Paralysie gouvernementale : l’option d’un arbitrage royal fait son chemin

Paralysie gouvernementale : l’option d’un arbitrage royal fait son chemin
Abdelilah Benkirane est face à une situation de blocage pour la formation du gouvernement. Une implication plus directe du cabinet royal pour forcer une entente entre Benkirane et Akhannouch n'est plus à exclure. MOHAMED DRISSI KAMILI / LEDESK Abdelilah Benkirane est face à une situation de blocage pour la formation du gouvernement. Une implication plus directe du cabinet royal pour forcer une entente entre Benkirane et Akhannouch n’est plus à exclure. MOHAMED DRISSI KAMILI / LEDESK
Abdelilah Benkirane qui exclut l’abandon de l’Istiqlal, ne veut plus discuter qu’avec Aziz Akhannouch. Ce dernier accompagne le roi dans sa nouvelle tournée africaine dont l’agenda est extensif. L’impasse est donc totale pour former un gouvernement avant décembre. Face à la crise, une implication plus directe du Palais n’est pas à exclure
C’est une petite musique qui monte doucement dans les appareils partisans, les salons et dans la bouche des commentateurs politiques. C’était même une option dont se gargarisaient les plus farouches opposants du PJD avant même le verdict des urnes, qui dégoutés par la contrainte démocratique, échafaudaient les plans les plus fous pour barrer la route au bulldozer Benkirane. Désigné chef de gouvernement par le monarque selon les termes de la Constitution, celui-ci devait être ferré dans un corridor sans issue, un peu comme la bête qu’on mène à l’abattoir.
Après une large victoire, mais talonné par un PAM survitaminé jusqu’à l’exténuation de ses supporters, le PJD rame pour parachever sa coalition gouvernementale. Dans ses rangs, et selon les instructions du chef, on ne montre aucune inquiétude. Mais le chef justement, dans sa vidéo du 5 novembre, diffusée opportunément le 14, avait demandé à ses caporaux de tenir la tranchée en rangs soudés. Il sait qu’en face, c’est la stratégie de l’usure qui a été choisie avec un Aziz Akhannouch, souriant, mais intransigeant, qui depuis son sacre express à la tête du RNI, le fait danser sur des charbons ardents.
Dans l’antichambre du véritable pouvoir
La conjoncture est d’ailleurs propice pour ce long étouffement. L’agenda royal en Afrique, – lui-même réglé sur le tempo de l’Union africaine que le Maroc veut reconquérir tant que l’Algérie est occupée à gérer son mal gérontocratique -, et la COP 22 ont, en l’espace de quelques semaines, relégué au second plan la politique intérieure et atténué l’image d’homme d’Etat que la campagne électorale avait donnée à Abdelilah Benkirane.
Le chef du gouvernement joue une partie d’échecs dans l’antichambre du véritable pouvoir. Une partie dont le discours royal de Dakar a redéfini les règles au profit de la technocratie et au nom de la stabilité et de l’efficacité. En rendant publique sa réunion avec son conseil, il se sert de l’opinion publique au nom de « la volonté du peuple », n’hésitant pas à affirmer être l’objet de « tentatives de putschs » à répétition. Même son allié le plus téméraire qui aurait pu donner de la voix a été contraint au silence depuis qu’il a été douché par le cabinet royal : au PPS dit-on, « les sages », dont on connaît le câblage avec le Palais, ont convaincu Nabil Benabdallah de rester à l’écart.
En face, le RNI exige son ticket avec ses alliés, l’UC et le MP et à priori sans l’Istiqlal. Le secrétaire général du MP l’a encore répété dans les colonnes d’Assabah : Mohand Laensar estime « qu’il faut placer l’intérêt de la nation au-dessus de toute autre considération pour constituer une majorité gouvernementale ». Il réitère ainsi son soutien au retour de l’ancienne composition de l’équipe gouvernementale (RNI, PPS, MP et PJD). La réponse de Benkirane n’a pas tardé. Dans une déclaration à Akhbar Al Yaoum, celui-ci affirme qu’il ne sollicitera plus le MP, ni d’ailleurs l’USFP qui lui a opposé une fin de non recevoir. Le Chef du gouvernement a bien compris que son seul interlocuteur est désormais Aziz Akhannouch, mais il a de nouveau écarté toute disqualification de l’Istiqlal.
