Brexit : à quoi jouent les Britanniques ?
Le prochain round de négociations a lieu le 29 août. Le gouvernement britannique se montre exigeant, mais l'équipe de Michel Barnier tient bon.
Les Britanniques troublent le jeu de la négociation du Brexit. Tour à tour muets et flous sur certains sujets, puis soudain exigeants, les négociateurs du Royaume-Uni ont quelque peu surpris les équipes de Michel Barnier, chargé par l'Union européenne de mener à bien cette délicate discussion. Le 15 août, et en amont du prochain round de négociations qui commencera le 29 août, le gouvernement britannique a subitement fait savoir qu'il souhaite conserver, durant une période transitoire, les avantages de l'Union douanière après l'échéance du Brexit (mars 2019), tandis qu'il sera libre de nouer les accords commerciaux de son choix avec le reste du monde. Autrement dit : le beurre et l'argent du beurre.
Évidemment, Michel Barnier a coupé court en rappelant, sur Twitter, l'ordre des priorités de la négociation : « Plus vite le Royaume-Uni et l'UE à 27 s'accordent sur les citoyens, le solde des comptes et l'Irlande, plus vite nous pouvons discuter douanes et relation future. » En effet, la méthodologie voulue par l'Europe définit un strict cadre aux discussions : d'abord dénouer les liens (si possible de manière responsable), avant de définir quelles seront les relations futures entre la Grande-Bretagne et l'Union européenne. Michel Barnier, très attaché à cette méthode, n'entend pas mettre la charrue avant les bœufs.
Un Brexit, mais à quel prix pour les Britanniques ?
Sur le sujet crucial du règlement financier, les Britanniques ont effectué un premier pas en juillet. Ils ont reconnu l'existence d'obligations financières vis-à-vis de l'Union européenne (UE), qui survivront à la sortie de l'UE, et la nécessité de solder les comptes. Mais ils n'ont rien exprimé quant à la nature, au montant et aux échéances de celles-ci. Par exemple, le budget européen est bâti sur une période 2014-2020. Les Britanniques sont tenus à leurs obligations jusqu'à ce terme. Pour autant, Michel Barnier et ses équipes se sont bien gardés, de leurs côtés, de chiffrer le prix de sortie de la Grande-Bretagne, même si la presse s'est avancée à annoncer une ardoise de 100 milliards d'euros à la charge des Britanniques. En fait, les négociateurs européens attendent de savoir quelle sera exactement l'ampleur du désengagement britannique pour évaluer le « reste à payer ». Ce montant peut varier en fonction de la négociation...
Les Européens moduleront, en effet, leurs exigences financières en fonction des choix opérés. De fait, ils laissent quelques portes ouvertes aux négociateurs britanniques. Par exemple : le gouvernement de Teresa May a annoncé qu'en plus de quitter les instances de l'Union européenne, il souhaitait aussi se passer de l'accès au marché unique européen (qui implique pour tout État adhérent à accepter la libre circulation des biens, des capitaux, des services et des personnes). Ces quatre libertés fondamentales, au cœur du pacte européen, sont indivisibles. Pas question pour les 27 de laisser la Grande-Bretagne se tailler un menu à la carte. Les quatre libertés sont à prendre ou à laisser. Et c'est parce qu'elle n'a pas souhaité prolonger la « libre circulation des personnes » (l'un des points de clivage au sein de la société britannique) que la Grande-Bretagne a préféré se couper du marché unique européen qu'elle a pourtant contribué à façonner au mieux de ses intérêts depuis des décennies...
Michel Barnier, incontournable pour les Britanniques
L'Europe en a pris acte, mais les dirigeants britanniques peuvent éventuellement encore changer d'avis. Dans ce cas, la facture du solde financier avec l'Europe sera moindre puisque, pour avoir accès au marché unique, le gouvernement de Sa Majesté continuera à payer. C'est un point crucial de la négociation qui va se stabiliser dans les prochaines semaines, car, si l'on veut avancer et respecter le tableau de marche, il faudra bien sortir du flou.
