Dans le sud du Maroc, des oasis ancestrales menacées d’extinction
Au cours du XXe siècle, le pays a perdu les deux tiers de ses 14 millions de palmiers, notamment à cause de cycles de sécheresse de plus en plus fréquents.
L’oasis de Skoura, dans le sud marocain, en janvier 2020. FADEL SENNA / AFP
Des stipes de palmiers gisent sur une terre jaunâtre devant les ruines d’une maison en pisé abandonnée, dans une région aride du sud-est du Maroc : la scène de désolation résume le destin des oasis menacées d’extinction par le dérèglement climatique. « J’ai grandi dans cette oasis et j’ai été témoin de son rétrécissement progressif », déplore Mohamed El Houkari, un résident de l’oasis de Skoura, qui compte quelque 25 000 habitants. « La menace de sa disparition est bien réelle », s’alarme cet acteur associatif de 53 ans, devant un canal d’irrigation à sec.
Des siècles durant, les oasis marocaines ont été le foyer de concentrations humaines, d’activités agricoles et d’un patrimoine architectural et culturel, bénéficiant de leur emplacement sur la route des caravanes commerciales transsahariennes. Aujourd’hui, à Skoura, seuls les oliviers peu gourmands en eau résistent encore à l’ombre de la palmeraie, qui se résume pour le reste à un paysage de terre craquelée.
Pourtant, jusque dans les années 1980, des « grenadiers et des pommiers poussaient ici », se souvient Mohamed. Avec des cycles de sécheresse de plus en plus fréquents et dévastateurs, les oasis, autrefois boucliers contre la désertification, sont désormais « menacées d’extinction en raison de l’impact considérable des températures élevées sur les ressources en eau », a récemment alerté l’ONG Greenpeace.
Au cours du siècle dernier, le Maroc a déjà perdu les deux tiers de ses 14 millions de palmiers, selon des chiffres officiels. « Les activités oasiennes reposent sur les eaux souterraines, généralement alimentées par la neige [des montagnes]. Elles ont souffert avec le réchauffement climatique des années 1980 et 1990 », souligne Lahcen El Maimouni, doyen de la faculté de Ouarzazate, en marge d’une conférence sur le tourisme solidaire dans les oasis.
« La sécheresse a tout détruit »
Autrefois attractive pour les agriculteurs, la région de Skoura voit les jeunes partir travailler ailleurs, l’activité étant devenue marginale. Seul le tourisme permet d’en retenir certains. « Je suis prêt à vendre ma terre, mais il n’y a pas d’acheteur, tout le monde est parti ! », murmure Ahmed, un agriculteur de Skoura, l’air désemparé.
Ce quinquagénaire s’est installé avec sa famille il y a vingt-cinq ans, « lorsque la zone était verte et l’eau abondante ». « Mais la sécheresse a tout détruit », soupire-t-il, regrettant le coût élevé des pompes électriques utilisées pour puiser de l’eau toujours plus en profondeur. Plus de 40 mètres : c’est désormais la profondeur à atteindre pour trouver de l’eau, contre 7 à 10 mètres dans les années 1980, selon des habitants.
Le recours intensif aux pompes électriques a d’ailleurs participé à la surexploitation de la nappe phréatique, déplore Abdeljalil, 37 ans, électricien à Marrakech et Agadir (sud), où il passe la majorité de son temps. « Notre vie n’est plus ici ! », lâche-t-il. Mohamed, lui, déplore l’abandon des méthodes traditionnelles qui permettaient de distribuer l’eau « économiquement et rationnellement », en référence à un ancien système d’irrigation par canaux appelés « Khatarat ».
A l’horizon se dressent les pics des montagnes de l’Atlas recouverts de neige. Insuffisant, toutefois, pour nourrir les lits asséchés des oueds traversant l’oasis. Les effets de la sécheresse sont d’ailleurs visibles le long de la route tortueuse allant de Marrakech à Ouarzazate, à 40 kilomètres de Skoura.
