Theresa May vit ses derniers jours comme Première ministre
Incapable de mettre en oeuvre le Brexit, Theresa May vit désormais ses derniers jours à la tête d’un gouvernement britannique qui est apparu ces dernières semaines étrangement silencieux sur la question, comme paralysé.
Le compte à rebours a été lancé jeudi, lorsque la dirigeante conservatrice a été contrainte d’accepter, lors d’une réunion avec les responsables parlementaires de son parti, d’annoncer « un calendrier pour l’élection d’un nouveau leader du Parti conservateur ». Ce qui revient à désigner le nouveau Premier ministre du pays.
Sur la sellette depuis des mois, Mme May était parvenue à se maintenir au pouvoir faute de candidat prêt à se risquer à reprendre en main le dossier épineux du Brexit. Mais les résultats catastrophiques pour son parti aux élections locales du 2 mai et les sondages désastreux en vue des européennes la semaine prochaine ont scellé son sort.
« Cette fois, elle est vraiment sur le départ », estime Tim Bale, professeur de sciences politiques à l’université Queen Mary de Londres, qui la voit mal « survivre plus de deux ou trois semaines ». Pour le quotidien The Guardian, « tout le monde en parle au passé dans le milieu politique britannique ».
A son arrivée au pouvoir, au lendemain du référendum sur le Brexit du 23 juin 2016, cette fille de pasteur, sans charisme mais à la réputation de bûcheuse, avait fait voeu de conduire son pays hors de l’Union européenne, vers des horizons plus florissants. Mais trois ans plus tard, elle a été contrainte de reporter deux fois la date du Brexit, initialement fixée au 29 mars, et même d’organiser des élections européennes, reniant au passage plusieurs promesses.
« Elle a échoué, complètement échoué », tranche Tim Bale, qui lui prédit un jugement sévère dans les livres d’histoire.
Car pour les analystes et les éditorialistes, Mme May, 62 ans, est largement responsable de la situation, pour s’être pliée à la volonté des partisans d’un Brexit dur dans son parti, pour avoir convoqué des élections générales où elle a perdu sa majorité absolue au parlement, et avoir choisi d’ignorer les fondements sur lesquels l’UE était prête à négocier un accord.
Meg Russell, politologue à l’University College de Londres, estime qu’elle a choisi d’agir en chef de parti « plutôt que de tenter de construire un consensus national » dans ce moment historique traversé par le Royaume-Uni. Or, diriger un gouvernement minoritaire « réclame plus de flexibilité, d’agilité, dont la capacité au compromis et au travail avec d’autres partis. Theresa May n’a clairement aucun de ces talents », dénonce-t-elle dans un article publié sur le site de l’UCL.
Après avoir essuyé trois échecs au parlement pour faire passer l’accord de divorce qu’elle a conclu avec Bruxelles en novembre, elle a fini par tendre la main au principal parti d’opposition, le Parti travailliste, pour tenter de construire un consensus sur la relation future avec l’UE. Mais le chef du Labour, Jeremy Corbyn, a rompu ces discussions vendredi, mettant en avant, outre leurs divergences, l’autorité affaiblie de Mme May.
En campagne pour les européennes vendredi à Bristol, Mme May a offert un visage défait, tout en assurant que « personne d’autre (en dehors des conservateurs) n’est en mesure de mener le Brexit à bien ».
Ce sera probablement sans elle. Un départ sans gloire pour cette femme discrète mais ambitieuse, qui dès l’adolescence rêvait de faire de la politique et de devenir la première femme chef de gouvernement du Royaume-Uni.
Margaret Thatcher lui souffle ce titre, mais elle devient la première femme secrétaire générale du Parti conservateur de 2002 à 2003. A ce poste, elle s’illustre lors d’un discours en appelant les Tories, alors marqués très à droite, à se débarrasser de leur image de « nasty party » (« parti des méchants »).
Après avoir soutenu David Cameron dans sa conquête du parti en 2005, elle hérite du portefeuille de l’Intérieur lorsqu’il arrive à Downing Street en 2010. Elle reste six ans à ce poste exposé, dans lequel elle s’illustre par sa gestion ferme de l’immigration.
Elle souffre d’une image de froideur et ses interventions publiques souvent répétitives et sans passion lui valent d’être surnommée « Maybot »: « May le robot ».
Le 17 mai 2019
Source web Par : la lettre
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samedi 18 mai 2019
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