Révélations. Les nouvelles ambitions de Othman Benjelloun en Chine
ENTRETIEN EXCLUSIF. Une banque et une compagnie d'assurance en Chine, ouverture du capital de la BMCE à des investisseurs chinois. Révélations du président Othman Benjelloun.
Médias 24: Quand on voit ce qui se passe entre le Maroc et la Chine, on se dit que vous êtes un visionnaire...
Othman Benjelloun: Notre intérêt pour le marché chinois remonte à 45 ans en arrière. J’ai été invité pour la 1re fois en 1971 par le gouvernement du président Mao Tse Toung. Pendant mon séjour chinois de 29 jours, j’ai négocié un contrat de vente de poids lourds Volvo fabriqués par notre usine casablancaise.
N’étant pas encore reconnue par la Suède, la République Populaire de Chine s’était tournée vers notre groupe qui lui a fourni entre 500 et 1.000 véhicules par an. Cette opération qui a duré entre novembre 1971 et 1983 a ouvert la voie aux échanges entre la BMCE et la Chine.
-Les relations de votre groupe avec la Chine se sont accélérées depuis une quinzaine d’années...
-Depuis l’an 2000, les choses ont pris une tournure plus importante, car c’est la date à laquelle nous avons ouvert un bureau de représentation BMCE Bank à Pékin. Depuis cette date, nos 16 années de présence en Chine nous ont permis de multiplier les relations avec les compagnies industrielles, mais aussi avec l’administration chinoise.
-Selon nos informations, vous allez continuer votre expansion bancaire avec l’ouverture d’une banque à Shanghai...
-Effectivement, le gouverneur de la Banque centrale de Chine (BCC) nous a demandé de nous y établir et l’accord préalable pour notre installation a été validé par BAM (Bank Al Maghrib) et la BCC en juin 2016. Ce sera une banque commerciale et une banque d'affaires. Nous investissons donc lourdement en Chine, dans le domaine bancaire, mais pas seulement.
-Avez-vous demandé l’agrément pour ouvrir cet établissement?
-Après la signature de l’accord préalable entre les deux banques centrales, l’agrément nous est acquis et je peux vous affirmer que l’inauguration de cette banque se fera au plus tard au 1er trimestre 2017.
-Votre groupe s’associe à des partenaires chinois pour créer un fonds d’investissement destiné à l’Afrique?
-Les accords signés en présence de SM le Roi et des autorités chinoises au mois de mai stipulent que ce fonds disposera d’un montant de 1 milliard de dollars avant de passer progressivement à 10 MM$. L’opération sera pilotée par la BMCE et la China Development Bank et le Fonds sera opérationnel début 2017.
-A quel type de projets sera destiné ce fonds d’investissement?
-Cette levée de fonds sera utilisée pour le développement d'infrastructures dans des pays africains comme la construction de routes, de ports, d’aéroports, d’universités …
-Quels pays seront concernés?
-Notre groupe est présent dans 23 pays africains, dont certains étaient récemment fermés aux investissements étrangers.
Ainsi, nous avons décroché une licence bancaire en Ethiopie (2e pays le plus peuplé d’Afrique avec 91 millions d’habitants) et nous sommes en négociation avec le Nigéria pour acquérir une banque dans ce pays, qui compte la 1re population du continent (181 millions). Nous comptons aussi nous installer rapidement en Angola.
Tout cela pour dire que notre activité s’étend à toute l’Afrique et que nous ne nous limitons pas à une cible particulière. Partout où il y aura des besoins, notre fonds d’investissement sera présent.
-A terme, vous comptez couvrir tous les pays que compte l’Afrique?
-Dans moins de 20 ans, nous avons l’intention d’être présents sur la totalité du continent, car si aujourd’hui, l’Afrique compte 1,1 milliard de consommateurs, en 2050, ce chiffre passera à 2 milliards.
-Le potentiel est énorme pour les investisseurs étrangers...
-Notre groupe l’a constaté il y a déjà une quinzaine d’années, alors que nos amis européens, américains et asiatiques commencent à peine à découvrir ce potentiel.
L’Afrique est un continent d’avenir, car dans 100 ans, il représentera 40% de la population mondiale. Nous ne faisons qu'anticiper et nous projeter pour les générations futures.
-Combien compte injecter votre groupe dans ce fonds d’investissement?
-Nous n’avons pas encore arrêté de pourcentages avec nos partenaires chinois, même si nous sommes d’accord sur le principe. Pour l’instant, je ne peux pas vous donner de chiffres précis.
-Vous êtes également partenaire pour créer un parc industriel chinois dans la région de Tanger?
-Notre groupe a effectivement contribué à amener nos partenaires chinois à développer un parc dans cette région du nord, qui recèle des atouts exceptionnels pour les investisseurs étrangers. Je cite le port de Tanger Med, l’aéroport international de Tanger et la proximité de la ville avec l’Europe.
