Les 5 leviers à activer pour la promotion de l’entrepreneuriat au Maroc
Se référant à une étude menée par la BAD et le ministère de l’économie et des finances, le Maroc dispose d’un potentiel entrepreneurial conséquent à son niveau de développement. Toutefois des piliers sont à tenir en compte dans l’élaboration de politiques visant à promouvoir l’entrepreneuriat et le développement des TPME au niveau national.
Cinq piliers devraient constituer le socle d’une stratégie de promotion de l’entrepreneuriat au Maroc. C’est ce qui a été suggéré dans le cadre d’une étude sur le profil entrepreneurial du Maroc. Il s’agit d’une production conjointe de la Banque africaine de développement (BAD), à travers l’initiative régionale pour l’Afrique du Nord Entrepreneurship Innovations and Advice (EINA) et le ministère de l’économie et des finances via la Direction du Trésor et des finances extérieures (DTFE). Intitulée «Profil entrepreneurial du Maroc», cette étude, première du genre sur le continent, s’appuie sur une enquête nationale relative au profil entrepreneurial, représentative du marché du travail sur le plan national et régional. Le but étant d’appréhender le potentiel du Royaume en termes de capacité entrepreneuriale ainsi que de mesurer les capacités intrinsèques des entrepreneurs en relation avec leurs comportements et attitudes, leurs traits psychologiques, leurs capacités cognitives et psychosociales et leurs compétences entrepreneuriales. « Cette étude arrive dans un contexte propice où la question de l’entrepreneuriat a été intégrée dans la feuille de route 2023-2026 du Comité national de l’environnement des affaires (CNEA) avec l’annonce d’un dispositif spécifique TPME dans la Charte de l’investissement», apprend-on dans ce sens. Et de poursuivre : «Un cadre plus global en gestation autour du «Small Business Act » devrait tenir compte de la nécessité de mettre en place une vision holistique, intégrée et territorialisée de l’appui à l’entrepreneuriat ».
« MAREF » en bref
Se référant aux conclusions de l’étude, la stratégie pour promouvoir l’entrepreneuriat et le développement des TPME ainsi que pour créer des emplois de qualité devrait intégrer et coordonner des politiques pour agir sur cinq leviers. Il s’agit en effet des marchés, de l’accompagnement, des réglementations, de l’éducation et du financement. « Les politiques publiques devraient tenir compte du fait que, en grande mesure, le manque d’accès au financement est une résultante d’autres lacunes qui affectent l’entrepreneuriat : l’accès au marché, le manque d’accompagnement technique adapté, un cadre réglementaire inadéquat, et le faible niveau d’éducation des entrepreneurs », peut-on lire dans la note synthétique de cette étude.
Et d’ajouter : «Si ces lacunes sont comblées, il sera possible d’évaluer et de diversifier les mécanismes de financement existants pour mieux répondre aux besoins de différents types d’entrepreneurs et des TPME ». Regroupés sous le sigle « MAREF » (savoir en arabe), ces piliers tendent à promouvoir les opportunités pour les entrepreneurs, d’offrir un accompagnement technique territorialisé adapté et efficace à travers un dispositif territorialisé intégrant les opportunités d’investissement ainsi qu’une approche « écosystèmique » (public et privé) basée sur la performance. Il est également question de définir un dispositif réglementaire propice à la TPME et l’intégration du secteur informel ainsi que d’un système éducatif propice au développement des capacités intrinsèques et à la culture entrepreneuriale. L’impératif étant également de concevoir un accompagnement financier en continu qui se veut à la fois adapté et soutenable. L’ambition étant de créer un effet de levier des ressources publiques sur les financements privés.
Dans les détails, le pilier marché tend à libérer le potentiel des entrepreneurs en levant les entraves à la concurrence libre et en mobilisant des investissements privés au niveau territorial et à travers les chaînes de valeur. En ce qui concerne l’accompagnement, le but est de permettre aux programmes existants de dépasser un seuil en termes de couverture et de résoudre des problèmes de sélectivité auxquels ils sont confrontés. Pour ce qui est de la réglementation, l’urgence est de mettre en place un cadre réglementaire favorisant la création et le développement de la TPME, la formalisation des unités économiques informelles et l’extension de la sécurité sociale à tous les travailleurs indépendants.
Se référant à l’étude, une stratégie en faveur de l’entrepreneuriat nécessite aussi des réformes dans le secteur de l’éducation. Il est également important d’étendre la couverture de la formation continue au TPME. La question du financement est également l’une des contrainte à relever pour favoriser le développement des entreprises au niveau national.
