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Cochenille du cactus: le Maroc place ses espoirs dans les 8 variétés résistantes

Cochenille du cactus: le Maroc place ses espoirs dans les 8 variétés résistantes

Depuis son apparition dans la région de Doukkala en 2014, la cochenille a détruit des milliers d'hectares de cactus dans le pays. Des scientifiques de l'INRA d'Agadir ont identifié huit variétés de cactus résistants à cet insecte ravageur. Le Dr. Rachid Bouharroud, revient pour Médias24 sur le processus qui a mené à l'identification de ces variétés.

Le Maroc est en train de mener des actions de multiplication des 8 variétés résistantes à la cochenille qu’il a isolées. Il y place de grands espoirs pour mieux lutter contre cette cochenille dévastatrice des figuiers de Barbarie.

S’étendant sur une superficie d’environ 90.000 ha, les plantations de cactus couvrent quasiment toutes les régions rurales du Royaume. Environ 600.000 tonnes de fruits sont produites annuellement.

Une partie de cette production est valorisée par des coopératives en la transformant notamment en huile de cactus et savon. Une activité rendue possible par l’augmentation (+15%) de la superficie nationale de plantations de cactus entre 2008 et 2019. Mais cette hausse aurait pu être plus importante sans les dégâts causés par un insecte ravageur.

Le cactus résiste aussi bien à la sécheresse qu’au froid (-5°). Par contre, il est sans défense face à la cochenille (Dactylopius Opuntia) dont les attaques rapides et répétées sont dévastatrices. A tel point qu’en Australie et en Afrique du Sud, cet insecte a été introduit pour éliminer le cactus, considéré comme une plante envahissante.

“Dans le cas d’une jeune plantation, la cochenille peut causer une destruction totale en deux ou trois mois. Concernant une plantation âgée, cela peut prendre une année. Le traitement permet seulement de retarder les pertes” nous explique le Dr. Rachid Bouharroud, chercheur et expert en Entomologie et lutte intégrée des cultures.

Introduits au Maroc en 1770 par les colonies espagnoles en provenance du Mexique, les fruits de cactus prolifèrent dans le Rif, le centre du pays et les plateaux et plaines atlantiques. Mais à la différence du Mexique, les variétés de cactus souffrent au Maroc d’un écosystème incomplet.

“Au Mexique, il y a plus de 60 espèces de cactus et pourtant aucun traitement n’est nécessaire, car la biodiversité permet de réduire les nuisances de la cochenille. D’autres insectes contrôlent sa prolifération. Ce qui n’est pas le cas au Maroc” estime M. Bouharroud.

La pérennité du cactus au Maroc est à l’évidence menacée par la cochenille. Pour y remédier, le ministère de l’Agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts a mis en place un plan d’urgence en 2016.

En plus des actions d’intervention d’urgence de traitement chimique, d’arrachage et d’enfouissement des plants de cactus totalement infestés, ce programme avait pour principal objectif la sélection de variétés de cactus résistants.

Depuis son lancement, huit variétés résistantes à la cochenille ont été inscrites au catalogue officiel de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA). A savoir Karama, Ghalia, Aakria, Melk Zhar, Cherratia, Angad, Belara, Marjana.

De chair blanche, rouge ou mauve-sombre, juteux et allant du sucré au très sucré, les fruits issus de ces variétés de cactus arrivent à maturité entre début juillet et fin septembre.

Mais ces variétés sont-elles vraiment résistantes à la cochenille ? De quels genres de résistances s’agit-il ? Quel est le processus qui a permis leur identification ? Explication du Dr. Rachid Bouharroud, membre de l’équipe de chercheurs à l’origine de la découverte de ces variétés.

249 écotypes de cactus multipliés en trois copies

Actuellement, le Maroc est en phase de multiplication des variétés de cactus résistantes à grande échelle, particulièrement dans les régions où sévissent la cochenille, Marrakech, Sidi Ifni et le Souss. Mais avant d’en arriver là, un travail de recherche a été nécessaire, lancé dans les années 90. “C’est à cette époque que l’INRA d’Agadir s’est penché sur la culture du cactus” se souvient Rachid Bouharroud, responsable R&D à l’INRA d’Agadir. “La sécheresse qui sévissait a permis aux chercheurs de constater la résistance du cactus aux conditions climatiques extrêmes”.

D’où l’idée de collecter le matériel végétal de cette plante à partir de plusieurs régions du Royaume afin de poursuivre les études sur la résilience. Mais avec l’apparition de la cochenille, la donne a changé.

“En 2016, nous avons planté un hectare composé de 249 écotypes de cactus, multiplié en trois copies dans la région de Sidi Bennour. Ces plantations ont été réalisées en plein milieu d’une infestation à la cochenille pour déterminer les variétés les plus résistantes” affirme le coordinateur du programme national de la recherche sur le cactus.

Moins d’une année plus tard, les suivis hebdomadaires et les contrôles réguliers des plans servant à déterminer le degré d’infestation des cactus, ont mis en avant huit variétés non infestées.

“Pour s’assurer que ces variétés étaient réellement résistantes, nous avons réalisé une infestation forcée. L’expérience s’est avérée concluante” souligne notre interlocuteur.

Mais comment ces variétés de cactus résistent-elles à la cochenille ? “Il existe deux types de mécanisme de résistances” explique le Dr. Rachid Bouharroud. “Il y a des variétés que la cochenille ne peut pas atteindre et d’autres où la cochenille ne peut pas se reproduire et finit par disparaître”.

Un constat qui n’est pas perturbé par le changement de climat. “La résistance des huit variétés n’est pas impactée par un changement de climat,” assure notre interlocuteur. “Les plantations de cactus se situent dans des régions où le climat est sensiblement le même. Et dans le Nord, la cochenille ne s’adapte pas, car elle a besoin de climats arides, d’une humidité faible et d’une température élevée”.

En revanche, l’hypothèse selon laquelle la cochenille peut réussir à s’adapter aux variétés de cactus résistants n’est pas à exclure.

“La résistance peut en effet être cassée car c’est une interaction entre deux êtres vivants. Certes, depuis 2016, nous avons réalisé des essais qui ont confirmé la résistance des huit variétés, mais en se basant sur la réalité scientifique, rien n’est définitivement acquis,” conclut notre interlocuteur.

Le 27 juin 2022

Source web par : medias24

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