Notre partenaire chinois qui va réaliser ce parc est une référence en la matière, car il en a déjà construit en Chine, à Singapour et même en Biélorussie.
La région TTAH (Tanger-Tétouan-Al Hoceima) qui a signé l’accord va mettre à sa disposition 1.000 hectares de terrain qui serviront à l'installation de nouvelles industries, ainsi que des résidences pour une population de 100.000 habitants. Situé à 30 kilomètres de Tanger Med, le parc permettra d’exporter rapidement les produits qui y seront fabriqués.
Ce projet, dont les travaux démarreront à la fin 2016, sera complètement opérationnel dans une dizaine d’années.
-Qu’est ce que la BMCE apporte dans ce projet d’envergure?
-Nous avons un rôle de création de synergie avec les partenaires chinois. La BMCE, qui a l’avantage de les connaître depuis plusieurs décennies, jouera un rôle de facilitateur pour les introduire sur le marché africain, qui peut être compliqué d’accès. Pour faire court, nous amenons sur la table nos réseaux chinois et africain.
-Allez-vous vous implanter directement sur le marché chinois, connu pour être difficile d’accès ?
-Nous n’allons pas nous limiter à accueillir nos amis chinois pour qu’ils investissent au Maroc ou pour qu’ils utilisent notre pays comme un tremplin économique vers l’Afrique.
Nous ne l’avons pas encore annoncé officiellement, mais je peux aujourd’hui vous révéler que la BMCE va investir en Chine. C’est un marché au potentiel illimité, que nous comptons investir car dans moins de 20 ans, la Chine va passer du rang de 2e puissance économique mondiale à la 1re place.
-Hormis le secteur bancaire, vous avez l'intention de vous lancer dans l’assurance en Chine?
-Effectivement, avec nos partenaires (du fonds d’investissement et du parc industriel), nous avons fait une demande de licence d'assurance pour une province chinoise qui a besoin d’un assureur expérimenté comme RMA Watanya.
La condition posée par les autorités chinoises est que le partenaire étranger dispose d’au moins 30 ans d’expérience dans le domaine des assurances et la Royale Marocaine d’assurances va bientôt fêter son centenaire.
-Est-il vrai que vos partenaires chinois veulent entrer dans le capital de la BMCE?
-Ils sont effectivement intéressés et nous leur avons ouvert nos portes dans le cadre d’une augmentation de capital réservée, qui aura probablement lieu courant 2017. Notre future partenaire est un groupe privé extrêmement puissant en Chine.
-Comment s’explique l’intérêt chinois pour la BMCE et pas pour une autre banque marocaine?
-Vous devriez poser la question aux autres banques (rires). Plus sérieusement, je crois que nous récoltons les fruits de notre présence en Afrique depuis 1983, alors que nos confrères n’ont investi ce continent que depuis moins de dix ans. S’ils suivent nos pas, c’est que nous allons dans le bon sens.
-Vous avez créé une nouvelle compagnie maritime à laquelle on prête de grosses ambitions...
-Nous avons créé une compagnie de transport maritime avec des partenaires grecs qui sont des professionnels du secteur.
Africa Morocco Links (AML) fera dans un premier temps du transport de passagers avec un bateau déjà opérationnel et un deuxième qui le sera très rapidement sur les trajets Tanger-Algesiras et Nador-Almeria.
A partir de 2017, nous aurons des lignes entre Tanger-Sète, Tanger-Gênes et Tanger-Livourne, où réside une forte communauté marocaine.
Après cette première phase d’activité limitée au transport de passagers, nous allons créer, toujours avec nos partenaires grecs, une société destinée au transport de marchandises.
Nous allons démarrer l’activité de fret avec l’achat de cinq bateaux neufs pour un montant compris entre 100 et 200 millions de dollars.
Ensuite, nous monterons en puissance avec notre pavillon marocain, car l’ensemble des importations et exportations marocaines soit 100 millions de tonnes par an, sont réalisées par des bateaux battant pavillon étranger.
Le fret et le transport de passagers n’est pas une nouveauté pour le groupe BMCE, car nous avons été actionnaires de la COMANAV pendant près de cinquante ans.
-Y a-t-il d’autres projets conséquents avec les investisseurs chinois ou à l’international?
-Nous en reparlerons plus tard, mais je peux vous dire que BMCE Bank, RMA Wataniya et Finance Com, n’arrêteront pas leur développement sur tous les continents qui veulent bien les accueillir. A ce propos, je dis toujours à mes collaborateurs que pour se développer, notre groupe ne doit avoir aucune frontière.
Le 19 Juillet 2016
SOURCE WEB Par Médias 24
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vendredi 22 juillet 2016
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