Pourquoi les Marocains épargnent peu
Importance de nouveaux produits pour canaliser l’épargne pour le financement de l’économie
Les intervenants lors de cette conférence (Abdellatif Zaghnoun DG de la CDG à gauche, Abdellatif Jouahri, wali de BAM au milieu, et Ahmed Amin Benjelloun Touimi, DG de Poste Maroc), organisée par la CDG et Poste Maroc, ont été unanimes sur la faiblesse du taux d’épargne au Maroc. Seuls 3,8% des ménages déclarent épargner, selon le HCP. D’où l’importance des solutions innovantes, encourageant l’épargne et la bancarisation (Ph. Bziouat)
Au moment où le débat se focalise sur la problématique du financement, «on entend beaucoup moins parler de l’épargne, alors qu’elle en constitue le préalable». C’est ce qu’a souligné Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib. Intervenant lors de la conférence organisée par la CDG et Poste Maroc autour du sujet, il a expliqué que «son niveau et sa structure affectent le coût du financement et la dynamique de l’investissement».
Car, «l’épargne n’a jamais été une fin en soi, mais sert plutôt à financer la croissance», a noté pour sa part Mohamed Berrada, ex-ministre des Finances. Son insuffisance «peut conduire au recours au financement monétaire ou extérieur, et dans les deux cas, à l’accentuation de l’endettement du pays et donc de la vulnérabilité de ses équilibres macroéconomiques», selon Jouahri. Actuellement, «le niveau de l’épargne connaît un certain tassement», a précisé le DG de la CDG, Abdellatif Zaghnoun.
Le taux d’épargne nationale a baissé de 28,7% du PIB en 2016, à 28,3% en 2017, avant de s’établir à 28% en 2018. Selon lui, cela «n’est guère suffisant pour répondre aux besoins de financement de l’économie. D’où l’importance d’une «plus grande mobilisation de l’épargne», a souligné Ahmed Amin Benjelloun Touimi, DG du groupe Poste Maroc.
Aujourd’hui, «les comptes nationaux annuels publiés par le HCP montrent que l’épargne des ménages se situe autour d’une moyenne de 14% de leur revenu disponible brut», comme l’a indiqué le wali de BAM. Si l’on prend en considération le poids relativement important des transferts des MRE, ce taux serait beaucoup plus faible, a-t-il ajouté.
Les statistiques du HCP montrent que seuls 3,8% des ménages déclarent épargner une partie de leur revenu. Les données de l’enquête Findex de la Banque mondiale indiquent que la proportion de la population en âge d’activité qui épargne est deux fois moins élevée au Maroc que la moyenne des pays de sa classe de revenu. Jouahri a précisé que «ces niveaux seraient encore plus faibles si l’on se limitait à l’épargne effectuée auprès des institutions financières». Pour lui, le défi est double: «promouvoir l’épargne et la canaliser vers le circuit formel».
Ce faible développement de l’épargne au Maroc, particulièrement celui des ménages, est lié à une série de facteurs. En tête, disposer d’un revenu, et donc d’un emploi. Or, «le taux d’activité ne dépasse pas 47%», a déploré Jouahri. L’analphabétisme constitue également un autre frein. «L’épargne n’est que faiblement canalisée vers le système financier. 90%, selon les données des comptes nationaux, étant investis dans des actifs non financiers, notamment l’immobilier et le foncier», a fait savoir le wali de BAM. Les fonds destinés à l’épargne financière sont mobilisés essentiellement sous forme d’actifs liquides. Or, il s’agit de placements peu adaptés aux besoins de financement de l’investissement.
Au-delà des obstacles liés au comportement des épargnants, l’offre limitée réduit également le potentiel de développement de ce secteur. «A titre comparatif, l’épargnant dispose d’un choix assez large de produits d’épargne dans les pays développés, contrairement au choix réduit dans notre pays», selon le patron de la CDG. D’où l’importance, selon lui, que «les caisses d’épargne et les établissements bancaires puissent proposer des services financiers basés sur des solutions innovantes, qui allient efficience et efficacité, tout en fournissant plus d’efforts pour favoriser l’éducation financière et encourager l’épargne et la bancarisation». La microfinance, le mobile-banking et l’assurance constituent des canaux pouvant capter une partie de l’épargne nationale, selon plusieurs intervenants.
