Alaska : des sites archéologiques en péril à cause du changement climatique
La fonte progressive du sol de l'Alaska, sous lequel des vestiges archéologiques dormaient en bon état de conservation, condamne d'innombrables trésors, alertent des archéologues.
Depuis quelques années, des objets émergent du permafrost, cette couche de sol jadis gelée tout au long de l'année, et qui recouvre une grande partie de l'État américain de l'Alaska. Une couche qui tend désormais à fondre sous l'effet du changement climatique.
Le premier objet, un masque de bois, a été découvert par hasard en 2007 par un enfant qui jouait sur une plage de Quinhagak, village rural de l'ouest de l'Alaska, le long de la mer de Bering.

Objets anciens yupik mis au jour ces dernières années par l'équipe d'archéologues de Rick Knecht (12 avril 2019, Quinhagak) (MARK RALSTON / AFP)
Dans les mois suivants, des centaines d'autres artefacts anciens ont émergé du permafrost. Paniers, manches de harpon sculptés, labrets (ornements de lèvre), statuettes, aiguilles d'ivoire pour les tatouages. Ces trésors appartiennent à un ancien lieu de peuplement des Esquimaux yupik et remontent pour certains au XVIIe siècle.
Un musée créé pour entreposer les objets yupiks
Quelque 100.000 objet yupik ancien, la plus grande collection au monde, sont désormais entreposés dans le petit musée créé à Quinhagak.
"C'est de loin la chose la plus extraordinaire que j'aie jamais trouvée en quarante ans de carrière et j'ai travaillé sur des sites plutôt spectaculaires", affirme à l'AFP Rick Knecht, archéologue à l'université d'Aberdeen, en Ecosse.
Depuis dix ans, il dirige l'équipe de fouilles qui tente de sauver les reliques du site découvert à 5 kilomètres de Quinhagak et baptisé Nunalleq, c'est-à-dire "vieux village" en langue yupik.

Reliques du peuple yupik dans les mains de Rick Knecht, le 12 avril 2019 à Quinhagak, en Alaska (MARK RALSTON / AFP)
"Presque tout ce qu'on connaît de la préhistoire yupik provient de ce site", explique l'archéologue en faisant visiter les fouilles à l'équipe de l'AFP. "Les gens d'ici auraient perdu un lien tangible avec leur passé, ce qui aurait été une tragédie incroyable", ajoute l'affable scientifique à la barbe grise.
"Vous pouvez voir le sol se liquéfier"
Même si Rick Knecht se réjouit de cette manne, il est aussi atterré d'imaginer que d'autres gisements d'objets yupiks sont probablement en train de disparaître dans toute l'Alaska.
Car le permafrost qui a protégé ces objets organiques durant des siècles diminue inexorablement. "Vous pouvez voir le sol se liquéfier. C'est comme un pot de crème glacée", se désole le scientifique, en désignant la boue gluante des berges de Quinhagak et les blocs de terre prêts à être engloutis.

L'archéologue Rick Knecht montre les effets du réchauffement climatique sur le site de fouilles où il recherche des objets de peuples anciens yupik, près de Quinhagak, en Alaska (12 avril 2019) (MARK RALSTON / AFP)
"Nous avons sauvé ce site mais des dizaines de milliers d'autres semblables sont en train d'être perdus au moment où nous parlons, à cause du changement climatique" et de l'érosion, insiste-t-il. "Dans certaines régions de l'Arctique, le trait de côte a reculé de plus de 1,5 km."
"Pour chaque masque que nous tirons du sol, des milliers d'autres partent à la mer"
"C'est sinistre. Pour chacun de ces masques merveilleusement préservés que nous tirons du sol, il y en a des milliers d'autres qui partent à la mer dans d'autres sites que personne ne verra jamais."
L'archéologue a été contacté en 2009 par Warren Jones, le responsable du village de 700 habitants, pour tenter de sauver les restes historiques de son peuple.
D'après la datation des objets exhumés, les experts estiment que Nunalleq remonte à la période dite des "Guerres de l'Arc et de la Flèche" qui ont opposé les communautés yupik avant l'arrivée des explorateurs russes en Alaska au début du XIXe siècle. "C'était notre héritage et on se devait de le préserver", se souvient Warren Jones. "Nous ne pouvions pas le laisser se faire avaler par la mer."

