Gouvernement Akhannouch : en théorie tout est possible
Aziz Akhannouch n’en fait pas mystère : c’est le social qui donnera le ton à son mandat. Création d’un million d’emplois nets, enclenchement du mécanisme d’aides aux populations vulnérables, soutien à la famille, aux personnes âgées, et, surtout, mise en place d’une couverture médicale généralisée… Pour le chef de la majorité, il faut très vite légitimer socialement un gouvernement perçu comme l’émanation de la très haute bourgeoisie marocaine.
Le soupçon qui lui colle à la peau est celui de vouloir vite permettre à ceux qui l’ont soutenu de réaliser un retour sur investissement, compte tenu des moyens engagés dans la campagne électorale. La déception PJD a mis du vent dans les voiles du RNI, lui permettant de réaliser des raz-de-marée dans toutes les instances électives. Mais attention, ce semblant d’unanimisme autour des Indépendants peut être un trompe-l’œil. L’électorat n’a que trop à l’esprit la manne (13 milliards de dirhams au moins) détournée des poches des citoyens suite à la libéralisation des prix des carburants.
Pour le moment, les rancunes du passé sont mises en sourdine, mais il suffirait d’un ou deux faux-pas pour que des braises semi-éteintes se rallument de nouveau. L’état-providence n’est donc pas un luxe. Dès les premiers mois de cette mandature, les Marocains, surtout les plus modestes, doivent ressentir une amélioration nette de leur pouvoir d’achat. D’autant que les aides ciblées interviendront parallèlement à la disparition des subventions du gaz butane, du sucre et de la farine, dans une espèce de donnant-donnant.
L’une des raisons invoquées par Abdelilah Benkirane pour expliquer sa non-reconduction en 2016 était que Aziz Akhannouch avait fait barrage à la distribution d’aides aux plus démunis. Cela aurait conforté les islamistes au pouvoir pendant une durée indéterminée. A présent, il est venu le temps d’actionner ce mécanisme de soutien. Les Marocains, fragilisés davantage encore par la crise du Covid-19, ne sauraient attendre plus longtemps.
Une interrogation jaillit toutefois : comment financer la générosité sociale? Au parlement, bousculé sur cette question, le Chef du gouvernement a évoqué les leviers classiques: la suppression des niches fiscales et la nécessité pour tous de s’acquitter de l’impôt. Ah ! Non ! C’est un peu court jeune homme ! dirait Cyrano. Venant d’un gouvernement de managers, cette faune rompue à l’art de créer de la richesse, la réponse est trop convenue, trop classique.
En fait, à cette équipe de CEO et de gestionnaires, l’on demandera de faire ce qu’ils savent faire de mieux : des deals, des transactions, des quick wins. A commencer par provoquer un appel d’air massif d’investissements directs étrangers. Mais pas que. Car le salut ne viendra pas des usines étrangères seulement, mais du capitalisme local.
Enfermé dans des schémas de connivence et de monopoles permis par le bouclier réglementaire de l’Etat (à l’exemple des banques, si protégées qu’aucune fintech ne pourra jamais émerger), ce capitalisme autocentré doit sortir de sa carapace. Il doit accepter de capter moins de valeur ajoutée et se réconcilier avec l’idée que des marchés longtemps captifs puissent être contestés par de nouveaux acteurs. C’est d’un véritable changement de mindset, volontaire ou forcé, chez la bourgeoisie du capital, amoureuse de la rente et allergique au partage, que ce pays a besoin pour émerger.
Étrangers au microcosme des (grosses) affaires, les islamistes n’y pouvaient rien. Sans doute n’étaient-ils même pas conscients qu’une caste non représentée dans la haute fonction publique contrôle à ce point la santé économique du pays. Avec Aziz Akhannouch, c’est le représentant suprême de la caste qui est au pouvoir. A lui de raisonner les siens. De sa capacité à modifier l’état d’esprit des puissants, dépendra la libération de la croissance et toutes les externalités positives qui vont avec. Le 10 décembre 2019, en meeting à…Milan, Akhannouch avait malencontreusement suggéré de “rééduquer les Marocains”. En vérité, ce sont les oligarques qu’il faut rééduquer. S’il échoue à le faire, au fond, à quoi sert-il?
SOURCE WEB PAR TELQUEL
Les tags en relation
Les articles en relation
Le prince héritier Moulay El Hassan et le prince Moulay Rachid aux funérailles de feu Abdelouahed
Le prince héritier Moulay El Hassan et le prince Moulay Rachid ont pris part, ce mardi 28 mars 2023 à Rabat, aux obsèques d’Abdelouahed Radi, un des leader...
Maroc: 9,2 millions de bénéficiaires du Régime d'assistance médicale "RAMED" au 18 décembre der
Le nombre des bénéficiaires du Régime d'assistance médicale "RAMED" a atteint au 18 décembre dernier, 9,2 millions de personnes, a indiqué, mardi à R...
Maroc: le boycott ferait-il tomber le gouvernement?
La campagne de boycott, initiée sur Facebook, a remporté un succès inouï et a eu l’adhésion de nombreux citoyens. Cela a eu des répercussions sur le chi...
Nouveau gouvernement: deux conseillers du Roi rencontrent Benkirane
Le Roi est finalement intervenu pour mettre fin à l'attentisme en matière de formation du nouveau gouvernement. Sur instructions du Roi Mohammed VI, le...
#Maroc_Santé_à_distance: La nouvelle gamme de soins en télémédecine, à 100% marocaine, conçue
A la première Conférence africaine sur la réduction des risques en santé qui s’est tenue à Marrakech du 16 au 18 novembre 2022, Mediot, un opérateur glo...
Visite de travail de Yaël Braun-Pivet au Maroc : Renforcement des relations France-Maroc
Yaël Braun-Pivet, présidente de l'Assemblée nationale française, commence une visite de travail de deux jours au Maroc, ce mercredi 11 décembre. Accomp...
Sahara : Eric Ciotti et Rachida Dati reconnaissent la souveraineté du Maroc
Le président du parti Les Républicains (LR), Éric Ciotti, et Rachida Dati, membre du parti et figure emblématique de la droite française, ont exprimé la p...
Officiel. l’UC et le MDS rejoignent la majorité de Aziz Akhannouch
L’Union constitutionnelle (UC) et le Mouvement démocratique et social (MDS) rejoignent officiellement les rangs de la majorité d’Aziz Akhannouch. Les dét...
Maroc-Turquie : Erdogan invite le roi Mohammed VI à une visite d’État
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a invité le roi du Maroc Mohammed VI pour une visite officielle en Turquie, a rapporté l’agence de presse Anadolu. L...
Industrie au Maroc : Opportunités et Défis soulignés par l’opposition et le gouvernement
Lors de la séance mensuelle à la Chambre des conseillers le mardi 19 novembre, l'opposition, représentée par des élus de partis politiques et de syndic...
Hausse du petrole et du gaz butane : le Maroc face au defi du hedging energetique
La hausse continue des prix du pétrole et du gaz butane sur les marchés internationaux, accentuée par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, ravive le ...
Le MUR menace le PJD : Une première !
Le Mouvement unicité et réforme évoque des «faits négatifs et inquiétants» de la part de certains membres de la direction du parti ADS Le torchon brû...


lundi 18 octobre 2021
0 















Découvrir notre région