25% de la population marocaine potentiellement «entrepreneur»
Il est à souligner que l’enquête menée dans le cadre de cette étude a couvert 9.085 individus au sein de 3. 034 ménages, parmi lesquels ont été identifiés 2.297 entrepreneurs représentant une population de 7,4 millions d´individus au niveau national. L’étude a ainsi permis d’identifier les caractéristiques sociodémographiques ainsi que les capacités intrinsèques des entrepreneurs. Elle a déterminé les principales contraintes et besoins en termes d’appui à la création et au développement de leurs entreprises. Il ressort que le Maroc dispose d’un potentiel entrepreneurial conséquent à son niveau de développement.
Il est estimé à 25% de la population marocaine âgée de 18 et plus, répartie entre 9% d’entrepreneurs établis et 16% d’entrepreneurs potentiels ayant initié des actions conceptuelles ou concrètes en vue de créer une entreprise. «Ce sont des niveaux similaires à ceux d’autres pays en Afrique du Nord mais qui demeurent en-dessous des taux observés dans des pays à revenu intermédiaire en Asie de l’Est et en Amérique latine », relève-t-on de l’étude. Se référant à l’étude 57% des entrepreneurs établis le sont par nécessité à travers des micro et petites entreprises dans des secteurs et activités à faible productivité.
On note que près de 50% sont des travailleurs indépendants au moment où 40% autres sont chefs d’entreprise disposant d’un maximum de trois employés. Parmi les constats établis, on relève que 22% des entreprises créées sont dirigées par des femmes. Cette part revient à 44% concernant les entrepreneurs potentiels. Ce taux reflète, selon l’étude, l’aspiration grandissante de la gent féminine à s’engager dans l’entrepreneuriat.
Pour sa part, l’entrepreneuriat informel s’établit à plus de 70% au niveau national. « Les diverses réglementations (fiscalité, charges sociales et procédures administratives) et l’instabilité de l’activité économique sont perçues comme les principales contraintes à la formalisation», peut-on dégager de l’étude. Et de préciser qu’«en revanche, l’accès à une couverture maladie et à la retraite constitue pour les entrepreneurs des incitations à formaliser leurs activités, ce qui conforte le chantier de l’extension de la protection sociale». L’étude confirme par ailleurs que l’entrepreneuriat et le développement des très petites, petites et moyennes entreprises (TPME) constituent une importante source d’emplois à court et moyen termes pour le pays. Si seulement 5% des entrepreneurs établis et potentiels arrivaient à développer leur entreprise, cela pourrait générer, en moyenne, 100.000 emplois par an au niveau national.
Formalisation et croissance des entreprises : Les principales contraintes
Freins. Se référant à l’étude, au-delà du niveau d’éducation et des compétences intrinsèques des entrepreneurs, plusieurs facteurs démographiques, sectoriels et institutionnels affectent la formalisation des entreprises et leur potentiel de croissance. « Les femmes et les jeunes, par exemple, sont plus enclins à créer des unités économiques informelles avec un plus faible potentiel de croissance », explique l’étude. Et de démontrer que « les hommes ont 69% plus de chance que les femmes, et les adultes 17 2,5% plus de chance que les jeunes, d’exercer dans le secteur formel ».
Par ailleurs, l’étude n’observe pas de différences marquées entre les régions par rapport à l’informalité des entreprises. Toutefois, elles demeurent plus importantes dans les zones rurales et dans le secteur du commerce. « La probabilité d’observer une entreprise formelle dans des zones rurales diminue de 80%, ce qui est cohérent avec la prévalence d’activités à plus faible productivité. Il en est de même dans le secteur du commerce où la probabilité d’avoir une entreprise formelle se réduit de 40%, comparé à l’industrie, l’agriculture, ou les autres services », peut-on retenir dans ce sens. Selon l’étude, l’informalité est aussi corrélée au type d’entrepreneur et à sa perception des contraintes affectant l’activité entrepreneuriale. « Les entrepreneurs de nécessité par exemple ont une probabilité beaucoup plus faible d’exercer dans la légalité (92%) », peut-lire à ce propos.
En même temps, pour les entrepreneurs qui considèrent les réglementations, l’accès au foncier, et l’accès au financement comme des obstacles à la formalisation, les chances d’exercer dans le secteur formel augmentent de 2 à 2,7 fois. Il est à noter que les entrepreneurs informels appréhendent les réglementations et l’instabilité de leurs activités économiques. 45% des répondants citent l’impôt sur le revenu (IR) comme un frein au moment où 36% autres évoquent l’instabilité de l’activité. Les complexités administratives sont également citées par 30% des répondants. De même les réglementations et les charges sociales sont identifiées comme une contrainte par 16 et 22% des entrepreneurs établis.
Le 07/12/2023
Source web par : aujourd’hui Le Maroc
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vendredi 8 décembre 2023
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