Biodiversité: 600 espèces animales et 1.700 plantes menacées d’extinction
Exploitation minière, augmentation de l’agriculture vivrière, croissance des zones urbaines, exploitation sauvage du bois, pêche non durable… Bec-croisé des sapins, Bihoreau gris, Blongios nain, Chardonneret élégant, Cigogne blanche, Crabier chevelu, Foulque à crête, Grand Cormoran, Grue cendrée, Crapaud accoucheur, Couleuvre à capuchon… Le Maroc n’échappe pas à la pression sur les ressources. Si rien n’est fait, 600 espèces animales et 1.700 plantes pourraient disparaître.
Le taux d'endémisme global s’élève à 11% pour la faune et de plus de 20% pour les plantes vasculaires. Un taux inégalé dans le bassin méditerranéen. Plus de 7.820 espèces marines et côtières ont été identifiées. C’est ce qui ressort de la dernière étude nationale sur la biodiversité. Le Secrétariat d’Etat chargé du Développement durable tente de sauver ce qui peut l’être. Il va établir une nouvelle cartographie de la biodiversité qui servira de base à l’élaboration d’une stratégie nationale post-2020.
«Le patrimoine naturel est soumis à plusieurs pressions, dues principalement à des facteurs sociaux et économiques, et à la situation fragile du Maroc face aux effets néfastes du changement climatique, tels que des phénomènes extrêmes de sécheresse et d’inondations, des précipitations irrégulières et la rareté des ressources en eau. La désertification croissante et la rareté des ressources en eau exacerbent la vulnérabilité», tient à préciser Nezha El Ouafi, secrétaire d’Etat chargée du développement durable.
Le Maroc avait adopté une stratégie de conservation de la biodiversité à l’horizon 2030 dont la première phase (2016-2020) est en cours de mise en œuvre. Cette feuille de route a défini 153 actions à déployer entre 2016 et 2020 mobilisant 17,5 milliards de DH contre 2,1 milliards de DH dépensés de 2006 à 2010. L’augmentation du budget alloué est liée, entres autres, aux campagnes de plantation arboricole du Plan Maroc Vert. Trois chefs de file ont été retenus: le ministère de l’Agriculture et de la Pêche maritime, le Secrétariat d’Etat chargé du Développement durable et le Haut-commissariat aux eaux et forêts.
![]()
Un taux d'endémisme global de 11% pour la faune et de plus de 20% pour les plantes vasculaires, ce qui place le Maroc au deuxième rang dans le pourtour méditerranéen après la Turquie (Source: SEDD)
Le Maroc dispose de 10 parcs nationaux: Toubkal (1942), Tazekka (1950), Souss-Massa (1991), Iriki (1994), AI Hoceïma (2004), Talassemtane (2004), Ifrane (2004), Haut Atlas oriental (2004), Khnifiss (2006) et Khénifra (2008). S’y ajoutent 154 sites d'intérêt biologique et écologique (SIBE), représentant presque la totalité des écosystèmes naturels du pays. Sont répertoriées également quatre réserves de biosphère (Arganeraie, Oasis du sud du Maroc, Intercontinentale de la Méditerranée et Cédraie). Il existe également 120 lacs naturels importants dont la majorité est située entre les deux chaînes montagneuses du Moyen et du Haut Atlas. Aussi, 26 zones humides sont classées par la Convention de Ramsar.
Pour ce qui est du domaine forestier, il s’étend sur une superficie de 9 millions d'hectares, y compris les nappes alfatières. Les formations forestières arborées couvrent 5,8 millions d’hectares. Le taux moyen de couverture forestière du pays est de l’ordre de 8%. La superficie agricole utile (SAU) est de près de 8,7 millions d’hectares.
L’alerte est mondiale
La plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) a réalisé, début mai, une évaluation mondiale de la biodiversité et des services écosystémiques. Ce rapport a été élaboré par 145 experts issus de 50 pays au cours des 3 dernières années.
Les résultats de cette évaluation sont alarmants. Environ 1 million d'espèces animales et végétales sont aujourd'hui menacées d'extinction, notamment au cours des prochaines décennies. Ceci au moment où 70% de médicaments anticancéreux naturels ou synthétiques sont inspirés de la nature. Autre constat: 75% de l'environnement terrestre et environ 66% du milieu marin ont été significativement modifiés par l’action humaine. Par ailleurs, plus d'un tiers de la surface terrestre du monde et près de 75% des ressources en eau douce sont maintenant destinées à l’agriculture ou à l’élevage. Autre effet néfaste: la dégradation des sols a réduit de 23 % la productivité de l’ensemble de la surface terrestre mondiale. La pollution par les plastiques a été multipliée par dix depuis 1980. Les engrais qui arrivent dans les écosystèmes côtiers ont produit plus de 400 «zones mortes» dans les océans, ce qui représente environ 245.000 km2, soit une superficie totale plus grande que le Royaume-Uni.
