Les finances de la RAM se dégradent, la concurrence des low cost mise en cause
En attendant la clôture fin octobre de l'exercice comptable 2018-2019 de la RAM, le rapport sur les entreprises et établissements publics accompagnant le PLF 2020 annonce que le chiffre d’affaires de la compagnie nationale devrait reculer par rapport à l’exercice 2017-2018 et que son résultat net sera déficitaire de 102 MDH. Tout en trouvant ces prévisions exagérées, une source autorisée à la RAM réclame l'aide de l’ONMT et de l’Etat, "sans quoi elle pourrait disparaitre à terme".
Comme annoncé en août dernier par Médias24, la compagnie nationale risque de boucler son exercice comptable avec un résultat net déficitaire. S’il faudra attendre la clôture des comptes le 31 octobre et leur publication en mars prochain pour s'en assurer, il est de plus en plus probable que son exercice fiscal 2018-2019 enregistrera une forte dégradation de tous ses indicateurs.
10 milliards de DH d'investissements prévus entre 2020 et 2022
C’est en tous les cas ce que prévoit le ministère de l’Economie et des Finances dans son rapport sur les établissements et entreprises publics récemment dévoilé à l'occasion de la présentation du projet de loi de Finances 2020.
Selon ses rédacteurs, la RAM devrait clôturer son année fiscale avec un chiffre d’affaires de 16,29 milliards de DH, en baisse de 2,9% par rapport à l’exercice précédent (16,775 MMDH) et surtout un résultat net déficitaire de 102 MDH, en forte dégradation par rapport au bénéfice précédent de 225 MDH.
Un recul qui s’expliquerait par les impacts cumulés d’une concurrence croissante des compagnies étrangères et le renchérissement du coût du carburant.
Face à ces mauvais résultats prévisionnels inédits, les analystes du ministère jugent donc urgent de conclure, avant fin 2019, un nouveau contrat-programme Etat-RAM pour succéder à celui de 2011-2016.
L’objectif étant, selon eux, d’aider la compagnie à renforcer sa présence dans son hub de l’aéroport Mohammed V de Casablanca et surtout d’augmenter sa flotte pour que la RAM puisse consolider sa position en Afrique tout en développant de nouvelles dessertes sur d’autres continents.
A ce propos, le rapport précise que la compagnie consacrera 10 milliards aux dépenses d’investissements pour les trois années à venir, soit 3,07 MMDH en 2020, 3,693 MMDH en 2021 et enfin 3,3 MMDH en 2022.
Sollicitée par Médias24, une source autorisée du transporteur tient tout d'abord à tempérer les résultats prévisionnels négatifs annoncés par le ministère de l’Economie et des Finances avant de nous expliquer les causes du recul du résultat.
Des réalisations moins graves que prévu, selon la RAM
"Avant toute chose, il est utile de préciser que les résultats de la RAM annoncés par les analystes du ministère ne sont que des prévisions sachant que les chiffres définitifs ne seront connus que dans plusieurs mois, à savoir en mars quand chaque poste d’activité aura été consolidé.
"S’il est évident que nous ne dégagerons pas de bénéfices comme lors de l’exercice précédent, il faut quand même souligner que notre résultat net sera plus proche de zéro que des 102 MDH de pertes annoncées par le rapport.
"Idem pour le chiffre d’affaires qui ne sera pas en recul de 2,9% comme l’affirment les prévisions mais bien en légère croissance. Ceci dit, il faut reconnaitre que les résultats définitifs qui ne seront connus qu'en mars sont pour la première fois en baisse depuis l’arrivée du président Abdelhamid Addou".
"Les 4 Boeing 737 MAX immobilisés sont la 1ère cause du résultat déficitaire"
"Après plusieurs années continues de bénéfices, l’activité de la RAM a été fortement impactée, outre par le renchérissement du prix du carburant, par deux facteurs conjoncturels et structurels qui ont entraîné une baisse sensible de son résultat net.
"Le premier étant l’immobilisation des 4 Boeing 737 Max sur lesquels nous comptions pour faire croître notre activité commerciale.
"En effet, nous avons eu un important manque à gagner en termes de chiffre d'affaires sans parler des coûts supplémentaires sachant qu'il a fallu louer des avions, au prix fort, pour assurer les vols programmés et payer le parking et l'entretien des 2 Max déjà réceptionnés et immobilisés au sol.
"En deuxième lieu, il faut citer la forte concurrence des compagnies étrangères, en particulier des low-cost, qui nous a fait beaucoup de mal.
"Les choix de l’ONMT impactent notre rentabilité"
"Non seulement, ces compagnies concurrentes ouvrent des dessertes sur des trajets traditionnellement assurés par la RAM mais de plus elles sont subventionnées par l’ONMT. A partir de là, on obtient une suroffre qui provoque un effondrement des prix et in fine qui impacte directement notre rentabilité.
"Normalement, l’ONMT ne devrait aider que les transporteurs qui ouvrent une ligne touristique dans des zones où aucune compagnie n’est présente.
"Sous couvert de ramener des touristes étrangers supplémentaires, l’office subventionne des trajets déjà assurés par la RAM et qui, trop souvent, ne sont empruntés que par des MRE.
"Tout en étant libéral, l’ONMT doit s'interroger avant de subventionner des lignes concurrentes qui menacent directement notre survie financière.
"En fait, si chacun se met à défendre sa chapelle, sans cohérence stratégique entre la RAM et l’ONMT, ce n’est pas dans l’intérêt de l’Etat car c’est la politique touristique du Maroc qui risque de trinquer.
"Sans exagération, il est évident que si on continue à distribuer à tour de bras des aides publiques à la concurrence étrangère, il n’est pas exclu que la compagnie nationale disparaisse un jour ou l’autre", s’inquiète notre source.
Un contrat-programme très attendue depuis 2017
Selon notre interlocuteur, la RAM espère donc signer le plus rapidement possible un nouveau contrat-programme avec l’Etat mais avec le récent remaniement gouvernemental, le président de la RAM et sa nouvelle ministre de tutelle n’en sont encore qu’à la prise de contact.
"Nous espérons vraiment que les choses vont s’accélérer car les résultats montrent bien que notre situation financière ne pourra que s’aggraver si l’Etat ne nous aide pas financièrement et si rien n’est fait pour mettre un terme à la concurrence déloyale des low-cost indirectement encouragée par l’ONMT", conclut, inquiète, notre source.
Le 24 Octobre 2019
Source web Par Hespress
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samedi 26 octobre 2019
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