Aujourd’hui, la CDG et Barid Bank viennent de lancer un nouveau produit, «Sakane Tawfir», destiné à une clientèle à revenu irrégulier. «Il permettra de constituer une épargne progressive, selon les capacités de chacun, lui permettant d’acquérir ou de construire un logement», a expliqué Zaghnoun.
Quel rôle pour la Bourse de Casablanca
Après l’euphorie des années 2000, la place boursière de Casablanca n’arrive plus à attirer les épargnants. Abdellatif Jouahri a mis l’accent sur «la faible présence des particuliers au niveau du marché boursier». Mohamed Berrada a partagé ce constat, en s’interrogeant sur les raisons de la léthargie de la Bourse de Casablanca. Pour lui, il s’agit d’une «crise de confiance». Sur ce point, le wali de BAM a pointé un manque «d’éducation et de sensibilisation». D’après lui, «durant les phases d’engouement qui ont accompagné certaines opérations de privatisation et d’introduction en Bourse, très peu d’efforts ont été consentis pour sensibiliser les particuliers aux avantages et surtout aux risques inhérents à l’investissement boursier». Résultat: «nous avons assisté à une spéculation de masse, qui a induit des niveaux de valorisation en décalage avec les fondamentaux, ayant conduit à des chutes boursières sensibles et à une perte de confiance».
Le 1 Novembre 2018
Source web par: l'économiste
Les tags en relation
Les articles en relation
Les chantiers prioritaires de Benchaâboun
Apurer les crédits TVA, améliorer sensiblement les délais de paiement, faciliter l'accès au financement des PME/TPE et renforcer les PPP. Ce sont là le...
DabaDoc : Axa Assurance Maroc dans le tour de table
Axa Assurance Maroc entre dans le capital de DabaDoc, startup "healthtech" marocaine, leader en Afrique dans la gestion de la relation entre les patients et les...
Intégration de 100 jeunes Marocains au marché de l'emploi touristique en Allemagne
La Banque mondiale (BM) s'est félicitée du succès d'une expérience pionnière visant à faciliter la mobilité et l'accès des jeunes Marocains ...
Le Giec alerte sur les impacts du réchauffement climatique
Le monde devra procéder à des transformations «rapides» et «sans précédent» s'il veut limiter le réchauffement climatique à 1,5°C, ont souligné ...
Refonte du code général des impôts: dernière ligne droite avant adoption
Le projet de refonte du CGI est quasi-finalisé sur le plan technique, et devrait aboutir d’ici fin 2018. Initié il y a un peu plus d’une année, ce projet...
Agadir : Le thé aura son Salon international
35 exposants et 60.000 visiteurs y sont attendus Une première édition riche en saveurs. C’est du moins sur quoi tablent les organisateurs du 1er Salon in...
Abdellatif Jouahri : L’économie marocaine présente encore des fragilités importantes
L’économie nationale demeure en quête d’une véritable voie et d’un modèle de développement qui la placerait durablement sur un sentier de croissance ...
Vérification des factures : La mise au point de la Caisse de compensation
Elle a démenti des informations publiées dans la presse Suite à des informations relayées dans la presse concernant le traitement et la vérification des...
Régime de change : Jouahri préfère temporiser
Il n’y a pas pour le moment de nouveaux éléments qui justifient le passage à la 2ème phase de la réforme du régime de change, a affirmé, mardi à Rabat...
La RAM se met au service du tourisme
Grande nouveauté, la Royal Air Maroc vient de lancer un portail proposant des milliers d’hôtels en ligne avec paiement. Une belle initiative qui va permettr...
Abdellatif Jouahri – Aziz Akhannouch : la guerre froide
Profondes divergences de vue entre une Banque centrale attachée à la stabilité des prix et un gouvernement qui veut soigner ses statistiques. Une confére...
Proche-Orient: Trump favorable à la solution à deux Etats
Le président américain Donald Trump s'est déclaré mercredi favorable pour la première fois à une solution à deux Etats dans le conflit israélo-pales...


samedi 3 novembre 2018
0 















Découvrir notre région