Entretien avec Fouzi Zemrani, vice-président de la Confédération nationale du tourisme : L’Anit n’a pas d’avenir
La CNT pourrait servir d’incubateur pour certaines fédérations aujourd’hui en difficulté telles que les guides, les restaurateurs et les agences de voyages.
ALM : Selon vous, le rapprochement entre les 5 fédérations est un arrangement de circonstance, contre- nature et limité dans le temps. Comment expliquez-vous cela ?
Fouzi Zemrani : Pour ma part, le seul point commun entre ces personnes est le défaut de paiement qu’ils font subir à leurs institutions vis-à-vis de la CNT. La décision qu’ils ont prise , à savoir le retour à une FNT interne, est personnelle et non institutionnelle, car aucun d’entre eux n’a consulté son assemblée générale extraordinaire pour prendre une telle décision. C’est statutaire et aucun ne l’a respecté. Ils ont tous utilisé la théorie du «Fait du Prince» pour faire une action en dehors de tout cadre statutaire, donc nulle et non avenue. Voilà pour ce qui est contre-nature. Pour sa limitation dans le temps, il faut savoir que toutes ces institutions sont appelées à renouveler leurs instances au cours de cette année ou au plus tard l’année prochaine et de fait d’autres personnes seront amenées à présider aux destinées de ces Fédérations qui auront plus à cœur la défense des intérêts de leurs membres, plutôt que se lancer dans des guerres intestines avec pour seul objectif d’affaiblir et de décrédibiliser le secteur. C’est un arrangement de circonstance, car nous sommes dans une période électorale, et s’étant exclus par manquement aux principes élémentaires, à savoir le règlement de leurs cotisations, ils chipotent quant à la régularité des assemblées tenues et des résolutions actées.
Peut-on espérer une réconciliation entre le collectif et la CNT?
A mon sens, il n’y a pas de rupture entre les acteurs du tourisme, puisqu’au niveau des entreprises, la relation continue entre les membres. Il en est de même au niveau des régions, vu que plusieurs associations métiers ont émis le vœu de rejoindre directement la CNT et de cotiser, notamment les associations d’agences de voyages, des restaurateurs et des guides. La CNT a pris l’engagement de fédérer l’ensemble de ses membres pour relever les défis, à savoir l’attractivité des régions, la compétitivité des entreprises et la création de richesse à tous les niveaux de la chaîne de valeur touristique. C’est sa vocation première. Vous parlez de réconciliation, encore faudrait-il qu’il y ait un conflit entre les institutions ! Non, il s’agit juste d’une divergence sur la manière de gérer l’institution selon des personnes. Nous sommes convaincus qu’il ne suffit pas de retourner à une structure interne de la CGEM pour résoudre les problèmes, ce serait une utopie. Les problèmes de la CNT sont plus d’ordre structurel qu’institutionnel. Il suffit de revenir à la rigueur sous toutes ses formes pour que les choses reprennent leurs droits. Nous avons péché non par laxisme, mais par souci de ménager un équilibre précaire. Ce fut une erreur. Charge donc au futur binôme élu de s’atteler au respect des statuts et des règlements en vigueur et réinstaurer la rigueur nécessaire pour un retour aux fondamentaux. C’est une recommandation du conseil d’administration tenu le 30 mai.
Vous avez évoqué lors de votre dernière rencontre que la CNT aura pour principaux piliers «régions et métiers». Quelle est la configuration pensée pour ces fédérations régionales ? Et quels rôles joueront-elles au sein de la CNT?
Les Fédérations régionales du tourisme (FRT) sont un engagement de la FNT dans le cadre du contrat-programme Vision 2010. Elles n’ont jamais vu le jour, par manque de pédagogie quant à leur utilité et surtout la résistance des CRT qui y voyaient une menace sur leurs prérogatives. Aujourd’hui elles sont d’actualité au vu des Hautes orientations royales sur la régionalisation avancée. La Fédération régionale du tourisme, qui regroupera l’ensemble des associations touristiques régionales, permettra une meilleure synergie et surtout de challenger les élus dans la confection du produit et l’administration pour la partie la concernant, à savoir la sécurité et le respect des lois dans le cadre de la protection des consommateurs en premier lieu. Les FRT seront la caisse de résonance de la CNT pour le pilotage institutionnel, notamment en termes de rentabilité des entreprises, de désenclavement des régions, de promotion, de projections à moyen terme et d’alertes lorsqu’il y a lieu. Les Fédérations métiers, quant à elles, auront toute leur autonomie pour gérer leurs préoccupations sectorielles. La CNT aura pour mission de répondre aux attentes transverses des métiers, à savoir la fiscalité, l’innovation et la mise en réseau par l’intermédiaire d’une plate-forme B to B, prévue dans le cadre du contrat progrès, outre la médiation en cas de conflits entre les Fédérations. Je pense également que la CNT pourrait servir d’incubateur pour certaines fédérations aujourd’hui en difficulté telles que les guides, les restaurateurs et les agences de voyages, en hébergeant des fédérations internes à la CNT à l’instar de ce qui se fait à la CGEM, le temps qu’elles retrouvent de la cohésion. Une option à proposer au ministère du tourisme qui en a la charge et à réfléchir pour le prochain binôme et son conseil d’administration.
En ce qui concerne les métiers, vous avez retenu l’hôtellerie, la restauration, les agents de voyages et guides touristiques. Qu’en est-il des investisseurs touristiques ? Seront-ils définitivement exclus de la confédération ?
Les investisseurs touristiques, comme leur nom l’indique, investissent dans des secteurs du tourisme, qui sont soit de l’hôtellerie, soit de la restauration, soit de l’animation (parcs d’attraction, musées, aquaparcs, centres de remise en forme, centres de congrès, parcs d’expositions…), soit de l’hébergement à vocation touristique dans le cadre de stations dédiées ou encore de l’hébergement alternatif. Une fois l’investissement réalisé, ils doivent rejoindre une fédération existante ou en créer une qui puisse répondre à leur investissement si elle n’existe pas. Pourquoi pas la fédération des unités d’animation touristique? Tous les acteurs du tourisme sont des investisseurs touristiques au départ, petits ou grands nous l’avons tous été et demain il faudra intégrer les start-up du tourisme qui vont se créer, et dont les métiers seront inventés et s’imposeront d’elles-mêmes. Qui aurait pu penser en 2001 à Booking, Air B&B, Uber, Tripadvisor ou encore Expedia? Il y aura toujours des investisseurs touristiques, mais j’émets des doutes sur la survie de l’ANIT après cette crise au sein de la CNT.
Le 04 Juin 2018
Source Web : Aujourd'hui le Maroc
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mardi 5 juin 2018
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