Les équipes de Michel Barnier avancent bien de leur côté et ont fixé la position de négociations de l'UE sur neuf sujets à travers des « positions papers » publiés régulièrement. D'abord, parce qu'elles ont la confiance des 27 États membres. Chaque fois que les diplomates britanniques tentent de contourner les équipes de Michel Barnier en approchant directement un État membre, ils trouvent systématiquement porte close. « Nous renvoyons les émissaires britanniques à l'équipe Barnier, seule mandatée à négocier le Brexit au nom des 27 », confirme-t-on à l'Élysée.
Le casse-tête irlandais toujours sans solution
De leur côté, les Britanniques ont fait des propositions précises sur les droits des citoyens. C'est un enjeu fondamental pour la vie de tous les jours de millions de gens : 1,2 million de sujets de Sa Majesté vivent dans l'espace européen et, réciproquement, 3 millions de citoyens européens résident en Grande-Bretagne. Britanniques et européens ont, chacun, fait valoir leur point de vue. Michel Barnier a toutefois constaté de sérieuses divergences quant à « l'exportation de certains bénéfices sociaux ». Les Britanniques refusent de reconnaître, à ce jour, la supériorité de la Cour de justice de l'Union européenne quant à l'interprétation des règles européennes. Pour l'Europe des 27, il s'agit d'un point non négociable ; les Britanniques sont sommés de plier. Que se passe-t-il s'ils s'obstinent ? Nous sommes dans l'inconnu...
Autre sujet qui préoccupe beaucoup les Britanniques : qu'adviendra-t-il de la frontière entre l'Irlande et l'Irlande du Nord ? La presse britannique évoque plus de 200 routes qui relient les deux Irlandes et sur lesquelles il serait dément de poser des « check points » sans réveiller un antagonisme religieux entre catholiques et protestants qui a été pacifié par le Good Friday Agreement, un accord de paix signé le 10 avril 1998 entre les quatre parties du conflit en Irlande du Nord (le gouvernement de Tony Blair, le gouvernement de la République d'Irlande, les nationalistes irlandais et les unionistes de l'Ulster). Cet accord a instauré une coopération entre la République d'Irlande et l'Irlande du Nord. Pas question que le Brexit la bouleverse.
Moins bien dehors que dedans
Pour autant, le Brexit va faire renaître une barrière douanière entre les deux Irlandes. Des contrôles, notamment sanitaires, sur les marchandises pénétrant dans le marché unique européen doivent être réinstaurés. Mais comment ? C'est un casse-tête auquel nul n'a encore trouvé solution. Il existe, par exemple, des liens commerciaux très forts entre la République d'Irlande et l'Ulster au sujet du lait : il est produit d'un côté, transformé en fromage de l'autre et commercialisé dans les deux pays... Le Brexit vient percuter cette intégration laitière irlandaise. Que faire ? « Il faudra se montrer imaginatif », glisse-t-on au sein des négociateurs européens. Toujours à propos des frontières, Michel Barnier et ses équipes attendent aussi l'expression de la position anglaise à propos des bases militaires du Royaume-Uni à Chypre et à Gibraltar. S'agissant de Gibraltar, l'Espagne semble exprimer la volonté d'une co-souveraineté.
Lorsque la Grande-Bretagne aura clarifié ses positions sur les conditions du divorce, alors pourra s'ouvrir un nouveau cycle de négociation afin d'imaginer les futures relations entre le continent et la Grande-Bretagne. Plusieurs modèles de coopération sont sur la table : le modèle suisse et le modèle norvégien offrent des pistes de réflexion, mais nous n'en sommes pas encore là. En tout cas, l'Europe des 27 a la ferme intention de défendre ses intérêts de sorte que la Grande-Bretagne soit moins bien traitée dehors que dedans. Sinon, à quoi bon rester membre du club européen ? Chaque pays serait alors tenté de s'en défaire...
Le 17 août 2017
SOURCE WEB Par Le Point
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vendredi 18 août 2017
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