ne reflète toutefois qu’une fraction du nombre réel de contaminations, un grand nombre de pays ne testant désormais plus que les cas nécessitant une prise en charge hospitalière.
L’Inde, avec son 1,3 milliard d’habitants, est le dernier pays en date à avoir instauré un confinement général, qui prend effet mercredi. Environ 40 pays ont fait de même, notamment en Europe (Royaume-Uni, France, Italie, Espagne), mais aussi la Californie, la Colombie, l’Argentine, le Népal, l’Irak et, dès jeudi, l’Afrique du Sud.
Au moins sept d’entre eux (comptant au total plus de 416 millions d’habitants), dont l’Iran, l’Allemagne et le Canada, ont, quant à eux, appelé leur population à rester chez elle, sans mesures coercitives. La Russie est le dernier pays en date à avoir fait de telles recommandations, ce mercredi.
Au moins 18 pays ou territoires (plus de 300 millions de personnes) ont mis en place des couvre-feux, interdisant les déplacements en soirée et pendant la nuit. C’est notamment le cas de l’Egypte, de la Côte d’Ivoire, du Chili, de la Serbie et de l’Equateur.
La majorité des victimes de la pandémie en Europe
La nette majorité des victimes, plus de 13 000, était en Europe : dans la seule journée de mercredi, l’Espagne en a recensé 738 de plus, et l’Italie 683 morts supplémentaires.
Le nombre de morts en Espagne a dépassé celui de la Chine avec 3 434 décès. Le bilan de mardi à mercredi représente une très forte accélération par rapport aux 514 recensées entre lundi et mardi. Dans la capitale espagnole, une patinoire a été transformée en morgue géante. Les halls d’exposition de la Foire de Madrid ont été reconvertis en hôpital de campagne de 1 500 lits, et l’armée a été appelée à la rescousse pour désinfecter les maisons de retraite, où les morts se comptent par dizaines.
En Italie, pays le plus touché au monde, le bilan est désormais de 7 503 morts. La veille, la décrue du nombre de contaminations suscite de timides espoirs : signe de l’efficacité des mesures draconiennes de confinement prises dans le pays.
Pas de confinement général au Brésil, en Russie ou aux Etats-Unis

En contradiction avec la stratégie générale qui prévaut dans le monde, les dirigeants des Etats-Unis et du Brésil s’efforcent au contraire de minimiser l’épidémie. « Il faut retourner au travail, beaucoup plus tôt que les gens ne le pensent », a lancé le président américain Donald Trump. Les Etats-Unis ont recensé mercredi au moins 827 morts et plus de 60 000 cas officiellement déclarés, selon le comptage de l’université Johns Hopkins, qui fait référence, devenant le troisième pays en nombre de cas recensés. Environ 40 % de la population est confinée chez elle ou sur le point de l’être, les restrictions variant d’un Etat à l’autre.
Au Brésil, où l’on recense 2 201 cas de Covid-19 et 46 morts, les déficiences du système de soins, la pauvreté et l’insalubrité dans lesquelles vit une grande partie de la population menacent d’aggraver l’épidémie dans la première économie d’Amérique latine. Mais le président d’extrême droite, Jair Bolsonaro, a comparé les mesures de confinement et de fermeture des commerces et services publics prises par plusieurs Etats et municipalités à une politique de la « terre brûlée ».
En Russie, Vladimir Poutine, a annoncé mercredi le report du vote populaire sur sa réforme constitutionnelle, et demandé à ses compatriotes de rester chez eux, décrétant une semaine de congés, avec salaires garantis, pour ralentir la progression du coronavirus. Alors que les deux premiers décès liés au Covid-19 ont été recensés à Moscou mercredi, il n’a cependant pas déclaré de confinement de la population. Les administrations ainsi que les commerces essentiels restent ouverts.
Plus de 2 000 morts en Iran, la catastrophe menace la Syrie
En Iran, le ministère de la santé a annoncé mercredi la mort de 143 personnes supplémentaires infectées par le nouveau coronavirus, portant le bilan officiel de l’épidémie à 2 077 morts dans l’un des pays les plus touchés au monde. Le porte-parole du gouvernement, Ali Rabii, a annoncé dans la foulée qu’à partir de jeudi ou vendredi la circulation entre les villes serait désormais interdite.
En Syrie, la « catastrophe » guette les camps de déplacés. Dans un pays où le conflit a tué plus de 380 000 personnes et ravagé les infrastructures, moins des deux tiers des hôpitaux étaient encore opérationnels à la fin 2019, selon l’OMS. Si le pays n’a officiellement enregistré qu’un seul cas dans les territoires gouvernementaux, aucun n’a été recensé dans la région d’Idlib, ultime grand bastion djihadiste et rebelle, récemment cible de plusieurs offensives du régime. Mais au vu des dangers, surtout dans les camps de déplacés, surpeuplés, organisations humanitaires et agences internationales ont déjà enclenché le dispositif pour éviter une propagation de l’épidémie.
« L’humanité entière » menacée, l’ONU lance un plan

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a lancé un « Plan de réponse humanitaire mondial » s’étendant jusqu’à décembre, assorti d’un appel à des dons à hauteur de 2 milliards de dollars. Face à cette menace, « les réponses individuelles des pays ne vont pas être suffisantes », a fait valoir l’ancien premier ministre portugais, qui avait évoqué la semaine dernière la perspective de « millions » de morts à défaut de solidarité.
L’organisation a émis un appel à réunir en urgence 2 milliards de dollars (1,85 milliard d’euros) pour financer une aide humanitaire pour les neuf prochains mois dans les 54 pays les plus à risques, qu’ils soient en proie aux conflits ou à une crise humanitaire. Ces Etats sont aussi ceux qui disposent des systèmes de santé les plus fragiles, dont une majorité de pays africains, faisant craindre à l’ONU un véritable cataclysme.
Le 22 Mars 2020
Source web Par Le Monde
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samedi 28 mars 2020
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