Une assiette verte ou le Maroc en transition écologique
ENVIRONNEMENT - On s'en souvient encore, vous comme moi, de ces moments magiques. Les fameuses assiettes beaucoup trop copieuses de Maman, Khalti, ou Mima. Les festins et tajines délicieux et les saveurs d'antan qui mettent l'eau à la bouche. La figure maternelle qui insiste pour une nouvelle ration, et la peine feinte en cas de refus. "Tu n'aimes pas alors? C'est ça? Sinon tu en reprendrais!".
Non Mima, j'en raffole, mais je n'en peux vraiment plus, et si je continue je ne pourrais même plus me lever de ma chaise. Ces traditions culinaires et culturelles du Maroc, et du Maghreb en général, sont des souvenirs chéris, des anecdotes touchantes, des madeleines de Proust, mais il y a quelque chose d'unique, et de révélateur, dans cette façon de gérer les repas.
Le gaspillage de nourriture, dans les foyers marocains, cela n'existe pas. Les rations sont peut-être copieuses, mais rien n'est jamais jeté.
Et si par mégarde il reste néanmoins quelques portions de repas quotidiens vraiment trop copieux, c'est au fond de boites Tupperware qu'elles vont se loger, mises au frais au réfrigérateur ou congélateur - ces fameux Tupperware dont nous autres étudiants rêvons, pauvres à chaque fin de mois.
Mais si cette solution est fréquente, l'autre est celle de donner. C'est probablement l'un des aspects les plus importants de la culture et de la religion musulmanes, dont on parle peu en ces temps sombres et confus, et qui pourtant est profondément enraciné dans l'esprit marocain. La générosité qui est mise en évidence par les assiettes bien remplies est aussi souvent volontaire; on fait toujours un peu plus à dessein.
Ainsi, le concierge L'Hssen en bas de chez moi pouvait compter sur une assiette de couscous les vendredis après la mosquée. Moussa, immigré subsaharien qui espère (toujours) voir de meilleurs jours de l'autre côté de la Méditerranée a pu profiter des sandwichs précautionneusement emballés par les habitants du 4ème étage. Et si, par malheur, quelques morceaux de pain ont souffert du temps qui passe et de l'absence d'une vie éternelle, ils sont soit transformés en chapelure, soit embrassés par respect et religieusement mis de côté en demandant pardon.
Pourquoi le Maroc ne serait-il pas capable d'une telle générosité, d'une telle ingéniosité et d'un tel refus du gaspillage dans tous les domaines, y compris dans celui des énergies? Pourquoi ne pourrait-il pas y faire preuve du même dynamisme? Pourquoi ne pas donner la même importance au développement durable, qui est aussi une forme de partage et une façon d'aider autrui? De donner une place d'envergure au développement durable?
Le gaspillage alimentaire est inadmissible dans les foyers; à nous de rappeler qu'il en est de même pour le gaspillage d'électricité et d'eau. A nous d'ancrer dans la conscience collective l'importance de trier les déchets dans une volonté de recyclage. A nous d'attendre de tout un chacun qu'il s'attèle à la tâche de protéger sa ville, son beau pays, et la planète toute entière.
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Le Maroc a, il y a quelques années maintenant, enclenché un processus écologique d'envergure. Les richesses de son climat sont des éléments clés; les vents du Rif enclenchent les ailes des éoliennes devenues partie intégrante du paysage. Le soleil, et ses doux rayons qui caressent nos peaux découvertes les jours d'été, sont devenus des atouts majeurs dans la production d'énergie; preuve en est la centrale solaire géante Noor ("lumière"), dont la première phase fut inaugurée par Mohammed VI le 4 février dernier à Tamezghitane.
Fort de ressources naturelles clés, le Maroc utilise à son avantage une chance innée, mais qu'il ne faut certainement pas considérer comme acquise. Si l'objectif à long terme est de compter sur une production d'électricité à 42% d'origine renouvelable en 2020 (hydroélectrique, solaire, éolien), et de 52% en 2030, contre 26% actuellement, cette diversification énergétique doit s'accompagner d'une véritable réflexion sur l'écologie, ses atouts, ses besoins, comme nécessité et non alternative.
Néanmoins, c'est une révolution mentale qu'il faut enclencher. Pourquoi, dites-vous? Qu'a-t-on donc à gagner de cette transition écologique?
Nous, jeunesse étudiante confuse à l'idée de "partir ou rester" (35.199 étudiants marocains vivent en France en 2016), avons pragmatiquement à gagner de l'emploi, avec une création estimée à 50.000 - 60.000 postes dans ce secteur d'ici 2020, et des compétences que nous avons et qui sont recherchées.
Pour tous, nous mettons en jeu un avenir plus vert, une vie plus saine, quand le pourcentage des Marocains atteints de maladies respiratoires augmente dans des proportions inquiétantes. Un pays qui pourrait éviter de justesse une pollution effrayante, due à une trop forte dépendance aux hydrocarbures. Casablanca, Rabat, Marrakech et très prochainement Tanger perdent de l'air frais et pur qu'elles avaient pourtant. Les villes s'encombrent et se couvrent d'un voile gris qui n'est pas à leur avantage. Qu'est-ce que Tanger sans l'odeur salée de la mer? Pour y remédier, le royaume s'est engagé à réduire d'au moins 13% par rapport à l'année 2010 ses émissions de gaz à effet de serre pour 2030.
C'est aussi l'espoir d'un avenir plus égalitaire et juste, pour défendre et promouvoir entre autres l'accès à l'eau potable pour tous, ainsi que le droit à l'éducation (incluant notamment la sensibilisation au développement durable). Former un personnel qualifié et capable d'essaimer cet apprentissage est une phase clé du processus si l'on veut espérer qu'il soit viable: c'est l'objectif des Instituts de formation aux métiers des énergies renouvelables et de l'efficacité énergétique (Ifmeree) consacrés à la formation de près de 1.500 Bac-3 à Bac+3. Ces instituts devraient voir le jour à Tanger, Oujda et Ouarzazate à partir de 2017.
A l'aube de la COP22 qui se tiendra au Maroc dans la ville ocre en 2016, il apparaît essentiel de se mobiliser. De protéger nos plages sublimes, que vous les appeliez Barsol ou Achakar; de respecter Perdicaris ou R'milat nos forêts luxuriantes; de comprendre qu'un déchet de plus ou de moins dans le caniveau du trottoir fait la différence.
Le Maroc est avancé et prometteur. Ambitieux, il se présente comme pays africain modèle en la matière (1er rang parmi les pays en développement dans le classement 2015 des Performances des Politiques Climatiques du Climate Action Network, 9ème au rang mondial). Mais c'est l'action de tout un chacun qui sera décisive dans ce futur plus souhaitable. Aucun potentiel n'est inépuisable.
Le 14 Juillet 2016
SOURCE WEB Par Huff Post Maghreb
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samedi 16 juillet 2016
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