Réflexions sur le tourisme marocain Evaluer et faire les comptes
Il y a le discours, ce qu’il dit, ce qu’il dit moins et parfois même ce qu’il passe carrément sous silence. Et puis, il y a les faits, les réalités incontournables que l’on ne peut gommer à coups de communiqués optimistes et de chiffres partiels, réducteurs, qui ne présentent pas toujours toutes les facettes de la situation. C’est pourquoi, le moment est sans doute opportun de faire une évaluation de notre politique touristique qui permette, sans fards, de faire les comptes pour savoir où l’on en est où l’on va.
Créer une commission des comptes
Dans cette perspective, la création d’une commission des comptes du tourisme doit être inscrite à l’ordre du jour. Elle aura notamment une double mission : d’une part, identifier un outil fiable d’analyse et de mesure de ce secteur ; et d’autre part contribuer à un dialogue fécond et suivi avec les professionnels de façon à assurer de façon optimale la promotion du produit marocain à l’étranger. On l’a souvent dit ici : le tourisme est resté longtemps, trop longtemps peut-être le « parent pauvre » des statistiques de la comptabilité nationale. Non pas que des chiffres ne soient pas disponibles : ils existent sur les entrées, les sorties, le taux de fréquentation, la répartition des visiteurs par nationalités, etc… Mais peut-être ne donnent-ils qu’un éclairage limité sur une activité aussi multiforme que le tourisme où se mêlent et s’entrecroisent l’hôtellerie, le transport, le commerce, l’artisanat, la restauration, la culture, l’administration,… C’est pourquoi l’institution d’une commission d’évaluation et de suivi s’impose : elle sera un moyen privilégié de dynamiser la réflexion nationale dans ce secteur plutôt conventionnelle depuis quelques années, fondée pour l’essentiel sur des lieux communs et des slogans sans réel impact.
Pour que cette structure ait des chances sérieuses de viabilité et qu’elle ne soit pas une opération médiatique de plus sans lendemain il convient de la former sur une base paritaire : autrement dit, la moitié de ses membres doivent être impérativement des professionnels, faute de quoi elle ne viendra que conforter, une fois de plus, la bureaucratie existante… c’est en effet de cette manière-là que l’objectif poursuivi, à savoir une meilleure appréhension des réalités et des problèmes du secteur touristique, pourra être atteint dans des conditions conséquentes. C’est également ainsi que le tourisme national dépassera le stade « artisanal » dont il ne s’est pas vraiment éloigné pour être une activité moderne, une industrie de demain. En établissant les comptes du tourisme, l’on pourra sérier les indications pertinentes sur la gestion et la politique des années passées ; on sera ainsi mieux à même de savoir quel est le poids économique et commercial réel de cette industrie dans l’activité économique nationale ; on pourra encore mieux déterminer ce qu’achètent les touristes lors de leurs séjours, ce qu’ils dépensent, ce qu’ils veulent, quelles sont leurs motivations et leurs aspirations ; tous éléments indispensables à l’élaboration et à la mise en œuvre d’une bonne politique d’accueil et de promotion entre les mains de l’O.N.M.T pour permettre à cet organisme de ne plus travailler dans l’à-peu-près mais sur des bases objectives affinées.
Régionalisation et valorisation
Dans cette même optique, une analyse segmentée par type de clientèle pourra aisément être dégagée ; elle établira les modes d’hébergement, les moyens de transports utilisés, le prix de revient de chaque touriste par nationalité, ainsi que les périodes de pointe qui peuvent dans ces conditions être « programmées ». On comprend aussi qu’une telle démarche ne puisse que s’accompagner d’une saisie régionale des données touristiques de sorte que l’économie de nos provinces et de nos régions puisse s’organiser en conséquence. « Voilà qui donnera un sens dans la double acception du terme : une signification et une direction à la régionalisation économique et à la valorisation des potentialités locales que tous appellent de leur vœux. Pour mener à bien ce programme d’action, le département du Tourisme devra œuvrer en étroite liaison avec les professionnels du tourisme et les transporteurs aériens. Ce dispositif à mettre sur pied devra être complété par une analyse chiffrée de l’offre, par une meilleure personnalisat
on du produit, par une évaluation plus fine des emplois créés ou engendrés par le tourisme, ainsi que par la réforme des mécanismes de financement actuels. Sur la base des résultats enregistrés lors des années écoulés de nouveaux objectifs devront alors être fixés sans oublier les moyens de tous ordres pour les réaliser.
Quant à la méthode de travail à retenir dans le cadre de cette commission, l’idée qui doit prévaloir est celle de deux réunions générales au moins dans l’année : la première, en mai, serait l’occasion pour dresser un bilan complet de l’année précédente et pour amender la politique touristique en cours sur la base des données ainsi dégagées ; quant à la seconde, elle pourrait se tenir en novembre pour esquisser le premier bilan de l’année en cours et tracer les objectifs de l’année à venir que ce soit au niveau de l’offre, de la qualité du produit, de l’enveloppe budgétaire à retenir et de la nature et de la dimension de la prochaine campagne de préparation de la saison. Dès lors, ces réunions ne seraient pas cet échange formel, passif, de points de vue, mais l’occasion d’une évaluation complète de la politique touristique sur la base de propositions, de suggestions, d’initiatives et d’imagination.
Essoufflement
Il faut bien le répéter : si tout le monde est d’accord pour développer le flux touristiques vers le Royaume dont les atouts sont considérables, il reste que les moyens mis en œuvre à cet égard restent insuffisants et finalement peu opératoires. Pourtant, les hôteliers se distinguent par l’amélioration constante des prestations offertes.
L’essoufflement de la demande étrangère nous guette si l’on n’y prend garde. Le volume actuel des touristes (environ 9,4 millions) est sans doute significatif ; mais il est loin de nos capacités potentielles. C’est à cela qu’il faut réfléchir avant qu’il ne soit trop tard.
Le 19 Janvier 2016
SOURCE WEB Par La Vie Touristique
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mercredi 20 janvier 2016
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