Maroc-Russie Un partenariat gagnant-gagnant ?
Les échanges commerciaux entre le Maroc et la Russie sont passés de 200 millions de dollars en 2011 à 2,5 milliards de dollars en 2015.
Le Maroc a initié, dans le cadre du renforcement de ses partenariats à l’international, un rapprochement stratégique avec plusieurs pays, dont la Fédération de Russie. Une démarche illustrée par la visite qu’a entreprise S.M. le Roi Mohammed VI dans ce pays, en mars dernier ainsi que par les déclarations et les engagements communs entre le Maroc et la Russie, pour une étroite coopération politique et économique.
Ces derniers mois, les deux pays semblent décidés à consolider leur partenariat sur plusieurs volets. C’est dans ce cadre et pour pérenniser ce partenariat maroco-russe, et sur instructions du Président Vladimir Poutine, qu'une importante délégation d’opérateurs économiques russes s’est rendue au Royaume, les 15 et 16 septembre 2016, dans le but d’explorer les opportunités d’affaires et d’investissements offertes par le Maroc.
Il faut dire que Moscou s’avère être un allié et un partenaire sûr de Rabat en cette période de difficultés économiques et de violence soutenue. Les deux pays auront beaucoup à gagner du renforcement de leur partenariat qui s’avère d’ores et déjà win-win sur les deux plans géopolitique et géoéconomique.
Sur la scène géopolitique, Le Maroc tout comme la Russie affrontent un ennemi commun : le terrorisme. Plusieurs observateurs estiment que l’accord relatif à la protection mutuelle des informations classifiées dans le domaine militaire et militaro-technique, signé par les deux pays lors de la dernière visite officielle de S.M. le Roi Mohammed VI en mars 2016, ouvrirait la voie à l'éventuelle acquisition de matériel militaire sensible.
À ce titre, il convient de rappeler que l’intervention militaire contre les opposants islamistes au régime syrien et contre Daesh en Syrie a été sans conteste l’opportunité qui a permis à la Russie de démontrer la puissance, la qualité et la fiabilité de ses armes, plus précisément les chasseurs-bombardiers, notamment la gamme SU-32. Dans cette lutte antiterroriste, le Maroc reste sans conteste un allié stratégique de taille dans la région, de par son expérience et ses réalisations.
Sur le plan géoéconomique, le but affiché par Vladimir Poutine est de faire de la Russie l'une des 5 économies les plus développées du monde d'ici 2020, Poutine lance un programme de modernisation de l'économie pour réduire la dépendance aux hydrocarbures et atténuer l’exposition de la Russie aux chocs exogènes.
À ce niveau, l’expérience marocaine est citée en exemple en matière de développement économique diversifié alliant croissance et durabilité.
Au moment où le Maroc développe un système bancaire qui contribue à faire de lui le deuxième investisseur africain sur le continent, l’infrastructure bancaire russe est sous-développée, puisqu’elle demeure dépendante des grandes banques étrangères et est souvent adossée aux grands groupes énergétiques. Sur le plan social, quand le Maroc arrive à réduire la pauvreté sur son sol, la Russie voit le nombre de pauvres passer de 15 à 23 millions de personnes en une année, entre 2014 et 2015. À ce niveau, le Maroc peut apporter un savoir-faire et une technicité forgés à travers les dynamiques et les réformes initiées au niveau national depuis plus d’une décennie.
Sur le plan énergétique, la Russie est le partenaire de premier plan pour développer le gaz non liquéfié (GNL) au Maroc et en assurer la sécurité d’approvisionnement à travers le groupe public russe Gazprom, considéré comme le premier producteur, exportateur et détenteur mondial de gaz naturel.
