Ali Atmane: Le Sahara, entre colonialisme et attachement à Tamazight (2/2)
Capitaine retraité des Forces Royales Air et ex prisonnier de guerre marocain en Algérie pendant 26 ans, Ali Atmane a été l’un des invités de la Fête du printemps Amazighe organisée par l’Association des marocains Amazighs à Sabadell en Catalogne. S’exprimant au sujet du Sahara qu’il ne connaît que trop bien, l’auteur du livre « Prisonnier de guerre dans les bagnes de l’Algérie et du Polisario », a proposé à son auditoire de jeter un envoûtant coup d’œil sur l’Histoire politico-militaire de la région pour mieux évaluer le présent et pour baser sur du réel toutes constructions du futur. Deuxième partie d’extraits.
L’exclusivité espagnole
En 1844 contre les Français à Oued Isly, puis en 1860 contre les Espagnols à Tétouan, Les deux débâcles de l’armée Chérifienne ont fait éclaté au grand jour la faiblesse du Maroc, ce qui n’a fait qu’aiguiser davantage les appétits européens sur un empire jusque là méconnu de l’Occident. Une lutte acharnée pour soutirer le maximum d’avantages économiques, voire des concessions territoriales fut ainsi lancée parmi les puissances du Vieux Continent.
L’ex pilote de chasse donne l’exemple de l’homme d’affaires Ecossais Ronald Mac Kénzie, dirigeant de la société Nord-West Africa qui obtint en 1879 l’accord d’un chef de tribu Amazighe nommé Mohamed Bayrouk pour établir un comptoir près de Cap Juby. « Par la suite le sultan a envoyé ses hommes pour détruire le port Victoria de Ronald Mac Kenzie sans y parvenir. Pour l’empêcher d’étendre son expansion à l’intérieur du Sahara, les Espagnols débarquent en 1884 et c’est le début de la colonisation du Sahara jusqu’en 1975« , précise l’ex militaire.
Passant la période du protectorat pour plonger son assistance au lendemain de l’indépendance du Maroc en 1956, Ali Atman évoque l’incontournable Armée de libération marocaine (ALM) dont les chefs fondateurs considéraient que l’indépendance du pays n’est pas complète. Une partie de ses combattants allait rejoindre le Sahara pour former, avec les Saharaouis, un mouvement de libération dirigé contre les forces armées espagnoles françaises.
« L’acharnement des combats a obligé les Espagnols à se replier dans les localités de Sidi Ifni, Tarfaya, Laâyoune et Villa Cisneros (l’actuelle Dakhla). En 1958, l’Espagne et la France montent une grande opération contre l’ALM. « De grands moyens sont employés dans cette opération nommée par les français Ecouvillon et par les Espagnols Ouragan. L’ALM est dispersée, Tarfaya est rendue au Maroc en 1958 et les combats persistent autour de Sidi Ifni qui sera libéré en 1969« , raconte Ali Atmane, en replaçant le contexte de l’époque, marqué par la décolonisation dans toute l’Afrique.
Sahraouis patriotes
Pour relever l’attachement de la population Sahraouie à l’indépendance du Maroc entier, le vétéran de la guerre du Sahara rappelle l’histoire de Mohamed R’Guibi. Plus connu sous le nom de Edouard Moha, cet intellectuel, auteur de plusieurs ouvrages, fonde à Rabat en 1969 le premier mouvement de résistance anti-espagnol, le Mouvement résistance des hommes bleus (MoReHoB). « A un moment donné Edouard Moha s’est réfugié en Algérie avant de s’enfuir à Paris où il a échappé à un attentat des services de renseignement algériens en 1975« , retrace Ali Atmane.
La temps va complètement changer après que le roi Hassan II ait fait appel au tribunal international de La Haye. Le président algérien de l’époque, Houari Boumediene s’est en effet allié au colonel Kadhafi, maître incontesté en Libye pour recueillir un groupe de jeunes marocains originaires de Tantan. « Ils subiront un entrainement militaire des plus durs au camp de Jeninette en Algérie. C’est le noyau du Polisario, né en 1973« , explique l’ex capitaine des FAR, qui finira quelques années plus tard captif chez le voisin de l’est, et subira à son tour des atrocités dans les geôles algériennes qu’il raconte dans son livre poignant.
Tamazight en équation
Suite à la Marche verte pensée par Hassan II le 6 novembre 1975 et l’accord tripartite signé le 14 novembre 1975, « le Maroc et la Mauritanie rentrent officiellement au Sahara et la guerre commence ».
« La grande défaite des Algériens à Amgala en février 1976 les oblige à n’agir que sous couverture du Polisario. La RASD est née le 27 février 1976« , témoigne Ali Atmane qui était acteur dans ce conflit armé monté de toutes pièces.
« Vous voyez que ce sont des Amazighs qui ont toujours traité avec les envahisseurs« , commente notre homme en récapitulant l’ensemble des événements qu’il a évoqués au sujet du territoire de l’actuel Sahara depuis la capture et la libération de l’aventurier portugais Joao par l’une des tribus Sanhaja en 1445. Le militaire cite également les noms des lieux, portant le plus souvent des significations en Amazigh.
Ali Atmane ponctue en livrant sa vision. Pouvant être perçue « sévère », mais elle reste néanmoins partagée par un certain nombre d’académiciens aussi bien au Maroc qu’en Algérie: « Tout cela montre que la terre appartient au peuple Amazigh . Nous ne sommes pas contre les arabophones en Afrique du nord parce que nous sommes sûrs qu’ils sont des Amazighs arabisés. Mais nous ne permettons à personne de créer un pays arabe sur le territoire Amazigh. Celui qui veut créer une république arabe n’a qu’à aller le faire dans la péninsule arabique« .
Le 24/07/2019
Source web Par hespress
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jeudi 25 juillet 2019
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