CESE : 24 minerais stratégiques et critiques indispensables aux industries 4.0 du Maroc
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Dans son avis rendu public mercredi dernier, le CESE estime que le Maroc devra définir sa propre liste de minerais stratégiques et critiques afin de concrétiser ses ambitions industrielles. En attendant, le Conseil a établi une liste préliminaire de 24 éléments qui pourra être affinée par la suite. Pour le CESE, le Royaume doit s’assurer un approvisionnement suffisant de ces minerais, dont une grande partie provient de l’import, d’autant que le contexte mondial est marqué par une forte demande.
Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) accompagne les ambitions industrielles du Maroc. C’est dans ce cadre qu’il vient d’élaborer un rapport sur « les minerais stratégiques et critiques » dans le cadre d’une auto-saisine. Les résultats de ce travail ont été présentés mercredi dernier à Rabat. L’importance de cette thématique et les enjeux majeurs qui l’entourent ne sont pas à démontrer. Le nouveau modèle de développement, qui table sur le développement d’industries de nouvelle génération, est en effet intimement lié aux minerais stratégiques et critiques. Des secteurs comme les énergies renouvelables, le digital, la chimie verte et Power-to-X, le recyclage des déchets industriels, la mobilité durable, la défense, l'électronique et robotique et la sécurité alimentaire ne peuvent tourner sans ces minerais, qui malheureusement font l’objet d’une forte demande sur le plan mondiale. Le Maroc doit donc s’assurer sa part de ces matières s’il veut asseoir sa souveraineté industrielle.
La demande mondiale des produits miniers toujours plus forte
L’intérêt porté par le CESE à ce sujet, s’explique donc par la forte demande sur les produits miniers et la montée de leur prix, vu leur apport indispensable à l’industrie. «Cette tendance haussière est appelée à se poursuivre dans les 30 années à venir, voire à s’accélérer, eu égard aux objectifs annoncés en matière de transition énergétique, de mobilité propre, de décarbonation et de digitalisation croissante des économies et des sociétés», a souligné Reda Chami lors de cette rencontre. Et pour étayer ses propos, M. Chami a rappelé les estimations de l’Agence internationale de l’énergie (IEA) qui montrent que les besoins en minerais devraient doubler au niveau mondial d’ici 2040, en lien avec les politiques et engagements en matière de transition énergétique. Cette demande pourrait même être multipliée par six dans le cas du scénario idéal de zéro net émission à l’horizon 2050, a-t-il ajouté. Il a mentionné, à ce propos, l’exemple de la voiture électrique qui devrait nécessiter six fois plus de minerais que la voiture thermique et l’exemple d’une centrale éolienne on-shore qui requiert neuf fois plus de minerais qu’une centrale à gaz, voire 13 fois dans le cas d’une centrale éolienne off-shore, a-t-il expliqué.
L’impératif d’une liste de minerais stratégiques et critiques
Or face à la hausse continue de la demande, l’offre demeure contrainte par des niveaux de production et d’investissement jugés insuffisants par rapport aux ambitions de la transition énergétique. Le Conseil souligne dans son rapport que l’accélération de la transition énergétique, de la transformation numérique dans le cadre d’une industrialisation 4.0, ainsi que le renforcement de la souveraineté du Maroc impose de porter un intérêt accru à cette question. Pour le président du CESE, le Maroc et selon une vision prospective, devra définir sa propre liste de minerais stratégiques et critiques afin d’accompagner les chantiers structurants précités.
«Le Conseil note que les autorités de tutelle du secteur n’ont pas encore annoncé la liste officielle de minerais stratégiques et critiques au Maroc. Nous avons proposé une liste des minerais jugés importants pour la poursuite des objectifs sectoriels et des choix stratégiques sur lesquels s’est engagé le Maroc dans le cadre du NMD et de sa politique industrielle», a-t-il souligné en rappelant la composition de la cartographie des potentialités sectorielles à exploiter proposée dans le nouveau modèle de développement. Une cartographie qui concerne des secteurs comme les énergies renouvelables, le digital, la chimie verte et Power-to-X, le recyclage des déchets industriels, la mobilité durable, la défense, l'électronique et robotique, la sécurité alimentaire, les technologies de l'hydrogène vert et la santé et les industries pharmaceutiques.
Tout en soulignant que les listes de minerais stratégiques et critiques – malgré leur importance – ne sont publiées que par un nombre limité d’économies avancées et de grands pays émergents, le rapporteur de la thématique, Abdellah Mouttaqi, a mis en avant l’enjeu pour le Maroc. «Le Maroc devra définir sa propre liste de minerais stratégiques et critiques afin d’accompagner les chantiers structurants. Il s’agit de l’accélération de la transition énergétique, de la transformation numérique dans le cadre d’une industrialisation 4.0 et le renforcement de la souveraineté du pays dans un certain nombre de domaines stratégiques. Le CESE fait la proposition d’une liste 1.0 (liste exploratoire) de minerais stratégiques et critiques spécifiques au Maroc. Cette liste d’orientation devra être affinée par la suite, notamment dans le cadre d’une réflexion multipartite impliquant les principaux intervenants au niveau des écosystèmes minier et industriel, ainsi que sur toute la chaîne de valeur», a-t-il expliqué.