Malgré une telle impasse, dans les rangs du PJD, l’éventualité de voir confier la mission de former le gouvernement à une autre figure plus consensuelle au sein du parti est une « conjecture illogique et complètement hors sujet ». Si certains organes de presse évoquent un forcing d’une frange du PJD en faveur d’une atténuation des exigences de Benkirane, des sources internes, qualifiées par leurs adversaires de faucons, démentent avec véhémence « ces rumeurs sans fondement », rappelant que la ligne adoptée par le parti « est claire » dans ce sens.
Des options alternative contraignantes
Lors de leur entrevue au pas de course en marge de la COP 22, Benkirane et Akhannouch ont convenu d’attendre la fin de la nouvelle tournée royale en Afrique pour un nouveau round de négociations. Après Madagascar, où Mohammed VI sera présent au 16ème sommet de la Francophonie qui prendra fin le 27 novembre, d’autres étapes au Kenya et au Nigeria sont évoquées, ce qui nous ramène à décembre. Après tout, la situation n’est pas inédite, comme ce fut le cas lors de la formation du gouvernement d’alternance sous la houlette de Abderrahman Youssoufi qui avait duré près de trois mois.
Si la situation demeure inchangée au-delà, la Constitution offre au roi, garant de la continuité des institutions, quatre options d’arbitrage :
– La reconduction du chef du gouvernement désigné pour de nouvelles tractations à la visibilité incertaine, ce que ni le Palais, ni la classe politique, ni les milieux économiques ne souhaitent, les partenaires internationaux étant attentifs par ailleurs à la stabilité institutionnelle du Maroc qui ne peut s’offrir le luxe sur la durée des tergiversations de types espagnole ou belge.
– Le constat d’échec de Benkirane et la désignation d’un autre candidat à la fonction au sein du PJD. Une éventualité que le parti de la lampe redoute et refuse dès à présent. Benkirane a depuis cinq ans acquis une stature particulière au sein du parti et il ne semble pas prêt à rendre son tablier sans faire basculer le PJD dans l’opposition. Par ailleurs, la discipline de fer imposée aux cadors du parti montre que cette voie est manifestement peu probable.
– La désignation d’un chef de gouvernement alternatif au sein du PAM, arrivé second aux législatives d’octobre. Une option qui s’éloignerait de la logique de sortie des urnes, mais qui est constitutionnellement viable, malgré les dénégations du PJD qui agite l’argument d’un déficit démocratique. Or, sa victoire quoique nette, n’est pas non plus un plébiscite. Dans ce cas, une formation homogène et stable serait trouvée, mais la scène politique en serait durablement minée. Un moindre mal pour certains qui jugent que la démocratie est aussi le produit d’un jeu d’alliances post-électorales.
– Enfin, la tenue de nouvelles élections législatives après dissolution du parlement. Compte tenu du coût exorbitant qui saignerait le budget de l’Etat, de la conjoncture politique sur les dossiers chauds au niveau national et international et la perspective d’une nouvelle victoire possiblement plus éclatante du PJD face à un PAM qui aurait du mal à mobiliser de nouveau les baronnies locales, cette solution radicale que souhaiterait in fine le PJD est la plus périlleuse.
Ces quatre possibilités aboutissent toutes à des désagréments. Reste alors un chemin de traverse possiblement envisageable pour le Palais, le roi ayant déjà rappelé avec insistance sa volonté de veiller à la formation d’un gouvernement opérationnel : une implication plus directe de son cabinet dans une entente entre Benkirane et Akhannouch « au nom de la préservation des intérêts supérieurs de la nation ». « Cela aurait au moins l’avantage de la clarté sans être taxé d’entorse à la démocratie, ni d’une exposition du roi qui assume à travers ses fonctions régaliennes son rôle d’arbitre et au-delà de conciliateur », assure-t-on déjà à Rabat, faisant fi de la thèse du retour à une situation anté-2011, ou à des réminiscences du style de gouvernance de Hassan II.
Le 20 Novembre 2016
SOURCE WEB Par Le Desk
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