Araignées fouisseuses, cigales géantes, plantes inconnues : un nouveau site riche en fossiles découvert en Australie
Des milliers de spécimens ont été découverts pendant trois années de fouilles "secrètes" menées sur un site fossilifère situé en Australie.
Un Lagerstätte (lieu de stockage en allemand) constitue un site fossilifère contenant une grande concentration de spécimens et/ ou des pièces d'une qualité exceptionnelle. C'est un tel lieu, nommé McGraths Flat, qui est exploré depuis 3 ans maintenant dans les Plateaux centraux, une région de Nouvelle-Galles du Sud près de la ville de Gulgong, en Australie. Sa découverte a été annoncée le 7 janvier 2022, dans la revue Science Advances, par les paléontologues qui ont secrètement fouillé le site afin d'éviter toute "chasse" aux fossiles et d'éventuelles dégradations.
Des milliers de fossiles
Les fossiles qu'il abrite datent du Miocène, il y a 11 à 14 millions d'années. A l'époque, c'était une forêt tropicale semi-humide hébergeant de petits lacs. Elle constituait jadis l'écosystème de la région, depuis devenu aride. Ce site abritait de nombreuses espèces inconnues comme des araignées fouisseuses, des cigales géantes, d'autres insectes ainsi que de nombreuses plantes. L'ensemble est parfaitement conservé : l'examen de certaines pièces en microscopie électronique a permis de distinguer "des cellules individuelles de plantes et d'animaux et parfois même de très petites structures subcellulaires", explique Michael Frese de l'Université de Canberra, dans un communiqué. Ainsi des traces de mélanosomes découvertes dans des tissus dermiques de poissons et des plumes d'oiseaux permettent d'avoir une idée de leur couleur originelle.

Une plume parfaitement conservée. Crédit : Michael Frese.
Autre aspect intéressant, certains de ces fossiles préservent également des preuves d'interactions entre les espèces. Ainsi le contenu de l'estomac de plusieurs poissons a été conservé, ce qui permet d'avoir une idée de leurs régimes alimentaires respectifs. De nombreux insectes avaient des grains de pollen accrochés à leurs téguments : il est ainsi possible de déterminer quelles espèces pollinisaient quelles plantes.
Des signes de changement climatique
Les nombreux fossiles de McGraths Flat ont été dans une roche riche en fer, la goethite. Elle n'est généralement pas considérée comme une source de "bons fossiles". Aussi des conditions bien particulières ont dû prévaloir lors de leur formation. Les chercheurs supposent qu'ils se sont formés lorsque des eaux souterraines et chargées en fer se sont drainées dans le bras-mort d'une rivière piégeant les animaux qui y vivaient ou y sont tombés.
Si la faune et la flore ainsi sauvegardées sont typiques des forêts tropicales du nord de l'Australie, certains indices indiquent qu'un changement climatique était en cours dans cette région. "Le pollen que nous avons trouvé dans les sédiments suggère qu'il pourrait y avoir eu des habitats plus secs autour de la forêt tropicale humide, indiquant un changement vers des conditions plus sèches", explique dans le communiqué Matthew McCurry, de l'Université de Canberra et premier signataire de l'article de recherche.

Matthew McCurry avec un des fossiles découverts. Crédit : Australian Museum.
Durant le Miocène, l'Australie a en effet connu de dramatiques changements dans ses écosystèmes. Au début de cette période, il y a 23 millions d'années, l'île-continent, qui s'était séparée de l'Antarctique et de l'Amérique du Sud et dérivait vers le nord, abritait une grande variété d'espèces végétales et animales. Mais il y a 14 millions d'années environ, un changement brusque du climat connu sous le nom de "perturbation du Miocène moyen" a provoqué des extinctions généralisées.
Tout au long de la seconde moitié du Miocène, l'Australie est progressivement devenue de plus en plus aride, et les forêts tropicales se sont transformées en zones arbustives sèches et désertiques qui caractérisent désormais le paysage. Le site fossilifère récemment découvert, McGraths Flat, offre un aperçu sans précédent de ce à quoi ressemblaient les écosystèmes australiens avant cette aridification.
Le 07.01.2022
Source web par : sciences et avenir
Les tags en relation
Les articles en relation
Économie marocaine : résilience malgré la crise mondiale
Le dernier rapport Global Economic Prospects de la Banque Mondiale, publié en juin 2025, annonce une croissance mondiale historiquement faible, estimée à 2,3...
Séisme : 12 milliards de dirhams collectés par le Fonds 126
L’annonce a été faite ce lundi par le wali de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, à Marrakech. Les contributions financières continuent d’affluer en...
COP27 : le financement des pertes et dommages au cœur des négociations
Le financement des pertes et dommages devrait bien être à l'ordre du jour de la COP27, qui se tient à Charm-el-Cheikh du 6 au 18 novembre. Une victoire m...
SIAM 2025 : Agriculture durable et innovations hydriques
La 17e édition du Salon International de l’Agriculture au Maroc (SIAM), inaugurée à Meknès par le Prince Héritier Moulay El Hassan, se tient jusqu’au 2...
L'Afrique doit se préparer à subir des températures extrêmes durant les prochaines décennies (�
L'Afrique et les Africains doivent se préparer à subir des températures extrêmes durant les prochaines décennies, selon les conclusions d'une étud...
Record de concentrations de gaz à effet de serre en 2018, selon l'ONU
Les principaux gaz à effet de serre (GES) à l'origine du réchauffement climatique ont franchi de nouveaux records de concentration en 2018, et "aucun sig...
Stress hydrique et souveraineté alimentaire : comment le Maroc compte résoudre l’équation
Dans un contexte planétaire marqué par l'incertitude, où les crises se succèdent et le changement climatique se fait de plus en plus pesant, le défi de...
#Changement_Climatique: Des dinosaures à nos jours, l'histoire passionnante du climat
De la disparition des dinosaures à la chute de l’Empire romain, de la révolution industrielle et ses lourdes conséquences au vent de climatoscepticisme qui...
Biodiversité au Maroc : un Parc national en projet à Dakhla–Oued Eddahab
Le Maroc s’apprête à renforcer son réseau d’aires protégées avec la création d’un nouveau Parc national dans la région de Dakhla–Oued Eddahab. Le...
Les émissions de CO2 atteindront un nouveau record en 2022
Malgré l’urgence climatique, les émissions de CO2 se maintiennent à des niveaux records en 2022, alerte le Global carbon project dans son nouveau bilan ann...
Une grande partie de la forêt amazonienne émet maintenant plus de CO2 qu’elle n’en absorbe
Les conséquences du réchauffement climatique sont aujourd’hui visibles partout sur la planète. De la dégradation des écosystèmes à l’acidification de...
Sécheresse au Maroc : Urgence d’innover pour une agriculture résiliente
Face à une sécheresse devenue structurelle, l’agriculture marocaine est contrainte de se réinventer pour assurer la sécurité alimentaire nationale. Moham...


samedi 15 janvier 2022
0 
















Découvrir notre région