Accord stratégique Maroc-UE : Migration, Économie et Droits humains
Bruxelles cherche à renforcer son influence en Afrique du Nord avec un partenariat stratégique ambitieux sur la migration, tout en jonglant avec des enjeux économiques, politiques et les impératifs des droits humains.
L’Union Européenne (UE) et le Maroc sont en négociations avancées pour conclure un nouvel accord sur la gestion des flux migratoires et la coopération régionale. Après les polémiques autour des accords passés avec la Tunisie et l’Égypte, l’UE mise désormais sur le Maroc, un acteur clé dans les dynamiques migratoires en Méditerranée, pour équilibrer ses relations dans la région.
Un partenariat stratégique pour répondre aux défis migratoires
La nouvelle commissaire européenne pour la Méditerranée, Dubravka Šuica, a confirmé que « le Maroc est un partenaire incontournable dans notre stratégie pour une migration mieux contrôlée et une coopération renforcée ». Avec ce futur accord, l’UE vise non seulement à prévenir les crises migratoires, mais également à répondre aux pressions politiques internes liées à la montée des discours anti-immigration.
Depuis 2014, l’UE a alloué plus de 2,1 milliards d’euros au Maroc pour soutenir des projets liés à la gestion migratoire et à la sécurité des frontières. Ce nouvel accord pourrait s’inscrire dans une démarche similaire à celui signé avec l’Égypte en 2024, estimé à 7,4 milliards d’euros. Outre la migration, ce partenariat comprendrait des initiatives économiques, des programmes de création d’emplois et des investissements dans les infrastructures énergétiques, avec l’objectif d’attaquer les causes profondes de l’émigration irrégulière.
La souveraineté marocaine et l’enjeu du Sahara
Un point délicat dans les discussions reste la question du Sahara marocain. En 2024, la Cour de justice de l’Union Européenne a invalidé un accord agricole et de pêche entre l’UE et le Maroc, en invoquant des arguments contestés par Rabat sur la question de « l’autodétermination ». Cette décision a fragilisé les relations entre les deux parties, le Maroc affirmant que sa souveraineté sur les provinces du Sud est non négociable.
Pour autant, Dubravka Šuica se montre optimiste quant à la résolution des tensions, évoquant la nécessité de privilégier les intérêts communs entre Bruxelles et Rabat. Ce dossier reste néanmoins un enjeu stratégique pour l’UE, qui cherche à maintenir un dialogue constructif avec le Maroc tout en clarifiant sa position sur la région du Sahara.
Migration et droits humains : une gestion responsable mais sous pression
Comme pour les accords passés avec la Tunisie et l’Égypte, des critiques se font entendre, notamment de la part d’ONG, concernant les conditions des migrants. Toutefois, le Maroc a montré des efforts significatifs pour gérer les flux migratoires, malgré des défis socio-économiques internes. Le Royaume accueille de nombreux migrants subsahariens tout en cherchant à garantir des conditions de vie dignes.
Šuica a tenu à rassurer sur ce point en affirmant que le futur partenariat inclura des clauses strictes sur les droits humains, ainsi que des mécanismes de suivi pour garantir leur respect. Elle a déclaré qu’« aucun financement ne sera accordé sans garanties concrètes sur le terrain ».
Un contexte politique tendu en Europe
L’urgence de conclure cet accord s’explique par les pressions croissantes en Europe. La montée en puissance des partis d’extrême droite et une opinion publique préoccupée par la migration incitent Bruxelles à adopter une approche plus ferme en externalisant la gestion des flux migratoires.
Pour le Maroc, cet accord ne se limite pas à la gestion migratoire. Il représente une opportunité stratégique pour renforcer son développement économique et consolider son rôle de leader régional en Afrique. Toutefois, Rabat devra jongler avec ses priorités internes, les attentes européennes et les besoins des migrants présents sur son territoire, tout en affirmant sa souveraineté et son statut d’acteur central dans la stabilité régionale.
Le 18/12/2024
Rédaction de lanouvelletribune
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mercredi 18 décembre 2024
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