Transition démographique au Maroc : impacts de la baisse de fécondité
Le Maroc traverse un moment charnière dans son évolution démographique. Le dernier recensement mené par le Haut-Commissariat au Plan (HCP) révèle une baisse historique du taux de fécondité, désormais à 1,97 enfant par femme, soit en dessous du seuil de remplacement des générations fixé à 2,1. Ce phénomène pourrait annoncer un renversement durable de la courbe démographique nationale.
Les causes profondes d’un changement de société
Mohammed Fassi Fihri, directeur du Centre d’études et de recherches démographiques du HCP, explique que le seuil de 2,1 enfants est le minimum nécessaire pour qu'une génération puisse en remplacer une autre. Cette baisse, déjà bien entamée, s'inscrit dans une tendance qui semble appelée à se poursuivre.
Plusieurs facteurs expliquent cette évolution, la plupart liés à l'émancipation croissante des femmes marocaines. Parmi les causes immédiates figurent :
- L’augmentation de l’âge moyen du mariage, passé de 21-22 ans dans les années 1980 à 25 ans aujourd'hui.
- L’accès élargi aux moyens de contraception, utilisés par plus de 70 % des femmes, contre moins de 20 % dans les années 1960.
- La généralisation de la scolarisation et l’allongement des études chez les femmes, limitant ainsi les naissances précoces.
- La baisse de la mortalité infantile, qui a éliminé le besoin d’avoir plusieurs enfants pour compenser les décès.
Mohcine Benzakour, psychosociologue, met également en lumière l’évolution des mentalités vis-à-vis du mariage. Jadis considéré comme une obligation sociale et religieuse, il est désormais perçu comme un projet de vie basé sur l’amour et la compatibilité.
Une montée du célibat et des choix de vie modernes
Le taux de célibat définitif à 55 ans a triplé en deux décennies, passant de 3 % en 2004 à 9 % en 2024. Cette augmentation est plus marquée en milieu urbain, où des facteurs comme le chômage, le coût de la vie et l'accès limité au logement influencent fortement les décisions individuelles.
De plus, les femmes marocaines assument de plus en plus des rôles de leadership économique et politique. Ce changement, bien qu'émancipateur, entraîne des arbitrages entre vie professionnelle et vie familiale.
Quelles perspectives démographiques ?
Malgré cette baisse de la fécondité, la population marocaine continuera de croître. Le HCP projette 40 millions d’habitants en 2030, et 43 millions d’ici 2050. Toutefois, la croissance démographique ralentira considérablement, marquant une transformation du paysage socio-économique.
À l’horizon 2050, près de 10 millions de Marocains auront plus de 60 ans, soit un quart de la population. Ce vieillissement soulève des défis cruciaux pour les systèmes de santé et de retraite, déjà sous pression. Une hausse des maladies chroniques coûteuses, telles que les maladies cardiovasculaires et le diabète, est également à prévoir.
Sur le plan économique, la réduction de la population active pourrait peser sur la croissance, tout en offrant une opportunité d'améliorer la qualité de l'éducation et de garantir un meilleur accès à l’enseignement secondaire.
Adapter les politiques publiques pour un avenir durable
Ce tournant démographique nécessite une refonte des politiques publiques, notamment en matière d’éducation, de santé et d’emploi. À l'international, des exemples comme la Corée du Sud ou le Mexique offrent des pistes pour relever ces défis. La Corée a adopté des mesures incitatives telles que des aides financières aux familles et des congés parentaux prolongés, tandis que le Mexique s'efforce de réduire les disparités entre les zones urbaines et rurales pour encourager la natalité.
Bien que le Maroc ne soit pas encore confronté à des défis aussi extrêmes, il doit anticiper les conséquences de cette transition pour assurer un équilibre durable entre croissance démographique et développement économique. Comme le résume une Casablancaise interrogée : « Deux enfants par femme, Allah yej’el l’baraka ! »
Le 30/12/2024
Rédaction de lanouvelletribune
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lundi 30 décembre 2024
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