Une gestion des risques en rangs dispersés : Les déficits de gouvernance sont patents
Le Maroc a connu ces dernières années plusieurs catastrophes naturelles (séismes, inondations, crues torrentielles, invasions acridiennes, désertification, sécheresse, glissement de terrain …) et certains accidents technologiques. Ces catastrophes ont été à l’origine de pertes de vies humaines considérables, d’importants dégâts matériels et des déficits incalculables sur les plans économique et environnemental.
Le Royaume a, en effet, enregistré 35 épisodes d'inondations entre 1951 et 2015, avec des "crues soudaines capables de transformer les lits secs des "Oueds" (rivières) en "torrents violents et destructeurs", selon une étude du groupe "Zurich Insurance".
Le phénomène a néanmoins commencé à être ressenti d’une façon plus accrue lors des deux dernières décennies, principalement en raison de l’occupation croissante des zones vulnérables d’une part et de l'aggravation des phénomènes extrêmes (sécheresse et crues) suite aux changements climatiques d'autre part engendrant de forts orages localisés à l'origine de crues rapides et violentes.
Pour mémoire, des évènements marquants ont été enregistrés. Notamment en 1995 dans la vallée de l’Ourika, en 1997 dans la région d’El Hajeb, en 2002 dans les villes de Mohammédia et de Settat, en 2003 dans les régions de Tan Tan, Nador, Al Hoceima et Khénifra, en 2008 dans plusieurs régions du Maroc (Rif, oriental, région d’Errachidia, Haouz, …) et en 2014, lorsque de violentes crues liées à de pluies torrentielles avaient fait une cinquantaine de morts et des dégâts considérables dans le Sud du pays.
Ces inondations ont mis à découvert plusieurs faiblesses intrinsèquement liées à la vulnérabilité du tissu socio-économique et des infrastructures de base, ainsi qu’aux insuffisances sur le plan institutionnel, technique, et organisationnel, pour faire face à des catastrophes d’une telle ampleur.
Une étude de l’OCDE sur la gestion des risques Maroc menée entre décembre 2014 et mai 2016 avait conclu qu’«une plus grande exposition aux risques majeurs et des marges de manœuvre budgétaires contraintes vont probablement amener le pays à devoir effectuer des arbitrages en faveur d’une politique de gestion des risques plus structurée et en même temps plus préventive et plus inclusive».
Intitulée «Renforcement de la résilience du Maroc : Apports pour une stratégie intégrée des risques», une étude de la Banque mondiale datant de 2014 avait indiqué que «le Maroc a 90% de chances de subir un évènement causant des pertes de 10 milliards de dirhams dans les 30 prochaines années, ce qui représente 1% du PIB national sur une année donnée». Un tel choc aura potentiellement des effets néfastes sur la trajectoire de croissance du Maroc et sur ses finances publiques rendues fragiles par le contexte économique actuel, a précisé cette institution de Bretton Woods en tirant la sonnette d’alarme : «Le pays connaît des transformations rapides typiques des économies émergentes en développement rapide, telles que l’urbanisation et la littoralisation. La concentration géographique de la valeur ajoutée économique s’accroît et si les tendances lourdes, notamment démographiques, se poursuivent, la vulnérabilité aux risques majeurs et les impacts des événements dommageables vont significativement augmenter. La question des risques majeurs devrait donc se voir reconnaître une place stratégique dans les efforts de planification et la gouvernance ». Ce qui ne semble toujours pas le cas. En effet, les textes fixant les attributions et l’organisation des différents ministères ne reflètent que très médiocrement la préoccupation qui doit être celle du Maroc dans la gestion des risques naturels et technologiques.
Le mot «risque» n’est en effet jamais directement évoqué au frontispice des articles définissant les attributions de chacun des principaux ministères concernés et il faut se reporter aux dispositions concernant l’organisation de certains de ces départements pour voir apparaître le concept même de gestion des risques.
Chaque ministère, en effet, est censé intégrer, dans son action quotidienne, le souci de prévenir les conséquences les plus néfastes des risques naturels ou technologiques, mais la coordination des moyens et des initiatives fait encore souvent largement défaut. De ce fait, on remarque que chacun œuvre à un même objectif avec ses propres moyens mais sans véritable concertation, ce qui amène à une profusion des actions terminées.
Ce qui a fait dire à la BM qu’«il reste des déficits de gouvernance très clairs, avec des politiques trop sectorielles, mono-risques, descendantes, insuffisamment inclusives et qui privilégient la réponse d’urgence et les approches structurelles. Le risque est celui de l’inefficacité et du saupoudrage des ressources, mais aussi que les efforts, qui sont pourtant réalisés, ne puissent pas totalement porter leurs fruits. L’attribution mal établie ou mal comprise des responsabilités et des ressources à des parties prenantes empêche l’émergence d’une stratégie commune ».
Interdiction sans suite
Les disposition de l’article 12 de la loi 10/95 sur l’eau qui stipule qu’« il est interdit d’anticiper de quelque manière que ce soit, notamment par des constructions, sur les limites des francs-bords des cours d’eau temporaires ou permanents, des séguias, des lacs, des sources ainsi que sur les limites d’emprises des aqueducs, des conduites d’eau, des canaux de navigation, d’irrigation ou d’assainissement faisant partie du domaine public hydraulique », sont allégrement et visiblement violées dans beaucoup de cas.
Le 29 Août 2019
Source web Par libération
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samedi 31 août 2019
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