Carburants: le stock de sécurité inférieur à 30 jours, des stations-service risquent de tomber en panne sèche
Dans le meilleur des cas, le stock de sécurité des compagnies de distribution de carburants au Maroc ne dépasse pas la moitié du niveau minimum exigé par la loi. Faut-il s’en inquiéter? Le point avec Mostafa Labrak, expert en énergie et carburants.
Au Maroc, la loi exige un stock de sécurité équivalent à 60 jours de la moyenne de leurs ventes annuelles.
Le respect de ce seuil réglementaire de 60 jours nécessite un total de 2 millions de mètres cubes, aussi bien en termes de capacités de stockage (contenant) qu’en termes de produits (contenu), indique Mostafa Labrak, directeur général d'Energysium Consulting, interrogé par Le360.
Au total, ce niveau de stock, qui doit être respecté en permanence, devrait mobiliser un investissement de l’ordre de 8 milliards de dirhams en capacités de stockage et 28 milliards de dirhams de produits, selon ce même interlocuteur (ces données changent dans le temps en fonction de l’évolution des prix à l’international).
Le stock de sécurité requiert donc de lourds investissements. «Les sociétés de distribution refusent de les supporter car elles estiment que le stock stratégique est du ressort de l’Etat et que la loi est obsolète, nécessitant une mise à jour. C’est un débat qui dure depuis très longtemps», indique cet expert en carburants.
Selon Mostafa Labrak, le stock actuel ne dépasse guère 30 jours dans certaines grandes compagnies et il est de quelques jours seulement, voire déjà nul chez d’autres distributeurs, de taille plus modeste.

Mostafa Labrak, expert en énergie et carburants.
© Copyright : DR
Les capacités de stockage actuelles à la disposition des distributeurs se situent aux alentours de 1 million de mètres cubes, soit un déficit de plus de 1 millions de mètres cubes, qui peut augmenter en fonction de l'augmentation de la demande.
«La crise actuelle a bien montré l’importance du stock de sécurité stratégique qui, à mon avis, devrait être de de l’ordre de 120 jours au minimum, et dont l’Etat serait à la fois détenteur et gestionnaire», suggère cet expert.
La baisse du stock de sécurité a-t-elle eu un impact sur les distributeurs et surtout l’approvisionnement du marché marocain? «Au vu de la rareté du produit et l’insuffisance des stocks, les sociétés de distribution fonctionnent en flux tendus, au risque d’entraîner une rupture d’approvisionnement du fait du retard des livraisons», fait savoir Mostafa Labrak.
Ainsi, poursuit-il, les compagnies n'ont pas suffisamment de flexibilité pour bénéficier de prix plus intéressants que ce qu’elles auraient pu avoir un peu plus tôt.
«C’est le consommateur qui paie le tribut de ce déficit de stockage. Les schémas d'approvisionnement se trouvent aussi perturbés en lien avec les turbulences sur le marché des produits raffinés dans le monde et la difficulté de respecter les contrats en cours», souligne-t-il.
«Certaines compagnies s'en sortent un peu mieux que d’autres et il est fort probable de voir des stations-service tomber en panne sèche», prévient l’expert en énergie.
Comment, dans ce cas, les distributeurs se sont-ils adaptés à cette situation? Même si la concurrence est le maître-mot sur le marché, notamment en termes de prix où règne la logique de «chacun pour soi», certaines compagnies concèdent, quand elles le peuvent, des quantités à des sociétés de petite taille qui ne disposent pas d’infrastructures d’importations, pour éviter que celles-ci tombent en rupture de stocks, et préserver la continuité de l’approvisionnement sur l’ensemble du territoire, fait savoir Mostafa Labrak.
Certaines sociétés, poursuit-il, mutualisent leurs achats et optent pour des approvisionnements groupés afin de bénéficier d’économies d'échelle et surtout trouver des navires de taille convenable pour assurer le fret de leurs cargaisons.
Par ailleurs, interrogé sur la flambée récente du prix du diesel qui a dépassé récemment, pour la première fois au Maroc, celui de l’essence, l’expert affirme que les facteurs à l’origine de cette situation sont toujours présents, à savoir une forte demande sur les produits raffinés et le conflit armé russo-ukrainien qui s’enlise davantage, outre le niet des pays de l’OPEP+, qui s’opposent à l’idée d’augmenter leur production, arguant qu’ils sont au maximum de leurs capacités, tout en profitant au passage de niveaux de prix élevés, qu’ils essaieront de garder le plus longtemps possible.
Le 07/04/2022
Source web par : le360
Les tags en relation
Les articles en relation
Comment le mythe de l’Eurabia s’est-il banalisé ?
Une théorie semble s'implanter durablement dans les politiques d’extrême droite occidentales : le mythe de l’Eurabia. Selon ce dernier, les élites oc...
Fin du pétrole : l'OPEP tente de torpiller la COP28
A quatre jours de la fin des négociations de la COP28, le secrétaire général de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) a demandé dans ...
Pétrole: bientôt une contre-Opep, rassemblant les pays importateurs en Europe et aux Etats-Unis?
Et si les Occidentaux instituaient, en quelque sorte, leur propre organisation des pays importateurs de pétrole? Des discussions préliminaires entre les Etats...
L’OPEP et ses partenaires s’accordent à fermer les robinets
Les prix du pétrole, notamment le Brent devraient repartir à la hausse après des semaines de chute. En effet, un accord sur la baisse de la production entre ...
Le prix du pétrole continue de chuter
Le prix du baril du pétrole continue de chuter, pour atteindre, hier 16 mars, 30,78 dollars américains. Hier 16 mars, le prix du baril a encore chuté de 9,...
La Côte d'Ivoire se prépare à rejoindre l'OPEP suite à la découverte de nouveaux gisements de p
Suite à la récente identification de vastes réserves de pétrole sur son territoire, la Côte d'Ivoire s'engage à remplir les critères nécessaires...
La demande d’énergies fossiles est encore « trop élevée » pour respecter les objectifs climat
A quelques semaines de négociations cruciales à la 28? conférence des Nations unies sur le climat, à Dubaï, l’Agence internationale de l’énergie (AIE)...
#Pétrole_en_question : Nigeria, Angola, Algérie… la hiérarchie des producteurs à nouveau boule
Alors que l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) a récemment décidé d’abaisser son niveau de production de brut, la mesure implique la d...
Maroc : Record d’importation d’amandes, +18% en 2024
Le Maroc a enregistré une hausse significative de ses importations d’amandes en 2024, atteignant un niveau record. Durant les 11 premiers mois de l’année,...
Prix du carburant: « ça devient insupportable » pour les Marocains
Au rythme où augmentent les prix des carburants au Maroc, il faut s’attendre à des lendemains sombres, alertent les consuméristes qui appellent les Marocai...
Maroc : nouvelle baisse des prix du carburant au 1er septembre
Les prix des carburants au maroc ont connu une nouvelle baisse ce lundi 1er septembre 2025 au Maroc, concernant à la fois l’essence et le gasoil. Selon les r...
Maroc : hausse des prix du carburant au 1er juin 2025
Après deux mois de stabilité ou de baisse, les prix des carburants au Maroc connaîtront une légère hausse à partir du dimanche 1er juin 2025 à 00h01, sel...


vendredi 8 avril 2022
0 
















Découvrir notre région