Et si on commençait par se dire quelques vérités ?
En dépit de l’immensité de la tâche dont les discours du Trône et du 20 août ont chargé les élites dans la diversité de leurs sensibilités et (insensibilités), de leurs compétences et spécialisations, on ne peut pas dire que l’effervescence intellectuelle et politique soit la marque principale de la rentée. Cette indolence s’explique en partie par l’expectative dans laquelle les acteurs de la vie publique ont été plongés par l’annonce de la mise ne place prochaine d’une grande commission, appelons-la de réflexion et de proposition.
Ce que le Roi Mohammed VI attend de cette commission ne souffre pas l’ambigüité : remplir « son mandat avec impartialité et objectivité » et porter à la « connaissance du souverain un constat exact de l’état des lieux, aussi douloureux et pénible puisse-t-il être. Elle devra aussi être dotée de l’audace et du génie nécessaires pour proposer des solutions adaptées. » Nulle place donc aux manucures spécialisées dans le pseudo art d’arrondir les crêtes et de vernir les ongles.
Mais dans l’œuvre en perspective, une autre composante est essentielle : les Marocains. La commission, quelle que sera sa pluralité, restera un conclave élitiste. Et pour centrale qu’elle soit, elle ne peut être féconde que si elle est portée par un large débat public et soutenu par un élan de mobilisation générale qui renoue avec l’esprit de la marche verte qui en a fait l’épopée qu’elle est dans l’histoire du Royaume, avant que les Marocains ne se perdent dans les. Égoïsmes et le court-termisme.
Or rien à l’horizon de quelque chose qu’y ressemble.
Le mur nain
On assiste uniquement au recyclage des termes du discours royal resservis sous toutes les coutures et mélangés à toutes les sauces. Dans ce qu’on peut lire par-ci et entendre par-là, pas l’ombre de l’audace, oublions le génie, à laquelle le Roi a invité la commission et à travers elle l’ensemble des Marocains. On ergote à gauche, on pérore à droite, on papote au centre pour qu’in fine tout ce beau monde converge par un réflexe obsessionnel compulsif à : c’est la faute aux partis. « Le mur nain » comme dit un proverbe marocain, facile à enjamber.
Il ne s’agit pas d’absoudre les formations politiques. Dans la situation du Maroc, leurs dirigeants ont leur part de responsabilité. Plus qu’à leur tour. Mais sont-elles les seules, voire les principales responsables comme on veut le faire croire ? Et est-il possible d’entamer un débat serein en persistant à ‘’antagoniser’’ la société et chacun de nous à fuir sa part de responsabilité, ou, sport très national, à l’imputer aux autres si bien que l’on se retrouve tous coupables, mais seulement dans les yeux de l’autre.
Persister dans cette voie, c’est le meilleur moyen de signer d’avance l’échec dans ce qui nous attend.
Les partis politiques ont failli. Ils ont failli le jour où ils ont commencé à céder le politique au politicien ; le mois où ils ont accepté le festin des quotas ; l’année où ils n’ont plus su distinguer le compromis de la compromission. En face, « l’État profond* », concept qui n’est pas exclusif aux pays en développement, a également failli par le rejet viscéral de toute intermédiation politique et sociale consistante. Encourageant les faiblesses humaines, flattant les egos le temps de, attisant les avidités, réduisant les ténacités, tellement et tant qu’on a fini par se retrouver dans un cul-de-sac, seuls devant la nécessité impérieuse de réinventer pas moins que le patriotisme et de retisser rien que le lien social.
Et c’est sur ce corps en combustion qu’il va falloir reconstruire et donner un sens commun à l’appartenance au Maroc. Ce que l’on quête peut se décliner sobrement : le partage des richesses qui ne peut se concevoir sans le partage du pouvoir. C’est censé être le sens de l’histoire même si l’histoire n’obéit pas toujours au sensé. Ce n’est facile ni à réaliser ni à faire accepter par tous. Semblable opération a un préalable, l’adhésion du plus grand nombre. Il a ses conditions. On y reviendra, le débat ne faisant que commencer.
* « L’État profond » ( addawla al’3amiqua) est un concept intrus que je croyais emprunté aux frères musulmans égyptiens. Puis j’ai appris que le président français, Emmanuel Macron, l’utilise pour désigner les responsables, en bande organisées ou en snippers, de la résistance à ses réformes. Son homologue américain, Donald Trump, y recourt aussi. Au Maroc, on préférerait parler de « forces de l’inertie ». On y reviendra aussi.
Le 13 septembre 2019
Source web Par quid
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lundi 16 septembre 2019
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