Marrakech: Un livre sur la mémoire d’un Guéliz qui tend à disparaître
Regarder le passé pour comprendre le présent. Raviver la mémoire aussi. L’ouvrage de Rachel Thomann «Marrakech Le Guéliz, une histoire de patrimoine», publié aux éditions Sarrazines & Co, donne la parole aux Marrakchis. Fraîchement disponible dans tout le Maroc, ce livre est une adaptation du travail universitaire de fin d’études de l’auteure, réalisé en 2013 et dédié au patrimoine architectural urbain de la ville nouvelle de Marrakech, le Guéliz. Son diplôme avec mention en poche, elle laisse son pays d’origine, la Suisse, pour s’installer dans la ville rouge.
Jusque-là, les archives sur ce quartier brillaient par leur absence, rendant ce livre à la fois rare et précieux. Ici, il s’agit d’explorer la notion de patrimoine récent, celle de l’héritage des deux derniers siècles, ou «bâti récent» qui englobe toute construction architecturale érigée en zone urbaine au cours de cette période. De manière générale au Maroc, l’intérêt porté au patrimoine reste timide. C’est encore plus vrai pour le patrimoine récent. Marrakech ne connaissant aucune action concrète de reconnaissance, de patrimonialisation ou de mise en valeur de son bâti récent. Car ses origines coloniales participent au refoulement partiel ou total de cette reconnaissance.
Il était donc essentiel pour Thomann, dans ce délicat contexte, de tenir compte du ressenti et des réticences de la mémoire collective. Alors pendant des mois de recherches, elle a multiplié les rencontres avec certaines personnalités, qui n’occupent parfois plus les mêmes fonctions aujourd’hui. Des personnes de la fonction publique et du secteur privé, liées au tourisme, à la culture et à l’urbanisme. Mais aussi, tout autant d’habitants de Marrakech et du Guéliz. Dès sa nomination en tant que résident général en 1912, Lyautey se préoccupe des questions d’urbanisme.
Secondé par une pléiade d’architectes, il établit les plans directeurs des villes nouvelles de Casablanca, Rabat, Fès et Marrakech. Le mot d’ordre: créer une trame urbaine permettant de relier ces nouveaux quartiers aux médinas. Édifices publics, commerces et habitations sont érigés, en évitant une monumentalité trop arrogante et en intégrant par petites touches des éléments décoratifs marocains. Sa volonté étant d’adapter les acquis modernes au mode de vie traditionnel. On voit ainsi apparaître un nouveau style architectural, basé sur ce mélange du modèle de référence et du savoir-faire local.
Le livre de Rachel Thomann nous promène à travers l’histoire de ce quartier, valorisé par les éléments du paysage déjà présents naturellement.
A travers aussi les constructions du Guéliz, auxquelles la couleur ocre était imposée pour unir la nouvelle et l’ancienne ville par une même identité. Dans ce même souci d’harmonie avec l’architecture locale, il était interdit de construire des immeubles dépassant la taille légale autorisée de 3 étages. L’hôtel de la Renaissance, construit en 1952, faisant figure d’exception. Le lecteur se promène également au gré des souvenirs, comme ceux d’un certain Tabassir qui raconte qu’à la fin des années 60 «la ville nouvelle était un espace transversal pour les Marocains, ils n’y vivaient pas, n’en jouissaient pas. Guéliz était une sorte de ghetto de luxe».
Aujourd’hui, si certaines initiatives privées de valorisation de quelques bâtiments existent, les situations actuelle et future du bâti récent restent incertaines. Sans mesure concrète de protection, le risque est de perdre à jamais l’âme de la morphologie urbaine initiale de ce quartier encore riche de véritables pépites architecturales.
Publier le 09/08/2017
Source web par leconomiste
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mercredi 6 septembre 2017
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