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Scandale à Essaouira: le ministère de l’Education cède un centre artistique public à une mission française

Scandale à Essaouira: le ministère de l’Education cède un centre artistique public à une mission française

Comment un centre public, dédié à l’épanouissement artistique et littéraire des jeunes, a-t-il pu être cédé à une école privée française? C’est la question que l’on se pose à Essaouira et qui provoque l’indignation générale.

Depuis 2018, le centre d’épanouissement artistique et littéraire Hassania 2 à Essaouira dispensait gratuitement des cours d’art, de théâtre, de langues vivantes aux enfants et adolescents de la ville.

Autrefois école hébraïque, l’endroit, accolé à l’école publique Hassania 1, avait été acquis par la délégation de l’éducation nationale locale en 2018, avant d’être reconverti en centre d’épanouissement artistique et littéraire la même année, explique pour Le360 une source qui a souhaité garder l’anonymat.

Dépouiller les pauvres pour donner aux riches?

Sur la page Facebook de ce centre, les photos d’enfants et d’adolescents souriants et affairés à leur créativité témoignent de l’importance prise par cet endroit en l’espace de trois années. Annoncée brutalement à l’équipe du centre qui se voit contrainte d’évacuer les lieux, son acquisition par un établissement scolaire privé français a pris tout le monde de court. D’autant qu’en 2020, apprend Le360, Saaïd Amzazi, ministre de l’Education nationale, effectuait une visite surprise au sein de ce même centre. Courtoisie ou repérage des lieux en vue de les céder? Allez savoir.

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«Le centre a été cédé au groupe scolaire français Eric Tabarly, qui est en plus déjà installé à Essaouira», annonce cette même source pour Le360, expliquant ne pas savoir ce qu’il adviendra de l’endroit. Une extension de cette école française?peut-être, à moins que celle-ci n’ait décidé de changer de locaux en jetant son dévolu sur un endroit très courtisé? s’interroge ce témoin impuissant. Mais Essaouira manque-t-elle à ce point de foncier pour qu’un centre éducatif public fasse l’objet de tractations? Contactée par Le360, la direction de l’école Eric Tabarly, groupe scolaire rattaché à la Mission laïque française, n’a pas répondu à nos questions et sur le site de l’établissement, aucune information sur un possible changement d’adresse n’est mentionnée.

Le ministère de l’Education sur le banc des accusés

Indignés par cette décision incompréhensible qui affaiblit encore un peu plus un enseignement public déjà bancal, sept syndicats sont montés au créneau. Dans un communiqué de presse lapidaire qui accuse le ministère de tutelle de sacrifier l’école publique au profit d’établissements privés étrangers, les syndicats ont appelé le ministère de l'Education nationale, de la Formation professionnelle, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique à revenir sur cette décision, mettant en garde contre les dommages que cela pourrait occasionner du côté des étudiants, des enseignants et des cadres administratifs de ce centre.

Bien décidés à se faire entendre, les syndicats ont appelé à une manifestation devant le centre ce vendredi 17 septembre 2021, en présence de membres de la FDT, l’UMT, l’ODT, la FNE, la CDT, l’UGTM et l’UNTM, soit les principales représentations syndicales au Maroc. Dans leur communiqué, les syndicats expriment leur incompréhension d’autant qu’il a été procédé «à la réfection, à l’aménagement du centre, ainsi qu’à la formation de son équipe pédagogique et de sa direction», le tout financé par les «deniers publics».

Et de dénoncer «un crime commis par le ministère à la veille de la formation du nouveau gouvernement», un «autre coup asséné aux écoles publiques marocaines».

Parmi les mesures de contestation qui seront prises en parallèle de cette manifestation, les organismes syndicaux annoncent par ailleurs leur intention de mener des grèves, des marches et des sit-in afin de dénoncer «ce complot?visant à dépouiller les citoyens marocains de leurs institutions publiques».

«Nous demandons à toutes les forces vives démocratiques, aux organes syndicaux, aux associations des droits de l’homme, aux militants, aux associations des parents d'élèves de créer un front régional élargi pour défendre l'école publique», appellent enfin les signataires de ce communiqué.

L’indignation des syndicats est d’autant plus compréhensible que la création des centres d’épanouissement artistique et littéraire s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre des dispositions de la vision stratégique 2015-2030 de l’éducation qui a pour but de repenser l’école.

Ainsi, c’est afin d’instaurer le principe d’équité et d’égalité des chances entre élèves que l’un des fondements de cette stratégie consiste à doter les enfants d’un même niveau de capital culturel, lequel est encore trop souvent soumis à l’environnement social.

Pour diminuer ce fossé qui sépare les enfants en matière d’accès à l'éducation et à la culture, il a été question de développer l’attractivité de l’école par les activités culturelles, artistiques, numériques et sportives afin de créer un environnement susceptible de réduire les disparités. Une manière de démocratiser l’éducation et la culture, tout en favorisant l’égalité des chances.

Hormis Essaouira, où l’ouverture de ce centre a remporté un franc succès auprès de la population locale, El Jadida s’est elle aussi dotée d’un établissement de ce type, le centre Khadija Oum Lmouminine. L'académie régionale de l'éducation et de la formation de la région Casablanca-Settat a également suivi le mouvement en projetant d’ouvrir plusieurs de ces centres, notamment à Berrechid, Ain Chock ou encore Mohammedia.

Après l’incompréhensible interdiction des cours en distanciel suite au report de la rentrée scolaire au 1er octobre, après avoir dégradé l’enseignement de la médecine au Maroc, Saaïd Amzazi, ministre de l’Education nationale brade un établissement supposé réduire les inégalités entre les élèves. Sabotage ou incompétence?

Le 17/09/2021

SOURCE WEB PAR LE 360

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