Mesures de sauvegarde
- Etendre le réseau des aires protégées
- Accorder une attention particulière aux écosystèmes riches en espèces endémiques, rares et menacées, remarquables et vulnérables, phares et d’intérêt patrimonial
- Généraliser les actions de suivi et d’évaluation de la biodiversité
- Renforcer le programme de la lutte contre l’ensablement et améliorer le couvert végétal des zones sensibles
- Finaliser l’inventaire national des sites d’intérêt biologique et identifier les sites prioritaires pour la classification en tant qu’aires protégées et leurs fournir un plan de développement et de gestion durable
- Epargner les aires protégées, les sites d’intérêt biologique et écologique et les sites Ramsar de tout projet à forts impacts négatifs, notamment les projets urbanistiques, industriels et touristiques.
Forte demande sur les plantes aromatiques et médicinales
Le Maroc peut tirer davantage profit de sa biodiversité. Sur le plan économique, le secteur des plantes aromatiques et médicinales n’est qu’un exemple. Avec 400 espèces reconnues pour leur usage médicinal et/ou aromatique et 800 espèces à potentiel aromatique ou médicinal, le Maros est classé 12e exportateur mondial. En 2016, les exportations ont atteint 537 millions de DH contre 482 millions de DH en 2015 et 425 millions de DH en 2014 (Source: Annuaire statistique du Maroc 2017). Elles couvrent plusieurs espèces: romarin, thym, verveine, pyrètre, lavande, caroubier, menthe, pouliot, origan, arganier... L’UE est la principale destination de ces plantes aromatiques et médicinales. S’y ajoutent d’autres marchés: Japon, Canada, Suisse… Selon les estimations du département de l’Environnement, le Royaume dispose d’un potentiel d’environ 1 million d’hectares de romarin et produit environ 60 tonnes d’huiles essentielles de ce produit. Les accords d’accès et de partage des avantages (APA) sur les nouveaux produits dérivés de l’extrait de romarin offrent au Maroc la possibilité de capturer une plus grande part de la valeur. Cette étude estime qu’au total, les accords pour le romarin pourraient apporter 61 millions de DH entre 2020 et 2030. Pour ce qui est de l’arganier, les paiements de redevances sur les produits cosmétiques, de soins et santé, utilisant l’huile d’argan en tant que principe actif, pourraient drainer 230 millions de DH entre 2020 et 2030. Cette estimation se base sur la projection de croissance du marché mondial de l’argan estimé à 6,2 milliards de DH en 2030.
Le 27/05/2019
Source web Par l’économiste
Les tags en relation
Les articles en relation
Crise mondiale de l'eau : défis, innovations et solutions pour préserver cette ressource essentiel
Face aux défis environnementaux croissants, l'eau devient une ressource de plus en plus précieuse et menacée. Le dernier numéro des Cahiers de Futura, i...
Climat : les enjeux de la COP26
Deux principaux enjeux sont au cœur de la 26e conférence des parties à la convention-cadre des Nations-unies sur le climat : le relèvement du niveau des amb...
Dessalement au Maroc : Une solution indispensable face à la sécheresse, mais à quel prix ?
Face à la sixième année consécutive de sécheresse, le Maroc redouble d'efforts pour trouver des solutions permettant de garantir l'approvisionnemen...
Stress hydrique et souveraineté alimentaire : comment le Maroc compte résoudre l’équation
Dans un contexte planétaire marqué par l'incertitude, où les crises se succèdent et le changement climatique se fait de plus en plus pesant, le défi de...
La Fondation Mohammed VI pour la Protection de l'Environnement et l'UNESCO signent un partenariat
SAR la Princesse Lalla Hasnaa, Présidente de la Fondation Mohammed VI pour la Protection de l'Environnement a présidé, mardi à Paris, la cérémonie de ...
Agriculture et pêche au Maroc: de puissants révélateurs de l’importance de la relation de bon v
Le secteur de l’agroalimentaire fait du Royaume du Maroc un nouveau pôle d’attractivité, tant pour l’Europe que pour l’Afrique. Agriculture et pêc...
INDH 61 MDH d’investissements pour 61 projets dans la région Marrakech-Safi
Le bilan du Programme régional de lutte contre la précarité au niveau de la région reste très «positif» du point de vue quantitatif et qualitatif traduit...
L’ANDZOA: une nouvelle stratégie de développement des zones oasiennes et de l’arganier 2022-20
L'Agence nationale pour le développement des zones oasiennes et de l’arganier (ANDZOA) lance un appel d'offres pour la réalisation de l'étude d...
Guelmim : l’Agence du Bassin Hydraulique du Draâ-Oued Noun tient son Conseil d’Administration
Guelmim – L’Agence du Bassin Hydraulique de Draâ-Oued Noun a tenu, vendredi à Guelmim, son Conseil d’Administration au titre de l’année 2021. Pré...
De gros investissements du groupe OCP pour renforcer l'attractivité des provinces du sud du Maroc
Les projets lancés par le roi Mohammed VI, vendredi à Laâyoune, dont le groupe OCP (Office Chérifien des Phosphates) supervise la réalisation, sont un vér...
ScholarGPS® : l’UEMF classee premiere universite au Maroc
L’Université Euromed de Fès (UEMF) confirme son leadership académique et scientifique en se classant première université au Maroc selon le classement int...
Un refroidissement inattendu de l’Atlantique équatorial intrigue les scientifiques
Cet été, une vaste zone de l'océan Atlantique équatorial a connu un refroidissement d'une rapidité inédite, déconcertant les chercheurs du monde ...


vendredi 31 mai 2019
0 
















Découvrir notre région