Liquidité bancaire. Le déficit se poursuivra jusqu’en 2020
Les banques marocaines doivent faire face à un besoin de liquidité issue d’une croissance plus rapide des crédits que celle des dépôts. Il en résulte également une abondance de la monnaie fiduciaire dans l’économie marocaine. Une tendance qui pourrait se poursuivre jusqu’en 2020.
L’économie marocaine fait face à un évènement assez rare. La croissance des dépôts bancaires est, cette année, plus faible que l’octroi de crédits. Un constat qui a été révélé dans les dernières statistiques monétaires de Bank Al-Maghrib avant d’être pointé du doigt par les banques lors de leurs différentes présentations de résultats annuels. À fin juin 2019, le crédit bancaire a affiché une progression de 3,5% en glissement mensuel, à 900,4 MMDH. En glissement annuel, la variation du crédit bancaire a enregistré une accélération de 5,1%. Les dépôts bancaires, quant à eux, ont progressé de seulement 1,5% en glissement mensuel et de 3,2% en glissement annuel, pour atteindre près de 927,7 MMDH. Si les dépôts à vue se sont appréciés de 3% par rapport au mois dernier et de 3,8% par rapport à juin 2018, l’encours des dépôts à terme, de son côté, a baissé de 1,1% en glissement mensuel et de 0,2% en glissement annuel.
Pour Ismail Douiri, Directeur général au sein du groupe Attijariwafa bank, l’origine de ce sujet macroéconomique n’est autre que la combinaison du déficit de la balance des paiements et la croissance plus rapide du cash. Il ajoute qu’«au lieu que ces dépôts restent dans le système bancaire pour être recyclés en crédits, elles partent en billet de banques». Sur les cinq dernières années, la fiduciaire augmentait annuellement de 10 MMDH, alors que maintenant, elle est à quelque 17 MMDH, annuellement, ces deux dernières années. «Une tendance assez rare où la monnaie fiduciaire croit autour de 7% par an», souligne Douiri.
Ce qui génère un certain déficit de liquidité auprès des banquiers de la place. «Le besoin de liquidité se stabilisait entre 2016 et 2016 autour de 60 à 65 MMDH. Les banques ont dans ce cas-là recours à la Banque centrale pour refinancer de déficit. Or, cette année, ce besoin a atteint des sommets et dépasse les 100 MMDH», explique Khalid Nasr, président du directoire de BMCE Bank of Africa. Dans ce sens, Bank Al-Maghrib pressentant que la situation pourrait se poursuivre même en 2020 a eu recours à deux instruments. Au-delà du lancement d’une opération double market à travers le swap de devise contre le dirham, la Banque centrale a décidé de baisser le taux de réserve obligatoire de 4 à 2%. «Ce n’est pas exceptionnel, BAM a l’habitude d’augmenter ou de rabaisser le taux de réserve, et ce, en vue d’installer la liquidité de manière pérenne..D’ailleurs, son rôle est d’assurer le refinancement du système bancaire durant toute l’année», explique Nasr.
Dans ce sens, le wali de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, a relevé que cette baisse pouvait s’expliquer en partie par les législations et les contrôles au titre du blanchiment d’argent et de lutte contre le terrorisme qui se font de plus en plus lourds dans les pays d’accueil.
«D’autres avancent que certains corps de métiers, accablés par de nouvelles dispositions fiscales, préfèrent vider leurs comptes, craignant que les banques puissent communiquer leurs données à la Direction générale des impôts (DGI)», commente un professionnel de la place.
Pour mieux cerner ce phénomène, le wali de BAM a proposé, lors d’une réunion avec le Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM), de mener des actions de proximité avec leurs clients, aussi bien les MRE que ceux résidant au Maroc. Néanmoins, pour Jouahri, le volume des billets de banque étrangers reçus auprès du secteur bancaire jusqu’à fin août 2019 reste proche de celui observé ces dernières années. Au-delà de cette décision, la Banque centrale a maintenu inchangé le taux directeur à 2,25%, comme pour limiter la croissance des crédits. Mais il semble que l’évolution de l’économie marocaine défie toute logique. «Nous baissons d’habitude le taux directeur afin de booster les crédits».