Le danger de la désertification
« La fréquence des sécheresses a augmenté au cours des vingt à quarante dernières années en Tunisie, au Maroc, en Syrie et en Algérie, passant au Maroc d’une fois tous les cinq ans à une fois tous les deux ans », précise Greenpeace. Pour Mohamed, le sauvetage des oasis passe par « la sensibilisation » au danger de la désertification. Il regrette notamment « le déracinement de nombreux palmiers pour les vendre à des propriétaires de villas ».
Pour réhabiliter l’espace oasien, l’Agence nationale de développement des zones oasiennes et de l’arganier (Andzoa) a lancé en 2008 un « grand programme avec la plantation de trois millions d’arbres, un objectif atteint en 2019 », assure Brahim Hafidi, son directeur général. « On s’est donné comme objectif la mobilisation d’un milliard de mètres cubes d’eau d’ici à la fin de 2020 », avec notamment la construction de barrages et la réhabilitation de canaux d’irrigation. Un « programme très avancé », affirme-t-il.
La pénurie d’eau ne menace pas que les oasis. La ville semi-désertique de Zagora (sud) a connu en 2017 des « manifestations de la soif » contre des coupures d’eau récurrentes. Début janvier, le Maroc a lancé un programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation pour 2020-2027, doté de l’équivalent de 10,9 milliards d’euros.
Le 13 Février 2020
Source web Par Le Monde
Les tags en relation
Les articles en relation
Sécheresse au Maroc : alerte sur le cheptel et l’eau
Le Maroc figure parmi les «?points chauds?» mondiaux de la sécheresse, selon un rapport de l’UNCCD et du NDMC. Cette crise, aggravée par le changement cli...
Agriculture Maroc 2025-2026 : fortes pluies, recoltes en hausse et rebond du secteur agricole
Après plusieurs années de sécheresse, le Maroc enregistre un rebond significatif de son secteur agricole grâce à des précipitations abondantes durant la c...
Al Moutmir 2024/2025 : innovation agricole pour la résilience face au climat au Marocn
Dans un contexte marqué par la sécheresse et la variabilité climatique, l’initiative Al Moutmir, portée par l’UM6P et la Fondation OCP, confirme son rô...
OFPPT dévoile son plan pour 2016
L’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT) a présenté en début de semaine son plan d’action 2015-2020 et le budget 20...
Royaume-Uni : comment le Maroc est devenu l'un des principaux bénéficiaires du Brexit en Afrique
Le Maroc est l'un des pays ayant le plus bénéficié du Brexit sur le plan commercial, selon un média britannique. A la faveur d'un rapprochement sans...
La Stratégie de Dessalement d'Eau au Maroc pour Faire Face à la Crise Hydrique
La situation hydrique du Maroc devient de plus en plus alarmante, marquée par la sécheresse persistante, le faible taux de remplissage des barrages et la bais...
Maroc : Importation de 100.000 moutons d’Australie pour l’Aïd
Face à une pénurie croissante de cheptel due à la sécheresse, le Maroc va importer 100.000 moutons par an d’Australie afin d’assurer l’approvisionneme...
Covid-19. Suivez le nombre de cas par province et préfecture
Covid-19. Suivez le nombre de cas par province et préfecture Le 08/05/2020 Source Web Par Médias 24 ...
Brouille maroco-allemande : la ligne de relance Post-Covid-19 de la KFW sera-elle compromise?
Alors que la polémique enfle quant à l’appel d’offres récemment lancé par la section marocaine de l’Agence allemande de coopération internationale (G...
Sijilmassa : carrefour du commerce transsaharien
Fondée au VIII? siècle dans l’oasis du Tafilalet, Sijilmassa fut l’un des plus grands carrefours du commerce transsaharien. Véritable trait d’union ent...
Palmier dattier au Maroc : résilience et défis face à la sécheresse persistante
Le développement de la filière du palmier dattier au Maroc est confronté à une sécheresse persistante depuis sept ans, entravant la mise en œuvre du contr...
#COVID19_TRANSMISSION_AUX_GORILLES: Reperée une premiere fois au Zoo de San Diago
Il s’agit des premiers cas connus de transmission chez ces animaux. Malgré « un peu de congestion et de toux », les gorilles infectés se portent bien. ...


lundi 17 février 2020
0 















Découvrir notre région