Petite sculpture yupik (12 avril 2019, Quinhagak) (MARK RALSTON / AFP)
Convaincre les anciens d'intervenir sur un site ancestral n'a pas été une mince affaire. "Il aura fallu deux ans à Warren Jones pour persuader le village, individu après individu, d'autoriser le projet archéologique", sourit Rick Knecht.
Chaque été, les habitants de Quinhagak fournissent désormais des bénévoles pour aider l'archéologue et ses étudiants dans leurs campagnes de fouilles. "Vous avez ce sentiment terrible d'une course contre la montre, et vous vous rendez compte à quel point le changement climatique est aussi une tragédie culturelle", s'attriste Rick Knecht.
La découverte de ces objets ravive l'intérêt des populations pour leurs traditions
Un point positif tout de même : la découverte inattendue des objets anciens et la création du musée ont suscité un regain d'intérêt des populations yupik pour leurs traditions.
À présent, certains villageois sculptent des répliques d'objets trouvés à Nunalleq, des élèves de l'école locale ont monté une troupe de danse traditionnelle et beaucoup ont commencé à apprendre la langue yupik.
"C'est important que la collection demeure à Quinhagak. Ces objets appartiennent à la communauté", estime Warren Jones. "Mais nous avons envie de les partager et de les prêter à d'autres musées, pour que d'autres gens en apprennent sur nous."
Le 04 mai 2019
Source web : France tv info
Les tags en relation
Les articles en relation
Les émissions de CO2 atteindront un nouveau record en 2022
Malgré l’urgence climatique, les émissions de CO2 se maintiennent à des niveaux records en 2022, alerte le Global carbon project dans son nouveau bilan ann...
Espagne : L’Aemet lève l’alerte rouge après des pluies torrentielles dans le sud et l’est du
L’Agence météorologique nationale espagnole (Aemet) a annoncé jeudi la levée de l’alerte rouge pour intempéries dans le sud et l’est de l’Espagne, ...
Maroc : plan durable pour sécuriser l’eau et l’irrigation
Face à un stress hydrique croissant, le Maroc accélère la mise en œuvre de solutions durables pour sécuriser ses ressources en eau. Cette démarche s’ins...
La baisse de la fécondité mondiale : une étude alarmante et ses implications
Une étude publiée aujourd'hui confirme la tendance à la baisse du taux de natalité dans le monde entier, signalant un phénomène presque mondial. Seuls...
Lutte contre le réchauffement climatique Le Fonds vert pour le climat approuve le financement de 19
Avec ces nouveaux financements au profit des pays en développement, le Fonds vert pour le climat aura approuvé, depuis le début de 2018, 42 nouveaux projets ...
Changement climatique : Quel impact sur le rendement du blé au Maroc ?
Le changement climatique affecte plus durement le rendement de la culture du blé au Maroc. Au niveau mondial, les pertes subies dans la production de cultures ...
Le 46ème Congrès de la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF) réunit 2 000 d
La ville de Marrakech accueille, du 13 au 19 octobre, le 46ème Congrès de la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF), un événement d’e...
Agriculture marocaine : les bio-solutions et biopesticides au cœur de la lutte contre le changement
Réunis à Marrakech lors de la 2e conférence sur l’opérationnalisation des bio-solutions et alternatives biologiques aux pesticides, les experts et profess...
La transition énergétique chinoise n’a rien de durable
La Chine est le premier consommateur et le premier producteur d’énergie au monde. Le pays a amorcé depuis une décennie une diversification de ses sources d...
L’écolo bashing est-il un nouvel avatar du déni climatique type Don't Look Up ?
L’agitation médiatique créée par les jets de matières diverses sur les chefs d’œuvre de la peinture mondiale est-elle vraiment proportionnelle aux acti...
Ce qu’il faut retenir des six derniers rapports du Giec
Réchauffement, extinction des espèces, adaptation nécessaire des pays… À partir du lundi 13 mars, le Giec travaille sur une synthèse de ses conclusions d...
Gestion de l'eau au Maroc : la Cour des comptes dénonce des retards
Dans son rapport annuel 2023-2024, la Cour des comptes a mis en lumière plusieurs dysfonctionnements dans la gestion du secteur de l'eau au Maroc. Malgré ...


mardi 7 mai 2019
0 
















Découvrir notre région