Marché du travail: pourquoi la situation des jeunes marocains ne s’améliore pas
Formation et employabilité étaient au menu d'une réunion plénière de la CGEM.
Taux de chômage élevé, cumul des handicaps... La situation des jeunes marocains sur le marché du travail ne s’améliore pas. “Autrefois il suffisait d’avoir un emploi pour être employable. Aujourd’hui il faut être employable pour avoir un emploi et le conserver”, relève Myriam El Khomri, invitée de la commission talents, formation et employabilité de la CGEM. L’ancienne ministre française du Travail, de l’emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social, a débattu trois heures durant de la problématique des talents, de l’employabilité et de la formation avec des DRH, des universitaires et des acteurs de la société civile.
“Il y a une responsabilité de l’entreprise en matière d’employabilité de leur salarié. Il faut savoir concilier performance sociale et économique”, recommande l’ex-ministre française. Selon Myriam El Khomri, il faut valoriser les compétences acquises sur terrain, en situation de travail. “Cet enjeu de qualification et de formation n’est pas qu’une exigence sociale ou morale, c’est une exigence économique et un enjeu sociétal”, soutient l’ex ministre.
Sur la formation générale, avec 1 millions d’étudiants, les universités marocaines sont de gros pourvoyeurs pour le marché du travail. Or lors de la dernière décennie, elles ont formées des lauréats sans se préoccuper de leur employabilité. “Il y a malheureusement un cloisonnement. C’est à mon sens l’une des explications du taux de chômage qui ne cesse de croître. On ne peut pas répondre au besoin du marché du travail s’il n’y a pas de communication”, avance le doyen de la faculté des Juridiques, Économiques et Sociales de Casablanca.
“En France aussi c’est un débat très compliqué”, réagit El Khomri. “La dichotomie entre le monde de l’éducation nationale et le ministère du travail est la même. Il nous est arrivé avec Najat Vallaud-Belkacem de ne pas nous entendre sur certains projets”, explique-t-elle.
Chômage élevé
Le Haut-commissariat au plan (HCP) affirme, dans ses derniers chiffres que le taux de chômage s’établit à 10,5%. Et d’ajouter que 116.000 postes d’emplois nets ont été créés par l’économie marocaine en 2018 (contre 109.000 l’année précédente), dont 77.000 en milieu urbain et 39.000 en milieu rural. L’économie marocaine, bien que portée par une croissance de 4% en 2017 contre 1,2% l’année précédente, “n’a pas créé suffisamment d’emplois par rapport au nombre de jeunes arrivés sur le marché du travail”, explique l’économiste Larbi Jaidi. Selon lui, ce fort taux de chômage est lié à “la transition démographique” du royaume et de près de 35 millions d’habitants, qui tend ”à recomposer la pyramide des âges, avec de plus en plus de jeunes arrivant sur le marché du travail”.
Autre cause avancée et pas des moindres: une orientation plus fréquente des jeunes générations vers les formations professionnelles, que le gouvernement a érigées en priorité absolue, au détriment des filières longues de l’université. Il en résulte que les jeunes marocains arrivent plus tôt sur le marché du travail en recherche d’un emploi à temps plein.
“L’inversement de la courbe du chômage grâce à la formation professionnelle est une utopie.
Échec de la formation professionnelle
Pour rappel, afin d’inverser la courbe du chômage, le gouvernement a énormément misé sur l’apprentissage et la formation professionnelle. Au point que cette dernière a fait l’objet d’une stratégie nationale à horizon 2021. Mais si former des techniciens spécialisés compétents n’est pas chose aisée, les insérer professionnellement l’est encore moins. 24,5% des lauréats de ces branches sont au chômage, contre 16% pour les lauréats de l’enseignement général. De même, le niveau du chômage s’accroît avec le relèvement du niveau des diplômes dans la formation professionnelle de 16% à 23%, tandis que cet accroissement est de 2% à 10% dans le cas de l’enseignement général.
“Le cas de la formation professionnelle constitue dans le consensus public le remède magique du décollage économique au point de la dispenser de toute évaluation exigeante de son coût et de ses résultats”, pointait le HCP dans son dernier rapport.
“L’inversement de la courbe du chômage grâce à la formation professionnelle est une utopie. Souvent diplômés d’instituts tels que l’OFPPT, les techniciens issus de ces branches sont souvent peu qualifiés. La formation professionnelle a servi à créer des emplois à très faible valeur ajoutée, faisant des salariés marocains, lorsqu’ils arrivent à s’insérer dans le monde du travail, des exécutants bon marché pour des multinationales étrangères souhaitant délocaliser et produire de la richesse à bas coût. Alten, SFR, PSA ou Renault ont des usines et des centres d’appels au Maroc mais leurs ingénieurs et créas sont Français”, explique l’économiste Najib Akesbi au HuffPost Maroc.
