Une fondation pour sauver la médina de Marrakech
Associations, experts, ministères concernés et élus locaux, toutes tendances confondues, ont décidé d’unir leurs forces au sein d’une fondation. Celle-ci devrait, officiellement, voir le jour dans quelques semaines…
Ce fut la recommandation la plus importante émise en décembre 2015, lors des cérémonies marquant le 30e anniversaire de l’inscription de la médina de Marrakech au patrimoine mondial de l’UNESCO: créer une fondation capable de restaurer et de sauvegarder cette médina.
De décembre dernier à avril, des experts et responsables divers ont planché sur la question, au sein d’une commission chargée d’élaborer une stratégie de sauvegarde, non seulement de la médina, mais de tout le tissu urbain traditionnel de la région.
Fin avril, 120 personnalités se sont retrouvées à l’Ecole nationale d’architecture de Marrakech, pour, toutes ensemble, décider de la création de la fondation.
Il y avait là des associations, des experts de la culture et du patrimoine, le maire de la ville, une représentante de la Région, mais aussi des enseignants de l’université et des représentants de l’Agence urbaine. Comme l’ont rappelé les organisateurs, la médina de Marrakech est le témoin de l’histoire, l’empreinte cristallisée des sociétés anciennes, le résultat de la lente sédimentation des pratiques sociales et urbaines au cours des âges; elle est un exemple de ce que fut la cité islamique, un ensemble harmonieux où règne une commune mesure entre l’homme, la pièce d’habitation, la maison, le quartier, la ville et l’environnement extérieur, d’où son caractère stimulant, rassurant et humainement chaleureux.
Mais si rien n’est fait, rapidement, la médina de Marrakech, si prisée des habitants de la ville et des touristes, risque de disparaître, rongée par le béton et des constructions modernes, à côté de riads délabrés, jamais entretenus.
La fondation qui est en train de voir le jour est donc très certainement l’ultime solution pour sauver ce qui peut l’être et restaurer le reste.
Et il ne s’agit pas que de la bonne volonté de quelques amis sensibles à la question: la mobilisation est générale. La ville est prête à faire un effort financier. La région également. Et les nombreux -riches- mécènes qui vivent ou passent leurs vacances à Marrakech vont répondre présent, c’est certain.
Il faut de l’argent. Il en faut beaucoup. Même s’il estime qu’il est encore un peu tôt pour donner un chiffre précis, Jaafar Kansoussi, qui coordonne les travaux de création de cette fondation, souligne, à titre de comparaison, que Fès, depuis deux ou trois ans, consacre 6 milliards de DH à la restauration de sa médina: «Celle de Marrakech vaut largement celle de Fès et mérite que l’on se donne les moyens. La médina est la poule aux œufs d’or de la ville: il faut donc la traiter avec égards».
Il ne s’agit pas, simplement, de s’atteler à la restauration des bâtiments : il faut également restaurer l’esprit d’une culture vivante, humaine, traditionnelle et ouverte, qui a toujours caractérisé la médina.
Cela a parfaitement été compris par Abdelghani Tayyibi, directeur de l’Ecole nationale d’architecture de Marrakech, qui a décidé, avec son établissement, de prêter main-forte à la fondation: «Nous pouvons tenir un rôle d’expertise, de technique et d’approche culturelle, car tout est lié. En associant l’école à la fondation, nous associons le corps professoral, mais aussi les étudiants: la restauration du patrimoine fait partie de la vocation de l’école».
Cet enthousiasme aurait fait plaisir au Roi Hassan II, qui s’est toujours préoccupé de la sauvegarde du patrimoine: dès les années 80, il avait chargé une personnalité importante de Marrakech, Mhammed Boucetta de réfléchir à la meilleure façon de réhabiliter la médina. Et dans le même esprit, Hassan II a voulu la restauration, dans les règles de l’art, du minaret de la Koutoubia, avec l’association du Grand Atlas.
Quant au Roi Mohammed VI, il n’a jamais caché son intérêt pour la sauvegarde du patrimoine. Le 26 novembre 1999, il adressait une lettre au comité du Patrimoine mondial: «La ville de Marrakech rassemble sur son sol hospitalier un patrimoine abondant et une riche histoire, rappelant, en chacune de ses ruelles, la position éminente que cette cité a occupé parmi les plus anciennes et les plus grandes villes du monde. C’est aussi une heureuse occasion de partager avec vous vos aspirations et vos préoccupations quant à l’héritage civilisationnel accumulé par l’humanité en tant qu’expression de son génie, de ses valeurs et de son aptitude à mériter la grâce du Seigneur qui a fait de l’homme la meilleure et la plus noble de ses créatures…».
C’est donc un long processus de maturation qui arrive à son terme. La médina a besoin d’un outil à son service, où les expertises et les moyens matériels se combinent pour faire éclore, davantage encore, toutes ses potentialités.
Car, comme le souligne Jaafar Kansoussi, «on ne s’intéresse pas à la médina par nostalgie, mais parce que son patrimoine est une source de richesse qui doit être au service des citoyens de Marrakech».
Le 28 Mai 2016
SOURCE WEB Par Médias 24
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lundi 30 mai 2016
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