PLF 2022: les classes moyennes dans l’œil du fisc
Présenté comme étant un nouveau modèle d’État social, le projet de Loi de Finances 2022, adopté en intégrité samedi 13 novembre 2021 par la Chambre des représentants, n’apporte rien de révolutionnaire dans sa démarche. Une fois encore, c’est la classe moyenne qui devra subir la frénésie fiscale au nom des grands équilibres budgétaires.
Dans sa note de présentation du Projet de Loi des Finances 2022, le gouvernement affirme avoir mis l’accent sur la relance économique et la préservation de l’emploi dans un contexte difficile. L’Exécutif y énumère une série de mesures susceptibles de redynamiser un tissu économique encore sous les effets de la crise du Covid. Il s’agit notamment du maintient du Fonds Mohammed VI en faveur de l’investissement ou encore du programme Intelaka, destiné aux porteurs de projets.
Si la relance est au cœur des préoccupations de cette politique publique, l’actuel gouvernement se doit également de trouver les ressources nécessaires pour l’appliquer. La crise du Covid n’a épargné aucun secteur, à l’exception des activités jugées prioritaires. Un an après, la situation ne semble guère s’améliorer. Des secteurs comme le tourisme ou encore l’événementiel n’arrivent pas à sortir la tête de l’eau. Qui dit crise économique, dit baisse des recettes fiscales.
Il suffit de jeter un œil sur la situation des charges et ressources du Trésor qui dégage un déficit budgétaire de 38,2 milliards de dirhams (MMDH) au cours des neuf premiers mois de cette année, contre un déficit de 42 MMDH un an auparavant.
Alors où le gouvernement va-t-il piocher pour mettre son programme sur pied ? Sur qui la pression fiscale devrait tomber ? En dépit de certaines déclarations d’Aziz Akhannouch visant à rassurer, il apparaît une fois de plus que c’est la classe moyenne qui devra subir la frénésie fiscale comme c’est le cas depuis quelques années.
C’est en tout la conviction de l’Union Marocaine du Travail (UMT). Si le syndicat n’a pas encore réagi de manière officielle et publique au PLF 2022, dans les couloirs de la centrale le malaise se fait sentir.
Malaise
En témoigne d’ailleurs les confidences de son secrétaire général, Miloudi Moukharik, à la presse lors d’une journée d’étude, organisée début novembre, au sujet justement de ce projet de loi des finances. Il y donne le ton en évoquant l’absence de mesure en faveur la classe moyenne. Ces salariés qui, a-t-il dit, paient l’essentiel de l’impôt sur le revenu (IR).
Ces ménages et ces groupes sociaux qui n’appartiennent ni aux classes les moins favorisées (ouvriers, employés, agriculteurs), ni aux classes «supérieures» (patrons et cadres supérieurs). Elles se situent entre les deux (cadres intermédiaires, techniciens, fonctionnaires, etc.).Trop « riches » pour être aidées, elles sont considérées comme des contribuables aisés.
Ces oubliés du PLF 2022
En matière d’impôts directs, le PLF 2022 prévoyait plusieurs réductions à l’égard des entreprises et aussi l’instauration de la proportionnalité de l’IS (impôt sur les sociétés) afin d’élargir l’assiette fiscale. L’UMT déplore que l’IR ne soit pas réajusté « pour plus d’équité ».
Effectivement, il n’y aucun geste en faveur des salariés et des fonctionnaires. Lorsque le gouvernement évoquait son projet d’État social, protecteur et garant des équilibres sociaux économiques, les classes moyennes s’attendaient à une révision du barème de l’IR ou encore l’introduction d’abattement nouveau permettant d’alléger certaines charges.
Nouvelles taxes
Pire encore, le gouvernement a créé de nouvelles taxes qui ciblent principalement ces classes moyennes comme la taxe intérieure à la consommation (TIC). De quoi s’agit-il ? D’un impôt censé, selon le gouvernement, favoriser la transition énergétique. Or, c’est une nouvelle mesure fiscale – à peine déguisée – qui s’adresse principalement à cette couche sociale.
L’exécutif y introduit de nouvelles taxations sur des produits d’électroménager, mais aussi des consommables tels que les batteries de véhicules et les pneus. Il ne s’agit pas d’écologie, mais plutôt d’une affaire purement mathématique. La filière pneumatique écoule plus de 3,5 millions d’unités par an et génère déjà un impôt avoisinant 2 milliards DH par an. Le marché des batteries génère, lui aussi, des milliards de dirhams en chiffres d’affaires. Il s’agit là de deux produits que le consommateur ne peut s’en passer. Pour cette TIC, la liste n’est pas exhaustive puisque le texte n’exclut pas l’ajout d’autres produits !
