«La finance va vivre un tsunami d’ici fin 2020», selon l’ex-n°2 de Wall Street
Paris (IIIe), le 19 mars. «Les banques centrales doivent absolument arrêter progressivement d’emprunter de l’argent facile», prévient Georges Ugeux. LP/Philippe La vieille
Ancien vice-président de la Bourse de New York, Georges Ugeux tire la sonnette d’alarme sur le niveau de surendettement explosif des pays industrialisés.
L’ancien numéro deux de la Bourse de New York est formel. Il faut se préparer à vivre une crise financière mondiale sans précédent avant la fin 2020. À 74 ans, l’actuel président et patron belge de la société de conseil Galileo Global Advisors, Georges Ugeux, tire la sonnette d’alarme et en décrypte les ressorts dans son dernier ouvrage « la Descente aux enfers de la finance »*.
Plus dévastatrice encore que celle qui a secoué la planète en 2008, cette crise serait cette fois non plus causée par les mauvais placements des banques mais par le niveau extrêmement élevé de l’endettement des États. Il nous explique ce qui lui fait craindre le pire.
Dix ans après la crise de 2008, qu’est-ce qui vous fait dire qu’on va dans le mur ?
GEORGES UGEUX. Depuis des années, les États ont pu s’endetter dans des conditions excessivement favorables et ne s’en sont pas privés. À tel point que des pays comme l’Italie, la France, les États-Unis et le Japon sont arrivés à niveau d’endettement qui n’est plus soutenable. Le montant de la dette publique mondiale s’élève désormais à 63 000 milliards de dollars (55 000 milliards d’euros) dont 10 000 milliards de dollars (8 800 milliards d’euros) émanant de l’Europe, 10 000 milliards de dollars du Japon et 22 000 milliards de dollars (19 000 milliards d’euros) des États-Unis… Au fur et à mesure que les taux d’intérêt augmentent -comme c’est déjà le cas-, les déficits budgétaires augmentent et menacent la notation de ces pays et leur capacité à se refinancer sans exploser. C’est arithmétique. C’est ce qui me fait dire que d’ici à fin 2020, nous allons vivre un tsunami financier. Ce qui est arrivé à Lehman Brothers, c’est lilliputien à côté de ce qui nous attend !
Quelle serait l’étincelle ?
Je ne connais pas l’élément déclencheur… Les banques centrales et les gouvernements vont peut-être la déclencher par leur action. En se rendant compte de la dangerosité et du niveau de leurs emprunts d’État, certains de ces acteurs risquent de commencer à les vendre et lancer la spirale qui va faire grimper les taux d’intérêt et on connaît la suite.
Quelles solutions préconisez-vous ?
Il faut sortir du déni. Les banques centrales doivent absolument arrêter progressivement de prêter de l’argent facile. Les gouvernements doivent avoir une meilleure discipline budgétaire. Et il faut tester la hausse graduelle des taux d’intérêt comme l’ont fait les États-Unis pour sortir d’urgence des taux négatifs. Je suis convaincu que lorsqu’on a des taux extrêmement bas, le fait de les bouger dans un sens ou un autre n’a aucun impact sur la décision d’un chef d’entreprise ou d’un ménage d’investir.
La France est secouée par la crise des Gilets jaunes, comment l’interprétez-vous ?
Nous vivons une perversion du capitalisme où les entreprises parviennent à faire faire aux États à peu près ce qu’elles veulent alors qu’elles contribuent peu aux besoins de l’État. Typiquement, un dispositif, le CICE (Crédit d’impôt compétitivité emploi), mis en place sous la présidence de François Hollande, a permis d’octroyer 40 milliards d’euros aux entreprises. Et alors qu’on avait demandé au Medef de s’engager sur la création d’un million d’emplois, rien n’a été fait…
Le gouvernement a pourtant mis sur la table 11 milliards d’euros, était-ce une erreur ?
Ce qui s’est passé sur les Champs-Élysées n’est pas un problème d’argent. Le problème, c’est qu’une classe moyenne entière se sent complètement déconnectée, que son vote ne sert à rien, que le président, élu théoriquement d’un gouvernement de gauche, mène une politique de droite. Emmanuel Macron a joué avec le feu. Ce qui pèche, c’est davantage la séquence des mesures lancées par Emmanuel Macron que les mesures elles-mêmes…
Que voulez-vous dire ? Il ne fallait pas supprimer l’Impôt sur la fortune (ISF) ?
Si, bien sûr. L’ISF est une aberration fiscale non parce qu’elle taxe les riches mais parce qu’elle taxe le stock de richesses qu’on appauvrit, ce qui ne sert à rien. Il aurait fallu le remplacer par une tranche d’impôt supplémentaire, une cinquième tranche imposée à 55 % à partir de 1 million d’euros de revenus par exemple. Si le citoyen a le sentiment que le système fiscal est inéquitable, il devient désespéré et c’est ce à quoi on assiste avec la crise des Gilets jaunes.
Votre discours dénote de la part d’un banquier… Seriez-vous un banquier de gauche ?
Non, d’ailleurs je ne suis plus tout à fait un banquier mais un financier. J’ai vu la finance évoluer et j’ai vécu mon chemin de Damas en 2008 en voyant à quel point les banques avaient agi de manière irresponsable et mon regard critique s’est acéré. Parce que, soyons clairs, on ment aux citoyens.
*La Descente aux enfers de la finance, préfacé par Jean-Claude Trichet, éditions Odile Jacob, 336 pages, 23,90 euros.
Le 25 mars 2019
Source web par le parisien
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mardi 11 juin 2019
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