Les relations commerciales entre les deux pays sont, elles, en constante évolution, le commerce bilatéral ayant récemment été aidé par le lancement de deux nouvelles lignes directes entre Casablanca, Agadir et Saint-Pétersbourg, et par l'agence allemande de transport maritime, ce qui permettra au Maroc de booster encore plus sa coopération économique avec le marché russe. Les échanges commerciaux sont passés de 200 millions de dollars en 2011 à 2,5 milliards de dollars en 2015. Un chiffre que les deux pays souhaitent augmenter, afin de le mettre au service du développement des différentes régions du Maroc, notamment celles du Sud. Le Royaume investit des milliards afin de transformer les provinces du Sud en une porte majeure de commerce international, et en qualité d’investisseur et de partenaire stratégique, la Russie a la possibilité de participer au processus de développement social et économique très dynamique de cette région.
Maroc : premier partenaire arabe et africain de la Russie
Sur le plan économique, conscient du rôle déterminant qu’il peut jouer dans la mondialisation, le Maroc met en œuvre tous les moyens dont il dispose pour se mettre en valeur et tirer le meilleur parti possible de ses relations avec ses partenaires et booster son développement économique. Sur ce volet, le Maroc a beaucoup à gagner en jetant les ponts avec la Russie. La Russie est un acteur important de la mondialisation et cela de plus en plus. Elle est actuellement le premier client du Maroc en matière d’agrumes : elle absorbe 60% du volume exporté quand l’Union européenne en absorbe 30 et l’Amérique du Nord entre 10 et 15%. Elle est également importatrice de farine et d’huile de poisson. Les opérateurs marocains en sont conscients et multiplient les actions pour renforcer leur présence dans ce pays. En 2014, le volume des échanges commerciaux a atteint plus de 5 milliards de dollars, confirmant ainsi la place du Maroc parmi les premiers partenaires commerciaux de la Russie sur les plans arabe et africain.
La Russie de nouveau sur la scène internationale
Depuis quelques années, la Russie s'affirme de plus en plus sur la scène internationale. Par des coups d'éclat médiatiques comme l'hospitalité offerte à Edward Snowden en 2013, alors même que la Chine, l'Équateur et le Venezuela avaient refusé de le faire, suite aux pressions américaines. Par des coups stratégiques majeurs comme la promesse arrachée à Bacha Al-Assad de détruire son arsenal chimique en 2013, évitant ainsi des frappes américaines sur le pays. Mais aussi par des manœuvres plus secrètes, mais non moins importantes, qui reflètent la lecture assez claire que la Russie fait du jeu international. Elle a par exemple été la première à affirmer que le rôle de l'Iran était nécessaire dans la résolution du conflit syrien et à demander sa participation à la conférence internationale de 2013.
Une idée qui avait été rejetée alors, mais qui commence à faire son chemin : nous avons en effet observé un réchauffement des relations américano-iraniennes dans lequel le problème syrien joue certainement un rôle clé. Et beaucoup plus important, elle a été l'un des premiers pays à réellement mesurer le danger que représentait la crise syrienne dès les débuts et à prôner d'autres angles pour la résoudre.
L'avènement du groupe «État islamique» et la crise migratoire sévère que subit l'Europe depuis 2 ans ont obligé l'Europe à nuancer sa position, mais son passé reste encore un obstacle pour son futur géopolitique.
Bouchra Rahmouni Benhida
Professeur à l’Université Hassan Ier, elle est aussi visiting professor aux USA, en France et au Liban. Ses travaux de recherche lui ont permis d’intervenir dans des forums mondiaux et des special topics dans des institutions prestigieuses à Hong Kong, en France, au Liban, aux Emirats arabes unis et en Suisse. Elle compte à son actif plusieurs ouvrages : «L’Afrique des nouvelles convoitises», Editions Ellipses, Paris, octobre 2011, « Femme et entrepreneur, c’est possible», Editions Pearson, Paris, novembre 2012, « Géopolitique de la Méditerranée », Editions PUF, avril 2013, «Le basculement du monde : poids et diversité des nouveaux émergents», éditions l’Harmattan, novembre 2013 et de « Géopolitique de la condition féminine », Editions PUF, février 2014. Elle a dirigé, l’ouvrage «Maroc stratégique : Ruptures et permanence d’un Royaume», éditions Descartes, Paris, 2013.
Le 22 Septembre 2016
SOURCE WEB Par Le Matin
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samedi 1 octobre 2016
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