Sommet Kim-Trump 2: pourquoi la Chine reste un acteur-clé
Les essais nucléaires de la Corée du Nord ont longtemps irrité la Chine, mais les relations bilatérales aujourd'hui réchauffées, Pékin entend prouver qu'il reste un acteur-clé avant le deuxième sommet Kim-Trump qui débute mercredi à Hanoï.
La Chine soutient la dynastie des Kim depuis la guerre de Corée (1950-1953), mais le programme nucléaire que Pyongyang a poursuivi ces dernières années contre l'avis chinois a exaspéré Pékin, qui veut la stabilité en Asie du nord-est.
Les relations s'étaient donc tendues entre les deux alliés de la Guerre froide. Notamment en 2017, lorsque la Chine a soutenu les sanctions internationales visant le régime nord-coréen.
"Avant, la Chine voyait la Corée du Nord comme un pays tampon utile face aux Etats-Unis", présents militairement en Corée du Sud, explique Zhao Tong, spécialiste des questions nucléaires au centre Carnegie-Tsinghua à Pékin.
Mais les essais atomiques de Pyongyang ont été vécus comme un casse-tête par Pékin, pour qui "la Corée du Nord était en train de devenir un boulet plus qu'un atout".
La visite en mars 2018 de Kim Jong Un à Pékin, où il a rencontré le président Xi Jinping, a brisé la glace: c'était le premier voyage à l'étranger du jeune leader après son arrivée au pouvoir en 2011. Depuis, les deux hommes se sont encore rencontrés trois fois.
Se rapprocher de Pékin permet à Pyongyang de peser face à Washington: si la lune de miel avec Donald Trump tourne court, Kim Jong Un pourra toujours compter sur son vieil ami chinois, son principal appui économique et diplomatique.
"En se rendant fréquemment à Pékin, Kim signale à l'administration Trump qu'il a d'autres options", souligne Emily Weinstein, chercheuse au cabinet américain Pointe Bello.
Mais la qualité des relations bilatérales ne doit pas être exagérée, juge Bonnie Glaser, du Centre pour les études stratégiques et internationales de Washington.
"Je pense que M. Kim reconnaît qu'il doit faire preuve d'une certaine déférence à l'égard de la Chine. Mais il cherche aussi à réduire la dépendance de son pays" vis-à-vis de son puissant voisin, note-t-elle.
Kim Jong Un et Donald Trump sont passés de l'échange de violentes diatribes à une amitié virile, le président américain assurant même qu'ils étaient "tombés amoureux".
Une romance que la Chine surveille comme le lait sur le feu.
"Pékin craint un changement fondamental: que les Etats-Unis aient de meilleures relations avec la Corée du Nord que la Chine", estime Mme Glaser, pour qui cela reste cependant encore loin d'être le cas.
Pékin verrait en revanche d'un bon oeil "un accord Trump-Kim en vertu duquel les États-Unis et la Corée du Nord continueraient à discuter, tout en avançant progressivement vers l'objectif de la dénucléarisation", estime-t-elle.
L'influence de la Chine est palpable à l'approche du sommet: Kim s'est à nouveau rendu à Pékin le mois dernier, une visite destinée à coordonner sa stratégie avec Xi Jinping, selon les analystes.
Le jeune leader se rend au Vietnam... en train, un long périple entamé samedi soir à travers le territoire chinois.
Un autre moyen pour Pékin -- qui lui avait prêté un avion pour rejoindre Singapour --, de faire sentir sa présence à Hanoï.
Comme pour se rendre indispensable aux yeux de Pyongyang, la Chine, forte de son statut de membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, a appelé en septembre à alléger les sanctions économiques.
"La Chine a rétabli une partie des relations économiques et commerciales avec la Corée du Nord, ce qui a été très utile à cette dernière pour survivre sous la très dure campagne internationale de pression maximale menée par les États-Unis", juge Zhao Tong.
Le 24 février 2019
Source web : atlas info
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mardi 26 février 2019
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