Jeunesse marocaine: Diagnostic alarmant, une nouvelle Initiative nationale proposée par le Conseil économique et social
Sur saisine du président de la Chambre des Conseillers le 7 novembre 2017, le Conseil économique, social et environnemental a élaboré un rapport où il présente sa vision d’une nouvelle Initiative en faveur des jeunes. En voici l’essentiel.
Le rapport a été adopté le 31 mai et publié le 7 août. De prime abord, le CESE y précise que ses travaux n’ont pas vocation à se substituer à ceux des acteurs gouvernementaux en charge de la réalisation de la stratégie intégrée de la jeunesse, en cours d’élaboration. Il propose sa propre vision et une plateforme facilitant la mobilisation des acteurs autour d’un projet fédérateur.
Après la saisine de la Chambre des conseillers et la constitution de la commission ad hoc chargée de l’élaboration du rapport, le Conseil a fait le constat que la question de la jeunesse suscite un intérêt crucial pour toute la société. «Véritable richesse nationale, la jeunesse marocaine constitue une aubaine démographique, un acteur de développement économique et social et un levier pour la création de la richesse. Au cœur des transformations de la société, celle-ci exprime toutefois et de façon multiforme un mal être ainsi qu’une difficulté à trouver sa place dans la société», lit-on dans le rapport.
Ce dernier capitalise sur les travaux de différents organismes, traitant de la jeunesse marocaine et de son développement potentiel, y compris le contenu de précédents rapports publiés par le CESE lui-même. Il synthétise également des benchmarks et les conclusions des débats animés dans le cadre des auditions et des ateliers organisés par la Commission ad hoc.
Un constat alarmant
Les jeunes (15-34 ans) constituent 34% de la population marocaine. Ils sont à 60% urbains et à 51% des femmes.
Les réformes et stratégies menées par le Maroc au cours des deux dernières décennies, malgré leurs résultats et impacts, «n’ont pas généré suffisamment de richesses locales, ni créé suffisamment d’emplois, dont le nombre et la qualité restent en deçà des besoins ainsi que du vrai potentiel de la nation. Aussi, les jeunes n’ont que peu la possibilité de peser sur les décisions stratégiques nationales, et ne bénéficient pas équitablement d’un accès adéquat à une éducation et des soins de santé de qualité», constate le CESE.
Selon le diagnostic multidimensionnel fourni par le ministère de la Jeunesse et des Sports sur la base des chiffres de 2014 :
- Le décrochage scolaire concerne deux jeunes sur trois.
- Le taux de chômage chez cette population avoisine les 20% et la moitié des actifs occupés occupent des postes avec de bas salaires.
- 72% du temps des jeunes est passé dans des activités non productives de bien-être social et 82% d'entre eux n’exercent aucune activité physique.
- 75% des jeunes n’ont aucune couverture sociale et 20% souffrent de troubles psychologiques.
- A peine 1% des jeunes adhèrent à un parti politique ou à un syndicat et 10 à 15% participent à la vie associative.
Notons qu’en 2016, le Maroc figurait au 120ème rang des 183 pays sur l’échelle de l’indice de développement de la jeunesse, derrière la plupart des pays à revenu intermédiaire de la région MENA, dont la Jordanie (114ème rang), la Tunisie (110ème rang), le Liban (76ème rang) et la Turquie (62ème rang).
1 objectif général, trois principes directeurs et moyens à mettre en place, neufs domaines d'intervention
Face à ce constat, et après l’étude de plusieurs expériences internationales pour le développement des jeunes, le CESE propose une initiative nationale intégrée pour la jeunesse.
«Le Maroc doit mobiliser toutes ses forces vives, pour que tous les acteurs de la société, et à leur tête les jeunes, puissent s’approprier cette ambition collective, dans le cadre d’un grand contrat social entre l’Etat, les territoires et les jeunes. L’Initiative en question couvre différents domaines stratégiques et interconnectés, au vu des interdépendances et des multiples dimensions matérielles et immatérielles qui caractérisent la jeunesse. Elle s’appuie sur une démarche transversale, afin que les actions en faveur de la jeunesse soient pensées, mises en œuvre et évaluées dans un cadre cohérent et intègre, impliquant l’ensemble des acteurs concernés et notamment les territoires», précise le Conseil.