Dans ce sens, le wali a rappelé qu’en 2014, le conseil de BAM avait décidé d’abaisser ce taux, mais le rythme du crédit n’avait pas augmenté à cette époque. «Il s’agit bien d’une politique publique. Il faut donc analyser toutes les composantes de ce qu’on va décider», avait-il souligné, ajoutant qu’en présence d’une volatilité aussi bien au niveau interne qu’externe, «on préfère avancer et garder des munitions au fur et à mesure». Avant de conclure que «le problème est peut-être un problème de visibilité, de confiance. Il faut avoir une vision plus globale».
Le 07 octobre 2019
Source web Par Les Eco
Les tags en relation
Les articles en relation
Rapport 2018 de BAM sur les infrastructures financières Comment débrider l’inclusion financière
L’enquête de BAM sur les micro-entreprises, les TPE et les entrepreneurs individuels montre que le faible volume d’activité est le principal frein à la b...
SM le Roi préside la cérémonie de présentation du programme intégré d’appui et de financemen
SM le Roi Mohammed VI a présidé lundi au Palais Royal à Rabat, la cérémonie de présentation du «Programme intégré d’appui et de financement des entre...
Flexibilité des changes : Jouahri et Boussaid montent au créneau
Le wali de Bank Al-Maghrib et le ministre de l’économie et des finances ont décidé d’unir leurs forces et de monter au créneau ensemble pour défendre l...
Société Générale se met au service de ses clients en ces temps de crise
Parce que s’éloigner des autres en ces temps de crise est la manière la plus sûre pour se protéger contre le Covid-19, Société Générale s’adapte aux...
Attijariwafa bank : 105.000 auto-entrepreneurs accompagnés
Dans le cadre de son programme d’accompagnement des jeunes entrepreneurs, Attijariwafa bank indique avoir accompagné près de 105.000 Auto-Entrepreneurs. Pre...
Maroc : Ouverture du marché du paiement électronique
Le marché du paiement électronique au Maroc entre dans une nouvelle ère de concurrence. Depuis le 1er mai 2025, les filiales de banques actionnaires du CMI (...
Tourisme au Maroc : le paiement digital, levier strategique pour 2030
Le Maroc accélère la digitalisation des paiements dans le secteur touristique afin d’améliorer l’expérience des visiteurs et renforcer la compétitivit�...
#MAROC_BANK_AL_MAGHRIB_JOUAHRI: Le Wali de Bank Al Maghrib va tirer sa révérence
Abdellatif Jouahri, gouverneur de Bank Al Maghrib, envisage de tirer sa révérence dans les prochains mois. L’homme, qui va fêter ses 81 ans, aura passé 17...
BMCI s'explique sur la fermeture de dix de ses agences: Digitalisation et fusions
La BMCI a procédé récemment à la fermeture de dix de ses agences bancaires. Une décision que la filiale marocaine de BNP Paribas explique par l'optimis...
Hassan Bertal: "L'accompagnement des TPE et des start-up sera un axe majeur de notre développement
Hassan Bertal, fraîchement nommé directeur général du Grand Casablanca à Attijariwafa bank, a répondu à nos questions lors d'un entretien diffusé en...
Succès de la 1ère édition du S.M.A.R.T. Tourism Day à Agadir
La première édition du S.M.A.R.T. Tourism Day, qui s’est tenue à l’hôtel The View à Agadir le 12 décembre 2023, a été couronnée de succès avec une...
Investissements: comment Tanger est devenue le nouvel Eldorado des Espagnols
La "Cité Mohammed VI Tanger Tech" devra générer environ 100.000 emplois directs (président du groupe chinois Haite). La ville de Tanger est en passe de d...


mardi 8 octobre 2019
0 
















Découvrir notre région