Cette liste est composée de 24 minerais «jugés importants pour la poursuite des objectifs sectoriels et choix stratégiques sur lesquels s’est engagé le Maroc dans le cadre du NMD et de sa politique industrielle». Il s’agit des minerais suivants : aluminium, borates, chrome (Ferro Chromium), étain, germanium, graphite, lithium, magnésite, molybdène, niobium (Ferro Niobium), sélénium, silicium, terres rares, tungstène, barytes, cobalt, fluorspar, manganèse, phosphates, cuivre, nickel, potasse, soufre. Mais le hic, c’est que, comme le relève le rapport du CESE, il y a une forte dépendance du Maroc aux importations et on parle de vulnérabilités menaçant la pérennité des approvisionnements du pays. «Il y a une forte ou totale dépendance du Maroc aux imports pour 17 sur les 24 minerais», souligne Abdellah Mouttaqi.
Les recommandations du CESE pour asseoir la souveraineté industrielle
Après avoir exposé cette liste, le rapport du CESE apporte des réponses sur les moyens à même d’améliorer, d’une manière synchronisée et sur la même trajectoire, la triple performance du secteur minier sur les plans économique, social et environnemental, tout en plaçant les minerais stratégiques et critiques au cœur de la souveraineté industrielle du Royaume. Ainsi, des recommandations s’articulant autour plusieurs grands axes prioritaires ont été formulées.
• Ainsi, il est proposé d’améliorer le cadrage stratégique et institutionnel régissant les activités liées aux minerais stratégiques et critiques et renforcer la gouvernance du secteur. Il s’agit, dans ce volet, d’œuvrer pour l’adoption des textes réglementaires requis pour l’opérationnalisation de la commission des minerais stratégiques et critiques, l’adoption et la promulgation du nouveau statut du mineur pour garantir les conditions d’un travail décent à tous les intervenants, y compris ceux de la sous-traitance, de l’activité artisanale et de la TPME. Il est surtout question de considérer la souveraineté industrielle comme un objectif stratégique de la trajectoire de développement du Maroc en plaçant le secteur minier en général et celui des minerais stratégiques et critiques au cœur de ce concept. Pour cela, le CESE recommande la mise en place d’une «Instance pour l’intégration Mines-Industrie». Une instance à même d’assurer «l’institutionnalisation régulière de la coordination et des synergies entre le secteur minier et le secteur industriel, l’adéquation de l’offre et de la demande nationales en minerais, la composition multipartite…» Démarche à compléter par l’adoption d’une feuille de route spécifique aux minerais stratégiques et critiques sous la responsabilité de l’instance en vue de définir les minerais à valoriser localement et ceux pour lesquels il faut instaurer des quotas d'exportation.
• Il est aussi recommandé de «dé-risquer» le secteur minier pour les investisseurs et d’améliorer son attractivité en définissant une stratégie de financement adaptée au caractère risqué des activités minières, un mécanisme de promotion et de soutien public, adapter la fiscalité du secteur afin d’en améliorer l’attractivité vis-à-vis des investisseurs. Il est aussi proposé, dans ce même axe, de renforcer et promouvoir la productivité du secteur autour de la R&D, du capital humain et de l’organisation des TPME.
• Il est également appelé à sécuriser les chaînes d’approvisionnement et à réduire la vulnérabilité aux sources externes. Et ce en utilisant la liste exploratoire 1.0 proposée par le CESE, relative aux minerais considérés comme stratégiques et les plus critiques pour planifier des politiques pour un approvisionnement stable et durable dans le temps et orienter les programmes d'exploration et de développement du potentiel national. Cela passe aussi par la diversification des sources d’approvisionnement étrangères, la constitution des stocks stratégiques pour les minerais les plus critiques pour la stabilité économique et sécuritaire du pays.
• On insiste aussi sur l’importance de «promouvoir une valorisation nationale des minerais stratégiques et critiques pour un meilleur positionnement au niveau des chaînes de valeur liées à la transition énergétique, numérique et aux orientations du NMD».
• Enfin, l’accent est mis sur la prise en compte du caractère inclusif et durable du secteur minier, notamment à travers la nécessité de généraliser l’obligation d’intégrer les principes de la performance environnementale et sociale. Il y est également appelé à considérer la consultation avec les populations dans sa dimension la plus large et de la maintenir tout au long du cycle de vie des projets afin de garantir la pérennité de l’acceptabilité sociale.
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Les investissements d’avenir : un avis du CESE dans le pipe
La formation de l’avis du CESE sur «les minerais stratégiques et critiques» a nécessité une quinzaine de séances d’audition, notamment avec les opérateurs concernés. C’est ce qui explique la présence des membres de la Fédération de l’industrie minérale (FDIM) et de nombreux opérateurs et experts du secteur à cette rencontre de présentation. Après ce rapport, le CESE va se pencher aussitôt sur un autre projet. Selon Mohammed Fikrat, le président de la commission des affaires économiques et des projets stratégiques (commission qui a chapeauté l’élaboration de ce rapport), la commission compte, toujours dans le cadre d’une auto-saisine, préparer un avis relatif aux «investissements d’avenir». «Nous allons nous atteler immédiatement à une autre thématique tout aussi importante : les investissements d’avenir», a indiqué M. Fikrat.
Source web par : lematin
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