L’impressionnant succès du tourisme halal
Les musulmans sont convoités par l’industrie touristique, qui développe de nombreux hébergements en adéquation avec leurs règles religieuses : nourriture halal, séparation des hommes et des femmes… Les professionnels tablent sur 260 milliards de recettes en 2026.
« Pourquoi ne pas essayer Gold Coast pour un Ramadan plus frais cette année ? » L’invitation a été lancée par le site d’une station balnéaire de la côte est australienne, au début des années 2010. Gold Coast voulait ainsi profiter des températures de son hiver austral pour attirer une clientèle de touristes musulmans à la recherche d’un environnement propice au respect des règles du « halal ». C’est-à-dire de ce qui est licite selon leur religion.
Année après année, un nombre croissant de destinations ou d’hébergements souhaitent profiter d’une niche touristique récente : le tourisme halal. Une niche que les professionnels du secteur des loisirs espèrent voir devenir un palais doré.
193 milliards d’euros de recettes en 2020
Selon le récent rapport sur l’économie islamique mondiale de Thomson Reuters, le tourisme halal pourrait représenter 283 milliards de dollars en 2022 (248 milliards d’euros) soit 14 % des recettes globales du secteur. La tendance est la même dans les études de l’organisation Crescent Rating, basée à Singapour, qui s’est spécialisée sur l’accompagnement et les analyses de ce créneau touristique. On est passé de 25 millions de voyageurs musulmans en 2000 à 131 millions l’année dernière. Crescent Rating table sur 158 millions de voyageurs en 2020 et 220 milliards de dollars (193 milliards d’euros).
Plages et piscines séparées
Le phénomène est particulièrement impressionnant en Turquie, sur la côté méditerranéenne. « Des dizaines de complexes balnéaires se sont spécialisés dans l’accueil d’une clientèle qui veut à la fois profiter de vacances comme tout le monde, mais sans risque de compromis avec leur croyance ou de se sentir stigmatisée », dit Rebecca Widrig.
De nombreuses infrastructures ne se contentent souvent pas de garantir une nourriture 100 % halal ou un environnement sans alcool. Corans et tapis de prière dans les chambres avec indication de la direction de la Mecque, salles de prière collectives et salles d’ablution ou encore piscines et plages séparées pour hommes et femmes sont proposés. « Plus les séjours sont balnéaires, plus les clients recherchent un haut niveau de respect des règles halal, et notamment des installations non mixtes », observe Rebecca Widrig.
La Turquie en tête
« La Turquie s’est d’autant plus spécialisée sur ce créneau que son industrie touristique traditionnelle s’est effondrée en raison des attentats, note Didier Arino, directeur du cabinet Protourisme. D’autres pays ont été dans le même cas et tentent aussi de monter en puissance dans le tourisme halal, la Tunisie par exemple. »
« La Turquie a été l’un des pionniers de cette tendance qui a vraiment émergé au début des années 2000, indique Rebecca Widrig, responsable marketing France du site de voyages britannique HalalBooking.com qui s’affirme comme le leader mondial des réservations en ligne de tourisme halal. Au départ, cela s’adressait surtout à une clientèle locale. Mais le pays a vite compris qu’elle pouvait en tirer parti pour son industrie touristique. »
Aujourd’hui, 95 % des réservations sur le site concernent le pays, soit quelques 35 000 par an.
Des jeunes générations plus aisées
Cette nouvelle branche de l’industrie touristique ne connaît pas de frontières. De l’Espagne à la Thaïlande en passant par le Japon ou la France, des hôtels ou des chambres d’hôtes vantent leur nourriture halal, la présence d’établissements spécialisés à proximité, ou encore leurs piscines sans vis-à-vis.
Communautarisme religieux? La plupart de ces hébergements rappellent que ces hébergements accueillent aussi les non-musulmans qui peuvent se laisser séduire par leur atmosphère familiale.
