Quel avenir pour les Agences de Voyage?
Jeudi dernier, l’association des agences de voyages de Rabat a manifesté devant le Ministère du Tourisme contre le projet de loi 11-16, en phase ultime de validation par la première chambre.
Au même moment, Le Ministre du Tourisme recevait la Confédération Nationale du Tourisme pour une réunion de travail et de convergence de vue concernant la politique touristique du Royaume.
Le moins que l’on puisse dire est que cette manifestation nous interpelle, privé et public quand au sentiment d’anxiété que peuvent ressentir les agences de voyages face à ce projet de loi qui ce veut Inclusif, Fluide, Flexible et Sécurisé.
J’ai déjà eu à me prononcer sur ce projet il y a de cela plus de deux ans, en démontrant son inconsistance et surtout sa vision utopique d’un business modèle en pleine mutation et qui demande une attention particulière quand à l’avenir de ses acteurs.

Un bref aperçu de l’évolution du nombre d’agences de 2000 à 2017 nous indique une croissance continue puisqu’on nous sommes passé de 681 points de vente en 2000 à 1381 en 2017soit une moyenne de 40 points de ventes par an. Cette courbe croissante semble suivre la croissance nationale en nombre d’arrivées et de nuitée, sauf que la répartition géographique de ces agences indique une nette contradiction avec cette thèse, si on excepte le Région de Marrakech.

En effet, 40% des agences se concentrent dans les régions de Casablanca et Rabat et à quelques exceptions, elles sont plus dans la distribution des titres de transports et l’organisation de voyages out going que dans le réceptif.
Cette activité s’explique par la proximité du Hub de Casablanca et l’implantation des compagnies aériennes nationales et internationales.
La présence des grandes entreprises, des représentations diplomatiques et d’une clientèle nationale à fort pouvoir d’achat, explique aussi la croissance du nombre d’agences de voyages dans ces régions. Ceci étant, 20% de ces agences assurent 80% du business.
Pour ce qui est des régions touristiques, Agadir et Marrakech totalisent 27%, Fez 6% et Tanger 10%.

Autant, nous avons de la visibilité concernant les activités de distribution de titre de transports et de tourisme religieux, les chiffres étant fournis par la Ministère du Tourisme, IATA, Amadeus et le Ministère du Hadj Saoudien, autant le flou persiste sur l’activité tourisme Loisirs, MICE, Nature et Aventure.
Enfin 20% des agences de voyages échappent à tous les radars et on se demande comment elles continuent encore d’exister ?
En toute responsabilité, il serait opportun de décréter un moratoire sur l’attribution des licences, le temps de faire le point sur la viabilité de ce métier partant du principe que cette loi éphémère sera adoptée.

Le changement générationnel et la révolution numérique feront que les consommateurs de demain chercheront à vivre une expérience dans le cadre d’un tourisme responsable et écologique. Le choix d’une destination est la résultante d’un certain nombre de critères auxquels doit répondre l’agent de voyage de demain dans son offre produit. Le métier doit évoluer et s’ouvrir à de nouveaux profils qui devront innover, créer, inspirer, rassurer et veiller sur la réputation de la destination.
Pour cela, ils devront utiliser les nouveaux outils qui leur permettront d’atteindre la nouvelle génération de consommateurs pour qui la connexion wifi est le critère de base de choix d’une destination.
Je pense sincèrement, que le Ministère du Tourisme devrait investir dans des incubateurs au niveau des régions pour faire émerger une nouvelle génération d’agents de voyages à même de répondre aux attentes des marchés émetteurs. La CNT serait partie prenante dans la mise en place de ces incubateurs dans le cadre du contrat progrès.
Les associations régionales, devront accompagner ce virage et s’atteler à mettre en place des ateliers de formation pour leurs membres qui veulent se remettre en question et changer leur modus opérandi. Ceci concerne tous les métiers du tourisme.
Enfin, les agents de voyages devront se défaire du système de rente illusoire que leur procure la licence, pour devenir de véritables entrepreneurs à même de prendre leur part de marché en leur qualité de spécialistes de la destination.
Faute de quoi, les OTA et autres Ubérisateurs prendront définitivement le lead sur notre destination, mettront le curseur pour s’assurer la part du lion et feront des addictions dont on aura beaucoup de mal à se défaire.
Le 14 octobre 2018
Source web par: blog trotter
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mardi 16 octobre 2018
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