«Le Maroc prêt à abandonner le Dirham» au profit d’une monnaie unique ouest-africaine
Rabat, qui aspire à être membre à part entière de la communauté régionale ouest-africaine, est prêt à en assumer toutes les conséquences, y compris adhérer à la zone monétaire commune prévue pour 2020. Entretien exclusif avec Marcel de Souza, président de la communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).
«Dans sa demande (d'adhésion), le Roi a bien écrit que lorsqu'il y aura la monnaie unique, il sera prêt à abandonner le Dirham et à y adhérer.»
Pour Marcel de Souza, président de la communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), interrogé en exclusivité par Sputnik, c'est clair: le Maroc est prêt à abandonner sa devise nationale, le Dirham, dès que la monnaie unique ouest-africaine sera mise en place.
Ces dernières années, Rabat a multiplié les percées diplomatiques et économiques en direction de l'Afrique subsaharienne, particulièrement l'Afrique de l'Ouest, avec laquelle son volume d'échanges a enregistré une croissance annuelle moyenne de 9,1% sur la période 2008-2016. Aboutissement attendu de cette politique, l'adhésion du Maroc à la CEDEAO. Cette communauté régionale, qui rassemble aujourd'hui 15 États, se penchera lors de son prochain sommet, le 16 décembre à Lomé, sur la candidature du Maroc.
Marcel de Souza, président de la communauté CEDEAO, Tunis
«Aujourd'hui, nous voulons aller vers la monnaie unique (…) avec une banque centrale unique pour l'ensemble des 15 pays. Et si on s'élargit à d'autres pays, tous les pays qui vont adhérer vont utiliser cette monnaie unique. C'est ce qui va favoriser les échanges et les moyens de paiement», a détaillé Marcel de Souza.
En dépit de retards accusés sur la convergence macro-économique pour mettre en place cet «euro africain» en 2020, «les chefs d'État ont décidé de garder cette date et on avisera», a simplement indiqué de Souza.
Après la libre circulation des marchandises et des personnes et d'autres avancées, la monnaie unique constitue l'étape ultime de l'intégration de l'Afrique de l'Ouest. La question monétaire reste brûlante dans une région où un ancien clivage s'amplifie aujourd'hui autour du franc CFA, la monnaie coloniale encore partagée par 8 pays. Toutefois,
«le jour où on va (être dans la monnaie unique) tous les accords signés entre les pays qui utilisent le CFA tomberont», a rappelé le patron de la CEDEAO.
Marcel de Souza plaide pour cet « espace sans frontière avec un destin commun», permettant
« un développement inclusif pour éviter que les jeunes ne meurent dans le Sahara, dans la Méditerranée alors que les valeurs ajoutées les plus élevées sont en Afrique»,
assène Marcel de Souza avant de rappeler que «nous regorgeons de potentialités, agricoles, industrielles, dans tous les domaines.»
Ces potentialités ont permis à beaucoup de ces pays, comme le Nigéria, le Ghana, la Côte d'Ivoire et le Sénégal, d'afficher des taux de croissance conséquents. Toutefois, la question se pose aujourd'hui sur la qualité de cette croissance, particulièrement son caractère redistributif.
«Si on veut avoir une croissance inclusive et qui ne laisse personne sur le quai, il faut atteindre des taux de croissance de 7 à 8% sur une vingtaine d'années, pour nous permettre d'avoir des retombées sur l'ensemble des couches (de la population). Nous n'en sommes pas encore là, la pauvreté ne recule pas», a-t-il regretté.
L'Afrique de l'Ouest a subi plusieurs «chocs», ces dernières années, qui ont plombé davantage sa croissance, comme l'épidémie Ebola à partir de 2014, ou la chute des prix des matières premières. Cela sans compter le terrorisme qui mine le Nord Mali et le Nord-Est du Nigéria, avec des percées en Côte d'Ivoire et au Burkina Faso, ainsi que le coût de la démocratie, dont la région figure, pourtant, parmi les bons élèves africains.
