"Mutisme contrôlé", la non-stratégie com' du gouvernement (ENTRETIEN)
"Mutisme contrôlé". La communication du chef du gouvernement, Saad-Eddine El Othmani, est ainsi qualifiée par le spécialiste Marouane Harmach. Consultant en stratégie digitale et auteur de plusieurs études portant sur la communication politique dans les réseaux sociaux, ce dernier estime qu’en matière de communication, El Othmani a choisi "le mutisme". "C’est une situation qui n’a pas changé depuis qu’il est à la tête du gouvernement. Sa communication est très limitée et cela se traduit par la quantité réduite de ses sorties médiatiques", constate Harmach.
Peu présent "médiatiquement", Saad-Eddine El Othmani a opté pour une communication qui souffre, selon l’analyste, "d’un manque de fréquence, mais surtout de style attrayant". Et de remarquer qu’après presqu'un an, El Othmani n’a jamais fait de buzz, ni établi de rendez-vous de communication. "Les éléments de langage qu’il avait n’ont pas changé et il n’a pas non plus établi une régularité permettant de créer un lien constant avec l’opinion publique et les utilisateurs de la communication digitale", souligne Marouane Harmach, précisant que cette situation est à l’opposé de celle de son prédécesseur, Abdelilah Benkirane, qui avait "une régularité que ce soit à travers l’agenda politique et celui de son parti".
Mais ce "mutisme" peut être aussi un choix, prévient le spécialiste, affirmant que c’est d’une question de conviction qu’il s’agit avant tout. "Il ne se sent probablement pas dans l’obligation d’échanger avec l’opinion publique et fait passer d’autres priorités avant. Ses déclarations faisant de la communication un fondamental se sont avérées de simples slogans", observe Marouane Harmach.
Rien de surprenant. La communication n’a jamais été "stratégique" pour le gouvernement à en croire l’analyste: "Historiquement, le gouvernement a surtout fait parler de lui à travers des trublions comme Mohamed El Ouafa, à l’époque. Aujourd’hui, ils sont de moins en moins présents médiatiquement".
Moins présents sur les plateaux des émissions de débat, les ministres, estime Marouane Harmach, sont passés vers une nouvelle étape "de prévention des agressivités" que pourrait leur coûter une sortie médiatique quelle qu’en soit la forme. "Nous avons vécu une période post 2011 marquée par la libéralisation de la parole et par un climat d’optimisme. Mais en 2017, nous sommes passés vers un autre temps politique, un cycle de sinistrose politique", analyse-t-il. Et d’ajouter que les ministres ont, peut-être, estimé que "les sorties médiatiques étaient contre-productives pour eux. Ils ont donc préféré éviter tout risque".
Canal sans risque (via communiqués), quelques annonces sur les pages Facebook et/ou twitter personnels, et le tour est joué, pour les membres du gouvernement qui s’en contentent. "Même les conférences de presse, ils en tiennent de moins en moins, dans leur majorité", souligne-t-il, affirmant que cette communication reste "unidirectionnelle" dans laquelle il est question de transmettre des messages, sans plus.
Autre raison: l’analyste soutient que "le mécontentement du roi exprimé à plusieurs reprises aux membres du gouvernement a fait d’eux des mal-aimés aux yeux de l’opinion publique". C’est un facteur qui s’ajoute à un autre qui lui est relatif: les crises sociales qui ont agité Al Hoceima et agitent encore d’autres régions.
La communication des partis politiques, elle, ne se porte pas mieux. Pour Marouane Harmach, les personnalités politiques se sont retrouvées "au deuxième rang" et "le retour à une politique presque technocrate" ne laisse plus de doute. "Les partis se contentent maintenant de sorties médiatiques pour annoncer des projets opérationnels et non des stratégies ou plans d’action. C’est un style de communication de technocrates qui n’estiment pas nécessaire de communiquer avec le grand public", affirme-t-il. Et de rappeler que la communication politique se base essentiellement sur l’établissement d’un lien constant avec l’opinion publique pour la tenir informée d’une manière régulière.
Pour l’analyste, le gouvernement doit établir une stratégie de communication politique afin qu’il puisse réellement établir un lien avec l’opinion publique. "Le b.a.-ba de la communication politique digitale, c’est de faire certifier son compte. Saad-Eddine El Othmani ne l’a pas encore fait!" (du moins jusqu'à la publication de ces lignes).
Le 05 Janvier 2018
Source Web : Huffpostmaghreb
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mardi 9 janvier 2018
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