Une surtaxation au nom de la planète qui paraît peu crédible surtout que le PLF ne prévoit aucune carotte fiscale pour les nouveaux véhicules hybrides ni même électriques. Les téléphones portables, les ordinateurs et les tablettes écopent aussi d’un malus fiscal.
A cela s’ajoute la TVA. Plusieurs produits verront la part de cette taxe indirecte légèrement augmenter. Des mesures qui irritent les syndicats. L’UMT qui joue profit bas s’apprête à déterrer la hache de guerre. Le syndicat a d’abord élaboré une série d’amendements que les conseillers devront présenter au gouvernement.
Le syndicat qui joue profit bas prépare une série d’actions au cas où l’Exécutif serait tenté de réactiver l’article 77 de la constitution pour rejeter les propositions de la deuxième chambre.
Jusque-là, les amendements adoptés par la Chambre des représentants repportent par exemple sur la prolongation de l’exonération de l’impôt sur le revenu (IR) pour le revenu payé au salarié pour la première fois jusqu’à 31 décembre 2022. Il y a eu également un léger réajustement de la TUC avec l’exonération des batteries de fauteuils roulants. Mais la majorité des amendements validés concerne le patronat.
Ce n’est pas la première fois que la classe moyenne se voit prise pour cible afin de renflouer les caisses de l’Etat. En pleine crise du Covid, le gouvernement sous la houlette du PJD (Parti de la Justice et du Développement), a même surtaxé les classes moyennes qui à l’époque arrivaient à peine à joindre le bout en les incluant dans l’impôt sur la solidarité. L’actuel gouvernement qui se présente comme social fera-t-il marche-arrière ou va-t-il au contraire mettre les bouchons doubles pour faire passer son projet de loi des finances ?
Le 14 novembre 2021
Source web Par : h24info
Les tags en relation
Les articles en relation
Maroc vs UE : Le parlement européen en pointe, la France en embuscade
Cette semaine, au parlement européen à Strasbourg, une résolution a été votée contre le Maroc, sur la situation des droits humains dans le pays, pour la 1...
Arrivées touristiques : les derniers chiffres du ministère
Le nombre de touristes ayant visité le Maroc en 2022 a atteint 11 millions de personnes, soit un taux de récupération de 84% comparativement à 2019, a affir...
Le Sénégal sous un nouveau président : quels enjeux pour les relations avec le Maroc ?
Le Sénégal ouvre un nouveau chapitre de son histoire avec l'avènement de l'opposant Bassirou Diomaye Faye au pouvoir, marquant ainsi une alternance e...
Agences de voyage: la nouvelle loi entre en vigueur
La loi 11-16 régissant la profession d'agent de voyage est entrée en vigueur, annonce le ministère du Tourisme dans un communiqué. Très contestée p...
PLF 2024 : Refus de l'augmentation des taxes sur l'alcool, la santé des citoyens en balance
Le gouvernement a rejeté les propositions parlementaires visant à augmenter les taxes sur la consommation de boissons alcoolisées en invoquant la nécessité...
Rapport de la Cour des comptes : quel impact ?
Les médias nationaux décortiquent depuis mardi le contenu du volumineux rapport de la Cour des comptes pour l’année 2021. Les missions de contrôle et d’...
Maroc. Nadia Fettah Alaoui s’entretient avec le président de l’AAAID
Nadia Fettah Alaoui, ministre de l’Économie et des Finances, s’est entretenue ce 28 février courant à Rabat avec Mohamed Bin Obaid Al-Mazrouei, présiden...
Lancement de la campagne agricole 2024-2025 : Mesures prioritaires pour renforcer l’agriculture ma
Le Chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, a dirigé une réunion à Rabat, ce jeudi, avec les principaux acteurs des filières de production agricole, afin d...
El Omari: "Le Maroc arrive droit devant le mur… "
«La crise est générale. Au total, 25 manifestations sont recensées quotidiennement au Maroc. Les revendications sont sociales et économiques et n’épargn...
Un record de près de 12 milliards de DH d’investissements privés approuvés
La Commission nationale des investissements, tenue le 24 mai à Rabat, sous la présidence du Chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, a retenu, entre autres, six...
Akhannouch remet sur le devant de la scène le débat sur l’amazigh
Le président du RNI a appelé à l’accélération de l’adoption de la loi relative à cette langue officielle depuis 2011 Face au retard de l’adoption...
#MAROC_SOUSS_MASSA_PROMOTION_TOURISTIQUE_2021
Le Conseil de la région Souss-Massa a consacré une enveloppe budgétaire de 48MDH pour l'élaboration des études et la mise en place de projets relatifs ...


mardi 16 novembre 2021
0 
















Découvrir notre région