Bourses étudiantes: Le coup de gueule d’un étudiant en médecine
Je m’appelle Ahmed Farissi, je suis en 5éme année à la faculté de Médecine et de pharmacie de Rabat. S’il n’y avait que cela pour me présenter, j’aurais écrit un papier sur la reproduction des flamants roses et du comment prendre soin des bonzaïs du salon…
En règle générale, j’écris pour ne plus avoir à penser, seulement aujourd’hui c’est un appel à repenser quelques soucis que connaît la santé marocaine qui n’est qu’un symptôme d’un mal dans la gestion de notre société.
Nous sommes fin octobre… Walou…
Suite à la marche nationale qui a mobilisé plus de 17 000 étudiants, internes, et résidents en médecine l’année dernière, un accord a été signé le 3 Novembre 2015 entre les représentants de ces derniers et les deux instances en charge, à savoir le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche ainsi que le ministère de la santé. Nous sommes fin Octobre 2016, presque une année plus tard, et la grande majorité des clauses du contrat n’ont pas été tenues et celles qui veulent l’être, sont d’une lenteur affligeante.
Parmi ces clauses, une augmentation insultante comme bourse du médecin externe a été signée sur de la cellulose qui a du mal à fleurir dans une réalité mariant le passé au passif… Des promesses du ministère pour régler une modique somme de 630 Dh par mois en mars, puis une seconde belle promesse en juillet, nous sommes fin octobre… Walou…
Une bourse qui n’est pas dispensée le premier de chaque mois, on appelle cela un rappel… Un rappel que tu vis à crédit et qu’il est temps de payer ‘’moul pissri’’.
C’est difficile à croire mais l’étudiant en médecine dentaire achète son propre matériel à 5000 dh et, ayant besoin d’un quota pour valider son stage, se trouve dans l’obligation de payer les soins pour ses patients afin de réussir son année…
A 25 ans on demande toujours à papa de quoi s’acheter ses polycopiés… Ce qui crée forcément un rapport particulier à l’argent expliquant en partie un cannibalisme professionnel par la suite…
Comme une balle de tennis
Avec le rappel promis de la bourse, j’avais quelques projets pour l’été qui vient de s’écouler. J’étais allé en mai pour récupérer MON argent au bureau de la faculté. Une fois sur place, on me dit qu’il faudrait aller voir ça avec le bureau du ministère de la santé. Je pars au ministère, rien… Je reviens après la promesse du ministre au fameux bureau puis au ministère.
Vivant cette expérience de balle de tennis comme une profonde humiliation, je décide de ne plus y aller à ce fichu bureau, à ne plus demander mon argent. Mes projets de voyage tombant non seulement à l’eau mais aussi à l’océan, je me lance dans un job d’été en tant que plagiste la journée, de gardien de voitures en manque de music techno le soir puis en tant qu’arracheur d’algues des fonds marins pour pouvoir gagner en une seule journée ce que l’Etat peine à me jeter en 7 mois…
S’il y avait qu’une chose à retenir au-delà de l’amateurisme gestionnaire, c’est qu’il faut se prendre en main et de n’attendre rien de personne.
Sacrifice de soi, jusqu’à quand?
Quel message est adressé au citoyen quand deux instances étatiques, censées être garantes des lois du pays ne respectent pas des engagements signés ?
Suite à cette nonchalance ministérielle, les étudiants des 9 facultés de médecine répondant à l’appel de la commission nationale des étudiants ont fait ce mercredi 5 octobre 24 h de grève, sans quitter bien évidemment leurs postes aux urgences et lors des gardes de nuits comme de jour… Mais je crains que si les choses ne s’améliorent pas, l’instinct de survie prendra le dessus sur le sacrifice de soi.
Nous appelons à des politiques efficaces non pas à des coups de com et une politique des chiffres pompeux. Notre revendication principale n’est pas, comme cela a été vendue de manière caricaturale par nos dirigeants, un refus de servir notre Pays pendant 2 ans, bien au contraire, c’est un combat pour apporter au citoyen une qualité de soins dans un pays qui se veut en voie de développement.
Pour qu’un étudiant devienne médecin, il lui faut des services hospitaliers qui dispensent une prise en charge pédagogique pratique (au lit du patient) d’où notre principale revendication signée : l’élargissement des terrains de stages. Un manque de poste budgétaire pour les professeurs et les résidents d’une part et une augmentation de stagiaires du fait de la construction irréfléchie de facultés sans penser le devenir de l’étudiant d’autre part, fait que nous assistons à une réalité faite de 80 étudiants par service de 30 lits en moyenne.
Le Maroc a un manque de 10 000 spécialistes, seulement il y a une ouverture de 200 postes par an. Un chiffre qui peine à tamponner les retraites et les démissions (légitime) … Que veut-on, où va-t-on?
La sommes de ces mesures qui ne s’inscrivent pas dans une vision transversale efficace nous donne, in fine, une formation carencée et par conséquent une qualité des soins médiocre pour le citoyen… sans parler ici du manque criant de logistiques.
La politique n’est pas de construire des bâtiments mais de bâtir des stratégies. Le ministère de l’Enseignement supérieur joue à l’entrepreneur immobilier (tachroune) surexcité de brandir fièrement des chiffres en cartons armés et le ministère de la Santé au gestionnaire d’une salle d’attente à retardement… Prouvant bien que ce n’est pas l’argent qui manque mais sa bonne gestion.
Nous avons proposé une décentralisation de la formation médicale, en dispensant la formation aussi dans les CHP (centre hospitalier périphérique), encore faut-il les mettre à niveau et intégrer ceux qui vivent la réalité du secteur dans les prises de décision, c’est d’ailleurs une autre des clauses principales de l’arrangement signé.
Que fait le ministère ?
Pour ce qui est des flamants roses, ils ne deviennent roses qu’après l’âge de 3ans en moyenne, et il est a noté que pendant les périodes de reproduction des colonies de plus de 200.000 couples vivent en monogamie dans la joie et la bonne humeur.
Le 28 Octobre 2016
SOURCE WEB Par Campus Mag
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lundi 31 octobre 2016
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