Début 2017, la CEDEAO a ainsi eu à gérer la crise post-électorale gambienne, née du refus du président Yahya Jammeh de quitter le pouvoir après avoir perdu les élections. Au terme d'une médiation infructueuse, des troupes ouest-africaines sont dépêchées en Gambie et ont contraint Jammeh à quitter le pouvoir au profit d'Adama Barrow, qui avait remporté la présidentielle de décembre 2016. Un rappel à l'ordre appelé à se reproduire pour prévenir les conflits.
Cela coûte très cher, «mais c'est le prix à payer pour avoir la paix.»
Le 23 Novembre 2017
Source Web : Sputniknews
Les tags en relation
Les articles en relation
Le projet d’adhésion du Maroc à la CEDEAO passé à la loupe à Rabat
Un aréopage de chercheurs et de journalistes débat de la question sous tous ses angles Un parterre d’experts s’est réuni ce mardi au siège du Syndica...
Adhésion à la Cédéao : le Maroc devra patienter
La Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (Cédéao) devait examiner la demande d’adhésion du Maroc le 16 décembre. L’examen est rep...
Dynamiques migratoires en Afrique : le Maroc au cœur des flux migratoires
Le Maroc, traditionnellement vu comme un point de transit vers l'Union européenne, est devenu un lieu d'établissement pour de nombreux migrants, en pa...
Un anneau de températures extrêmes s'étend à travers les mers et océans du monde et atteint les
Les températures océaniques entre les parallèles 35° et 45° se sont encore éloignées des valeurs normales, celles de la mer du Japon, de l'Atlantique...
Le Nouveau Port de Dakhla : Un Pilier Stratégique pour l'Intégration Régionale d'ici 2029
Pilier de l’Initiative Atlantique, le nouveau port de Dakhla, dont la mise en service est prévue pour 2029, a atteint un taux d’avancement de 20%. Ce futur...
Tafilalet. Aux portes du désert, une cité mythique et des ksours sultaniens
Le mausolée Moulay Ali Cherif, ksar Oulad Abdelhlim, ksar Abbar Al Makhzen ou encore ksar Al Fida figurent parmi les chefs-d’œuvre monumentaux de Tafilalet....
Chine, Afrique, Tour BMCE: Les révélations de Othman Benjelloun
ENTRETIEN EXCLUSIF. 18 mois après ses déclarations à Médias24 où il dévoilait ses ambitions en Chine, le président du groupe BMCE revient sur l'état...
Gazoduc Nigeria-Maroc : une étape clé franchie avec l'accord intergouvernemental en phase de final
Le projet du gazoduc Nigeria-Maroc, initié par le Roi Mohammed VI et soutenu par l'ancien président nigérian Muhammadu Buhari, s'apprête à franchir...
CEDEAO : Pourquoi l’adhésion du Maroc traîne autant ?
Le 24 février 2017, le Royaume avait déposé une demande d’adhésion à la Communauté Economique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Bien qu�...
Un des piliers fondamentaux de la croissance africaine : L’industrialisation en Afrique en marche
Les décideurs ont conçu des politiques publiques reposant sur la valorisation des matières premières et le développement du secteur tertiaire. Toutefois ...
Phosphate : enjeux mondiaux de la sécurité alimentaire et impacts de la guerre en Ukraine [Par Cha
Face à une démographie mondiale galopante, on estime à 10 milliards le nombre d’individu à l’horizon 2050, une production durable des engrais est de ce ...
Université Euromed de Fès/ Solidaire avec les Subsahariens en situation difficile
L’Université Euromed de Fès (UEMF), qui est placée sous la Haute Présidence d’Honneur de Sa Majesté Le Roi, a organisé, samedi 31 décembre 2016, un r...


samedi 25 novembre 2017
0 















Découvrir notre région