L’Initiative proposée repose sur trois principes directeurs:
- Participation effective des jeunes dans la prise de décision
Une participation effective des jeunes à la vie de la société dans toutes ses dimensions pourrait contribuer à l’effort de transformer les systèmes de gouvernement afin que les jeunes aient accès à l’information, se sentent inclus et soient représentés.
Plusieurs exemples de participation de jeunes dans la prise de décision sont à envisager: activation du conseil national de jeunesse, mise en place de réseaux régionaux de jeunes et participation dans les conférences, organisations dirigées par les jeunes, participation dans des comités consultatifs, et participation dans des processus politiques.
- Equité et égalité des chances entre les jeunes citoyennes et citoyens
L’objectif est l’établissement et le maintien de l’égalité des chances entre les jeunes sans distinction de genre, de milieu socioéconomique ou lieu de résidence. En plus du respect de leurs droits fondamentaux, il convient d’établir et de maintenir des rapports égalitaires entre les jeunes, à travers un dialogue continu et intergénérationnel entre toutes les composantes de la société.
- Une gouvernance cohérente et intégrée aux niveaux national et territorial
L’action gouvernementale doit être intégrée, afin de tenir compte de l’état actuel du développement, des rôles et responsabilités des acteurs, des contraintes, des objectifs projetés, et de la nécessité de territorialiser la politique publique en faveur de la jeunesse. Cela suppose une action concertée, pensée et mise en œuvre au niveau régional avec un accompagnement central, ainsi qu’une adaptation continue des politiques.
L’objectif général est d’assurer un développement inclusif de la jeunesse.
L’initiative propose trois moyens à mettre en œuvre pour réaliser cet objectif :
- Des actions d'intégration transsectorielle, visant à garantir la prise en considération des questions liées à la jeunesse dans l'élaboration, la mise en œuvre et l'évaluation des politiques et des actions relatives aux autres domaines ayant un impact important sur les jeunes, comme l'éducation, l'emploi ou la santé.
- Des actions spécifiques en faveur de la jeunesse, destinées à encourager la participation à la société civile, les activités bénévoles, la créativité et la culture, l’animation socio-éducative, la mobilité et l’accès à l'information.
- Un modèle de gouvernance pour assurer la cohérence et l’efficience de l’action en faveur de la jeunesse.
Neuf domaines stratégiques sont concernés par la nouvelle initiative :
- L’éducation / formation
- L’employabilité
- La prévention, la santé physique et psychologique et la protection sociale
- La lutte contre la vulnérabilité, la pauvreté, la précarité et l’exclusion des jeunes
- L’engagement des jeunes
- Les valeurs et le sentiment d’appartenance à la nation
- La culture, le sport et les lieux de vie
- Le respect de l’environnement et l’éducation environnementale
- Le rayonnement international et la présence dans les grands agendas mondiaux.
Donner un signal fort
Le CESE précise que la nouvelle Initiative requiert «une véritable volonté politique, pour que des choix stratégiques soient opérés, en s'appuyant sur des leviers potentiels d'inflexion, à la fois sur les plans sociétal, économique, institutionnel et politique. Elle ambitionne de constituer un cadre de référence qui orientera l’élaboration et la mise en œuvre des politiques et des programmes publics dédiés à la jeunesse».
Il ajoute que la nouvelle initiative «doit s’appuyer sur une vision transversale, elle-même soutenue par un pilotage cohérent et intégré, qui implique l’ensemble des acteurs concernés».
«Si toutes les inflexions souhaitées ne sauraient être mises en œuvre simultanément, il est néanmoins nécessaire d’adresser un signal fort quant à l’importance d’engager des changements profonds sur ces domaines (visés par l’Initiative, ndlr)», conclut le Conseil.
Le rapport complet est consultable ici.
Le 09 août 2018
Source web par : Médias 24
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vendredi 10 août 2018
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