Classes moyennes
L’essor des classes moyennes à travers le monde vient nourrir le phénomène. En Europe, notamment en France, les jeunes générations sont convoitées par les professionnels. « Notre clientèle est surtout composée de jeunes familles entre 25 et 40 ans avec deux enfants, dit Rebecca Widrig. Une population aux moyens financiers plus importants que leurs parents et aux codes de loisirs différents. »
Selon la consultante et essayiste Fatima Achouri, auteur de Islam 2.0 (1), c’est notamment le cas en France. « Ce qu’on appelait le retour au pays d’origine pour voir la famille n’est pas une pratique révolue, bien au contraire, dit-elle. Mais les jeunes générations qui font partie des classes moyennes, voire supérieures, aspirent aussi à d’autres types de vacances avec une offre religieuse marquée. Beaucoup désirent afficher leur islamité sans être stigmatisés, montrer qu’ils font partie d’une communauté en suivant des règles qu’ils ne peuvent pas toujours appliquer facilement en France. »
De plus en plus de niches touristiques
« Le succès du tourisme halal se nourrit de plusieurs éléments, dit Didier Arino, de Protourisme. La montée d’une revendication identitaire religieuse se conjugue avec une tendance lourde du tourisme qui se divise de plus en plus en niches. On part de moins en moins en vacances avec ceux qui ne nous ressemblent pas. »
Le 17 août 2018
Source web par : la-croix
Les tags en relation
Les articles en relation
L’éclairage de Adnan Debbarh. La production agricole objet d’inquiétudes
Les changements climatiques mettent à rude épreuve l’ensemble de notre production agricole. Auparavant, les sécheresses cycliques que connaissait le pays a...
Dé-jeûneurs du Ramadan, ce que dit le code pénal
L'article 222 du code pénal incrimine la rupture du jeûne dans certains cas. Peut-on analyser cet article pour ce qu'il est, à savoir une norme jurid...
Pluies au Maroc : une campagne agricole 2025-2026 relancee
Les précipitations pluviales et chutes de neige enregistrées au Maroc depuis la mi-novembre 2025 ont profondément amélioré les perspectives de la campagne ...
Ramadan 2022: voici le montant de Zakat Al-Fitr au Maroc
Le Conseil supérieur des Oulémas a dévoilé le montant de Zakat Al-Fitr pour l’année 1443 de l’Hégire. Selon un communiqué du Conseil, ledit montant e...
ALERTE TSGJB ISITT Tanger : un nouveau cap pour la formation du tourisme au Maroc
L’Institut Supérieur International du Tourisme de Tanger (ISITT), acteur majeur de la formation en tourisme au Maroc depuis 1974, s’apprête à ouvrir une ...
Agadir/tourisme : les nationaux, grands absents du Ramadan
Au moment où la baisse de fréquentation des nationaux se confirme à Agadir durant ce mois d’avril, la clientèle nationale est la grande absente durant ce ...
Tourisme : L'augmentation des arrivées et la baisse des recettes, un paradoxe qui suscite des inter
Le secteur touristique au Maroc se trouve actuellement face à une équation économique complexe, illustrée par les récents chiffres de janvier, qui révèle...
Marché des dattes au Maroc : production et enjeux 2024
Le mois sacré de Ramadan est une période clé pour la consommation de dattes, en raison de leur richesse nutritionnelle et de leur rôle essentiel dans la rup...
Ambiance Paisible et Festive : Le Ramadan à Taroudant
Pendant le mois sacré du ramadan, les rues et les souks de Taroudant, habituellement animés, adoptent un rythme plus tranquille en début de journée, pour en...
Tourisme/Indemnité Covid: La convention CNSS toujours pas signée
Les opérateurs de l’industrie touristique s’interrogent toujours sur les motifs à l’origine du retard pris dans la signature par le gouvernement et la C...
Voici la date de Aid Al Fitr 2019 (1440 de l'hégire) au Maroc
Le nouveau croissant du mois de Ramadan 1440 sera visible mardi 4 juin 2019. L'Aid Al Fitr 2019 sera donc fêté les mercredi et jeudi 5 et 6 juin 2019 a...
Des activités saisonnières qui apparaissent pendant le mois sacré : Ces métiers qui gravitent au
La cérémonie du 27ème jour du Ramadan est un rite incontournable. De nombreux commerces changent leurs activités pour organiser cette soirée au grand plais...


vendredi 24 août 2018
0 















Découvrir notre région