Rapport 2023-2024 de la Cour des Comptes : Risques et gestion de l’eau
Dans son rapport annuel pour l'exercice 2023-2024, la Cour des Comptes a mis en évidence plusieurs risques pouvant freiner la mise en œuvre des grands projets pour lutter contre le stress hydrique au Maroc. Parmi ces risques figurent l’aggravation de la situation hydrique due au changement climatique, ainsi que des retards dans les projets de dessalement, la reconversion à l’irrigation localisée, l’interconnexion des bassins hydrauliques et la construction de barrages, notamment dans les zones à forte pluviométrie.
Risques majeurs identifiés dans la gestion des ressources en eau
Le rapport met également en lumière des risques liés à des retards dans la réalisation du projet de liaison électrique pour le transport de l’énergie renouvelable du sud vers le centre et le nord du pays, destiné à alimenter les stations de dessalement en énergie propre. La Cour des Comptes souligne aussi la problématique du financement nécessaire à ces projets, les coûts élevés de traitement, de transport et de distribution des eaux usées, ainsi que la nécessité d'un suivi rigoureux de la qualité de l’eau.
Concernant les barrages, certains projets de grande envergure lancés avant le programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation (PNAEPI) 2020-2027 accusent des retards. Parmi ceux-ci figurent les barrages de M’dez (province de Sefrou), Targa Ou Madi (province de Guercif) et le projet de reconstruction du barrage de Sakia El Hamra (province Laâyoune). La Cour des Comptes explique que ces retards sont dus à la résiliation de certains marchés de travaux, mais indique que de nouveaux contrats ont été signés, avec la mise en eau du barrage de M’dez en février 2024 et l’achèvement des autres barrages prévu pour 2026.
Aggravation de la surexploitation des eaux souterraines
Le rapport mentionne également la gestion de la demande en eau, notamment dans le secteur agricole. Malgré les efforts pour moderniser les réseaux d’irrigation et encourager l’irrigation localisée, la demande en eau pour l’irrigation n’a pas été stabilisée. La surexploitation des eaux souterraines a également continué d’aggraver la situation.
En ce qui concerne la réutilisation des eaux usées traitées, celle-ci reste limitée aux secteurs industriels et à l’arrosage des espaces verts. Son utilisation dans l’agriculture est minime en raison de l'absence de cadres institutionnels et juridiques pour partager les coûts entre les gestionnaires des stations de traitement et les agriculteurs. L'absence de normes de qualité pour l’utilisation des eaux usées en agriculture est également un frein majeur.
Les recommandations de la Cour des Comptes
Face à ces défis, la Cour des Comptes a formulé une série de recommandations aux ministères concernés. Le ministère de l’Équipement et de l’Eau est encouragé à renforcer la gestion intégrée des ressources en eau, notamment en préservant les réserves stratégiques en eaux souterraines et en favorisant l’utilisation de ressources non conventionnelles comme le dessalement de l’eau de mer et la réutilisation des eaux usées traitées. Le rapport recommande également d’améliorer la collecte des eaux pluviales et de réduire les pertes dans les réseaux de distribution.
La Cour a aussi recommandé de mieux protéger les barrages contre l’envasement et d’accélérer la mise en œuvre des projets d’interconnexion des bassins hydrauliques. Le ministère de l’Économie et des Finances doit mobiliser les financements nécessaires pour faire face aux défis de la gestion de l’eau, et le ministère de l’Agriculture est invité à accélérer la transition vers l’irrigation localisée.
Enfin, la Cour des Comptes a recommandé aux ministères de l’Intérieur, de l’Équipement et de l’Eau, de l’Agriculture et de la Transition énergétique de développer des synergies entre les secteurs « eau-énergie-agriculture » afin d’optimiser les ressources et favoriser la convergence de ces trois secteurs pour une gestion plus durable de l’eau.
Conclusion
Le rapport annuel de la Cour des Comptes sur la gestion de l’eau au Maroc en 2023-2024 met en évidence des défis importants liés au stress hydrique et à la gestion des ressources en eau. Si les risques sont nombreux, les recommandations de la Cour offrent une feuille de route claire pour améliorer la gestion de l’eau, favoriser l’adoption de solutions innovantes et assurer un avenir durable pour le secteur de l’eau au Maroc.
Le 23/12/2024
Rédaction de lanouvelletribune
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lundi 23 décembre 2024
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