La formation professionnelle a servi à créer des emplois à très faible valeur ajoutée, faisant des salariés marocains, lorsqu’ils arrivent à s’insérer dans le monde du travail, des exécutants bon marché pour des multinationales étrangères souhaitant délocaliser et produire de la richesse à bas coût.
30% de jeunes “sans rien”
Plus préoccupant, la proportion de “NEET” (Neither in Employment, Education or Training), ces jeunes de 15 à 29 ans qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation est de 30%, soit prés du double qu’en France (17%). Ces jeunes n’exercent aucune activité particulière. Bien qu’aucune étude précise n’existe sur le sujet, le chemin de croix d’une grande partie d’entre eux commence lorsqu’ils quittent les bancs de l’école. Les abandons scolaires restent très importants, jusqu’à plus de 350.000 par an. Jeunes et peu qualifiés, ils ont logiquement du mal à s’insérer sur le marché de l’emploi. Leur seule option est d’enchaîner de petits boulots précaires, mal payés, souvent dans le secteur informel. Face à la dureté des conditions de travail ils finissent souvent par abandonner.
10 millions de femmes inactives
Statistique alarmante, prés de 10 millions de femmes sont en dehors du marché du travail, soit un tiers de la population marocaine. Le HCP a essayé de dresser un profil de cette catégorie. Ce sont femmes au foyer (76,6%), mariées (60,8%) et ne disposant d’aucun diplôme (63,5%). Interrogées sur les raisons de leur inactivité, plus de la moitié (52,7%) avance le fait de “prendre soin des enfants ou du foyer”, tandis que 17,9% avouent tout simplement ne pas souhaiter travailler. Seules 8% d’entre elles évoquent le refus de leur mari et celui du père ou d’un proche (3,6%) comme explication.
Le 01/11/2018
Source web par: huffpostmaghreb
Les tags en relation
Les articles en relation
BLOG: J’ACCUSE!!!!… LETTRE AU GOUVERNEMENT MAROCAIN – par Maria Mounadi
Dans mes articles, les mots que j’utilise sont simples ; et cette fois-ci encore je ne ferai ni mon Molière ni mon Baudelaire. Cela dit, je me permets de vol...
Gibraltar : Sanchez met la pression en menaçant l'accord sur le Brexit
Le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez a mis la pression mardi sur ses partenaires européens en menaçant de bloquer l'accord sur le Brexit si le r...
Dounia Taârji revient aux affaires publiques
L’ex-gendarme des marchés financiers a été nommée au poste de présidente du directoire du Fonds Hassan II pour le développement économique et social. ...
Génération AI : 1.000 PME marocaines adoptent l’IA
La Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) a lancé, en partenariat avec la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (B...
Forum des oasis face aux changements climatiques dans le contexte de la COP22 : Nouvelle solution po
Lutte contre la sécheresse et les effets du changement climatique au Maroc ; deux solutions prometteuses pour une gestion durable et efficace des ressources en...
Attractivité économique : Encore du chemin à parcourir
L’économie marocaine est-elle attractive ? Une enquête du Centre marocain de conjoncture (CMC), première en son genre, révèle que le niveau d’attractiv...
Formation professionnelle Ouverture des candidatures pour l’obtention de bourses
Les bacheliers souhaitant obtenir une bourse pour poursuivre leurs études dans un institut de formation professionnelle au Maroc peuvent tenter leurs chances d...
Royal Air Maroc lance des séjours hôteliers à l'étranger payables en Dirhams
Depuis le16 octobre 2018, la compagnie nationale dispose d’une plateforme permettant à ses clients de bénéficier d’offres de logements dans le monde enti...
L'implication des entreprises marocaines dans l'investissement en Afrique mise en relief à Berlin
La présidente de la CGEM, Miriem Bensalah Chaqroun, a mis en exergue, mardi à Berlin, l'implication des entreprises marocaines dans l'investissement e...
CRI. Le nouveau modèle pour la semaine prochaine
Le nouveau modèle de Centres régionaux d’investissement (CRI) sera lancé la semaine prochaine. L’annonce a été faite par le ministre de l’Intérieur,...
Le Maroc va-t-il instaurer le repos forcé pour les salariés non vaccinés ?
DEBAT JURIDIQUE. Aziz Akhannouch mobilise le patronat sur la vaccination et en appelle à leur responsabilité. Annonçant des "décisions" pour encadrer l'...
Découpage territorial: création de nouvelles préfectures et provinces
Dans le cadre de la mise en application de la régionalisation avancée et du renforcement du concept de la politique de proximité, le ministère de l’Intér...


lundi 5 novembre 2018
0 















Découvrir notre région