Le Maroc adopte enfin une loi régissant le droit de grève après 63 ans d'attente
Après plus de six décennies d'attente, le Maroc s'est officiellement doté d'une loi organique encadrant le droit de grève. Le 5 février 2025, la Chambre des représentants a adopté, en seconde lecture, le projet de loi n°97.15, fixant les conditions et modalités de l'exercice de ce droit fondamental. Bien qu'annoncé par le gouvernement comme un progrès majeur, ce texte suscite des critiques de plusieurs syndicats et partis de l'opposition, déplorant l'absence de concertation.
Depuis l’adoption de la Constitution de 1962, qui reconnaît la grève comme un droit fondamental, le Maroc a tenté à plusieurs reprises d’encadrer ce droit, sans succès. Le vide juridique a laissé place à des conflits sociaux gérés au cas par cas, souvent au détriment des travailleurs. En 2011, la révision de la Constitution a réaffirmé ce droit tout en renvoyant à une loi organique pour en fixer les modalités (article 29 : « Le droit de grève est garanti. Une loi organique fixe les conditions et les modalités de son exercice »).
Il aura fallu 14 ans et plusieurs blocages politiques pour arriver à une version définitive. « Il était essentiel pour le Maroc d'adopter une loi qui régule la grève et protège à la fois les travailleurs et les entreprises », a commenté Younes Sekkouri, ministre de l'Emploi et de l'Insertion économique. Le projet a été adopté par la Chambre des conseillers le 3 février 2025, puis validé en seconde lecture par la Chambre des représentants le 5 février avec 142 voix pour, 55 contre et 13 abstentions.
Un encadrement strict du droit de grève : des mesures controversées
La nouvelle loi impose un encadrement strict du droit de grève afin de prévenir les abus. Elle introduit un préavis de 10 jours avant tout arrêt de travail, exige un vote majoritaire des salariés concernés pour la déclencher et interdit les grèves de solidarité ainsi que les piquets de grève empêchant l'accès aux lieux de travail. De plus, l'employeur peut engager une procédure judiciaire pour contester la légalité d’une grève.
Ces dispositions ont suscité de vives critiques parmi les syndicats, qui estiment qu'elles restreignent le droit de grève et favorisent les employeurs. « Ce texte désavantage les travailleurs en imposant des contraintes excessives et octroie trop de pouvoirs aux entreprises », a dénoncé un représentant de l'Union marocaine du travail (UMT).
Des oppositions syndicales et politiques persistantes
Plusieurs centrales syndicales, dont l'Union nationale du travail au Maroc (UNTM) et la Confédération démocratique du travail (CDT), ainsi que des partis d’opposition, dénoncent un texte adopté sans concertation réelle. Les critiques se concentrent sur un manque de négociations avec le gouvernement, ne prenant pas en compte les attentes des travailleurs.
L’opposition considère que cette loi compliquerait l’exercice du droit de grève, pourtant garanti par la Constitution. « Cette loi impose des formalités bureaucratiques qui nuisent à la capacité des travailleurs de défendre leurs intérêts », a réagi un député de l’opposition.
Une loi aux enjeux sociaux et économiques
Malgré les critiques, le gouvernement défend la nécessité de cette loi pour sécuriser l’environnement des affaires et encourager les investissements. « Un cadre juridique clair permettra de prévenir les grèves abusives et de garantir une meilleure stabilité économique », a soutenu un représentant du patronat.
L'application de cette loi sera scrutée de près dans les mois à venir. Son efficacité dépendra des décrets d’application à venir et de l'interprétation de ses modalités. L'enjeu sera de concilier les impératifs de développement économique avec la protection des droits fondamentaux des travailleurs.
Le 10/02/2025
Rédaction de lanouvelletribune
www.darinfiane.comwww.cans-akkanaitsidi.net www.chez-lahcen-maroc.com
Les tags en relation
Les articles en relation
Nouvelle Feuille de Route 2025 : Le Gouvernement Favorise l'Emploi des Jeunes Non-Diplômés au Maro
Le gouvernement marocain s’apprête à dévoiler une nouvelle feuille de route pour intégrer les jeunes sans diplôme sur le marché de l’emploi, avec pour...
LES FEMMES AU MAROC EN 10 CHIFFRES FRAPPANTS !
Même si la situation des femmes évolue au Maroc, les inégalités persistent à tous les niveaux ! Zoom sur 10 chiffres édifiants émanant du HCP. 22,3%, ...
Arriérés de TVA : Akhannouch promet le remboursement de 13 MMDH d’ici avril 2022
En vue d'alléger la trésorerie des entreprises, les crédits de la TVA due par l'État aux entreprises privées vont être remboursés d'ici avril...
Maroc : les barrages remplis à 49,44 % après les pluies
Grâce aux précipitations récentes, le taux de remplissage des barrages au Maroc a atteint 49,44 %, a annoncé Nizar Baraka, ministre de l’Équipement et de...
Colère royale suite aux propos sur Ceuta et Melilla
Les déclarations du président de la Chambre des conseillers, Ennam Mayara (Istiqlal), sur la marocanité de Ceuta et Melilla a suscité une grosse colère au ...
Tourisme interne au Maroc : plus de 4 millions de nuitees et une croissance soutenue en 2026
Le tourisme interne poursuit sa progression au Maroc. Intervenant à la Chambre des conseillers, la ministre du Tourisme, Fatim-Zahra Ammor, a annoncé que plus...
Stress hydrique, inflation, tourisme : Nouvelle rallonge budgétaire de 10 MMDH
Le gouvernement a annoncé une troisième rallonge budgétaire de 10 milliards de DH destinés à améliorer la situation financière de plusieurs ministères e...
Tourisme : les députés tirent la sonnette d’alarme
La sauvegarde de l’emploi demeure la principale préoccupation des élus au sein de la première Chambre. Un appel insistant au renforcement des mesures d’a...
Grève des enseignants : un nouvel accord trouvé, résultat du dialogue initié avec les principaux
Les membres de la commission interministérielle désignés et les représentants des quatre principaux syndicats poursuivent leurs réunions pour désamorcer l...
La Chambre des représentants adopte le projet de loi relatif au service militaire
La Chambre des représentants a adopté, mercredi 26 décembre, lors d’une séance plénière, le projet de loi 44.18 relatif au service militaire. Présen...
AMO Tadamon : Ait Taleb s’explique sur les difficultés d'inscription d'une partie des ex-bénéfi
Le ministre de la Santé, Khalid Ait Taleb, a réagi aux cas des ex-ramedistes qui ont des difficultés d'accès au nouveau régime AMO Tadamon. Il a assur�...
Tourisme : les arrivées de touristes en hausse de 13% sur les 4 premiers mois de 2023
La reprise de l’activité touristique dans le royaume se confirme avec une très belle performance sur les quatre premiers mois de 2023. Selon les chiffres of...


lundi 10 février 2025
0 















Découvrir notre région