Tourisme. Cour des comptes: La SMIT vit principalement de la rente foncière
La contribution de la Société marocaine d'ingénierie touristique (SMIT) au tourisme marocain est jugée faible par la Cour des comptes. Ses finances fragiles sont principalement alimentées par "la rente foncière" et le soutien étatique.
La Cour des comptes a publié, ce mercredi 18 janvier, son rapport de mission sur "le contrôle de la gestion de la Société marocaine d’ingénierie touristique (SMIT)". Créée en 2007, cette entreprise publique (sous la tutelle du ministère du Tourisme) a pour vocation la réalisation "d’études d’ingénierie touristique et la promotion des investissements".
Or, le constat après huit ans d'existence est pour le moins décevant.
En effet, "au vu de sa faible contribution", la SMIT "n’a pas pu développer une réelle activité de démarchage lui permettant de participer activement à la promotion des investissements touristiques", constate la Cour.
Cela se vérifie dans les faits: "Pour la promotion des investissements touristiques, le bilan de l'action de la SMIT entre 2012 et 2015 fait état de 158 prospects touchés, dont 60 % dans la zone MENA. Durant la période indiquée, trois conventions seulement furent signées, tandis que le bilan des participations aux forums est quasiment nul en termes de conventionnement", peut-on lire dans le rapport.
La juridiction financière s'est arrêtée sur la "Vision 2020" du tourisme et sa mise en œuvre, à travers l’implémentation des contrats programmes régionaux (CPR). "La SMIT n'a pas pu amorcer une vraie dynamique de mise en œuvre des produits touristiques" tels que définis dans ces CPR.
D'ailleurs, "le taux de réalisation des projets issus des CPR est uniquement de 0,29% à fin juin 2015, sachant que les premiers CPR ont été signés en novembre 2012", épingle l'institution. Cette quasi-inertie témoigne "du manque de planification à la SMIT pour l’opérationnalisation des programmes découlant de ladite Vision."
Plan Azur, des résultats en deçà des ambitions
Lancée dans le cadre de la "Vision 2010" et concrétisée par le contrat programme 2011-2020 conclu entre l’Etat et le secteur privé (novembre 2010), la stratégie de développement touristique appelée " Vision 2020" ambitionne de doubler la taille du secteur, avec la construction d'environ "200.000 lits hôteliers et assimilés". L'objectif est de recevoir 20 millions de touristes en 2020.
Or, jusque-là, les résultats obtenus sont "en deçà des ambitions", surtout sur le chantier "produit touristique", affirme la Cour, lequel relève des "missions légales" de la SMIT. Ce constat déçoit d'autant plus qu'il concerne le plan Azur, son produit phare.
Dans le détail, pour la "Vision 2010", les capacités touristiques réalisées à fin 2010 étaient de 5.475 lits, soit un taux de réalisation de 7,8%. On tablait sur 69.990 lits pour les six stations Azur.
Pour la "Vision 2020", "les capacités réalisées à fin juin 2015 sont de 1.576 lits contre un objectif de 58.540 lits, soit un taux de 2,7% uniquement ", indique la Cour.
Fragilité de la situation financière
"Sur toute la période 2010-2014, le résultat d’exploitation (de la SMIT) est négatif", observe la Cour des comptes qui alerte sur "des éléments de fragilité financière."
La SMIT est une entreprise qui vit de "la rente foncière", c'est-à-dire "de la cession de son patrimoine foncier et non de sa propre production, notamment en services de conseil et d’ingénierie touristique", note-t-elle.
En effet, outre la subvention reçue annuellement du ministère du Tourisme (19,7 MDH), les ventes de terrains dont elle dispose constituent la principale source de revenus de la SMIT. Celle-ci "est appelée à développer un véritable métier d’ingénierie et de consulting touristiques, commercialisable sur le marché, seul moyen pour lui permettre une survie indépendante", assure la Cour.
Cette indépendance semble plus que jamais requise, surtout au vu du nombre important de personnes travaillant pour le compte de la SMIT (104 agents dont 81 ingénieurs et cadres, en plus de 7 contractuels), la masse salariale ayant plus que doublée "entre 2008 et 2014".
Ce à quoi, il faut ajouter le poids des prestataires de services liés à la SMIT, sachant que celle-ci n'a pas pu fournir à la Cour des éléments justifiant l’exercice effectif de certaines prestations au profit de la société. Pis, les investigations ont même "montré que certains prestataires sont également des fonctionnaires du ministère du Tourisme."
Les réponses du ministère du Tourisme à la Cour des comptes
Insuffisance d'études du produit touristique:
Les ressources financières mises à la disposition de la SMIT ne permettent pas à cette dernière de mener l’ensemble des études d’une manière détaillée. Selon le ministère, ce n’est qu’une fois le financement acté que les études sont réalisées de manière approfondie.
Les études et actions réalisées par la SMIT durant ces quatre premières années ont permis d’amorcer une vraie dynamique de développement du produit touristique et de l’environnement touristique au niveau des régions.
Le ministère en veut pour preuve, les engagements financiers des partenaires publics (conventions de mise à niveau urbaines, conventions de financement du produit tourisme de nature et du tourisme culturel, etc.) et privés induits au niveau central et local. Le montant global mobilisé (engagé) dépasse les 118 milliards de dirhams pour l’ensemble des territoires, soit 73% de l’ambition de l’investissement total.
Le Plan Azur:
Le développement des stations Azur est freiné en raison du non-respect des engagements de l’Etat en matière de soutien au plan Azur. Ces engagements sont, entre autres, définis dans le contrat programme de la "Vision 2020" (prime à l’investissement et avantages fiscaux à mettre en place). En ce sens, " plusieurs courriers ont été transmis au département des finances, mais sans suite", déplore le ministère du Tourisme.
La SMIT n’a pas pu développer une réelle activité de démarchage lui permettant de participer activement à la promotion des investissements touristiques:
Les indicateurs de performance de réalisation du produit touristique (le nombre de lits classés est passé de 174.000 lits en 2010 à 227.000 lits à fin juin 2015, avec un engagement de plus 118 milliards de DH) montrent, selon le ministère, "que l’intervention de la SMIT a été d’une valeur ajoutée considérable pour drainer les investissements touristiques et susciter l’intérêt des donneurs d’ordre."
Absence d’implémentation des contrats programmes régionaux:
Le taux d’implémentation fournit par la SMIT est le seul à retenir. Celui communiqué par les services techniques du ministère n’est pas correct (0,29% soit moins de 500 millions de DH.
La SMIT est une entreprise qui "vit de rente foncière" et non de sa propre production :
La SMIT n’a pas vocation à réaliser des prestations de conseil et d’ingénierie touristique pour le compte du privé. Elle ne peut le faire que sur "ordre d’une personne morale de droit public".
Le département du tourisme appelle à la création, pour la SMIT, d'une taxe ou un fonds de recette lui permettant de financer les activités de promotion et d’ingénierie touristique.
Le 18 Janvier 2017
SOURCE WEB Par Médias 24
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samedi 21 janvier 2017
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