«Taxi social», un concept éprouvé pour désenclaver les villages isolés
Lancé en 2013 par une association locale, le concept du Taxi social a changé la vie des villageois de Douiret-Sbaa dans la province de Figuig, un village autrefois enclavé.
Faire renaître de ses cendres un village isolé dans la province de Figuig. C’est la prouesse réalisée par l’initiative communautaire «Taxi social», lancée en septembre 2013 par une association de développement local à Douiret-Sbaa, un village situé au pied de la montagne à 34 km de la commune de Bni Tadjite et à 220 km de Bouarfa, le chef-lieu de la province de Figuig dans la région orientale. Entre 2013 et 2019, le projet a mûri et a réussi à changer la vie des 220 villageois autrefois exclus.
Un modèle à dupliquer
Tout commence en 2013. A l’époque et depuis toujours, les habitants du village devaient parcourir 8 km à pied avant de faire l’auto-stop pour atteindre Bni Tadjite, le centre administratif et commercial le plus proche.
Autrement, l’accès aux services publics de base, à l’administration, aux commerces et au souk était très compliqué. «C’était un calvaire pour les femmes qui ne pouvaient pas se déplacer seules et qui étaient obligés d’être au moins trois. Des fois, ces femmes parcouraient les 8 km sans réussir à trouver un moyen de transport, en transportant des charges lourdes», se remémore Abdelkrim Boughoud, co-initiateur du Taxi social. «On devait payer 170 DH le voyage, soit le même prix pour qu’on débourse pour aller à Rabat ou Casablanca à partir de Bni Tadjite», poursuit-il.
Pour changer la donne, l’association Douiret-Sbaa pour le développement local a décidé de prendre les choses en main. Avec un budget minuscule de 3000 DH, l’ONG loue une camionnette à 340 DH la journée et la met à la disposition des habitants qui devaient payer une contribution de 10 DH le voyage.
«L’idée était d’habituer les habitants à la disponibilité de ce moyen de transport 7j/7 et de se servir du budget pour payer la différence au cas où il n’y aurait pas assez de voyageurs», explique l’acteur associatif. La recette prend bien et les villageois sont de plus en plus encouragés à se déplacer. En 2016, le concept du Taxi social est consacré comme étant une innovation sociale par le programme de soutien aux initiatives civiles «Switch Med».
Les initiateurs bénéficient d’un accompagnement pour le renforcement de leurs capacités durant un atelier à Casablanca et sont conviés par la suite à présenter leur projet à Barcelone en Espagne. Résultat : le Taxi social gagne à la fois en visibilité et en crédibilité.
En 2018, l’association est dotée d’un véhicule financé à hauteur de 295 000 DH, conjointement par le Conseil provincial de Figuig et l’Agence nationale pour le développement des zones oasiennes et de l’arganier (ANDZOA).
Ayant pu désenclaver le village, l’impact du Taxi social sur la vie des villageois de Douiret-Sbaa est pour le moins énorme.
Accès aux services de santé, augmentation du taux de scolarisation des filles, amélioration du revenu des agriculteurs, arrêt de l’exode…. sont autant de résultats d’un véritable cycle vertueux enclenché par le projet. «C’est plus une question d’organisation, d’autonomisation et de mobilisation que d’argent», insiste Abdelkrim Boughoud, qui confie qu’une autre association est en train de dupliquer le projet dans la région de Safi. «Sans auto-organisation des populations, les fonds publics ou privés n’auront jamais les effets escomptés», conclut-il.
A l’heure où le Maroc cherche à améliorer son indice de développement humain (IDH), souvent présenté par les autorités comme étant un indice ne reflétant pas les investissements publics, de telles succes-stories gagneraient à être dupliquées sous l’impulsion des parties prenantes opérant dans le monde rural.
Le 11 octobre 2019
Source web Par La Vie Eco
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lundi 14 octobre 2019
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