Entrepreneuriat/Climat des affaires Grippée, la machine antichômage
R&D, financement, formation, valeur ajoutée, aide à la création…
L’appréhension du risque et de l’échec, facteur culturel de blocage
Le négoce domine encore
Le négoce et autres formes de commerce de détail représentent la part du lion (près de 60%) auprès des entreprises naissantes, au détriment de services à forte valeur ajoutée
«L’esprit d’entrepreneuriat ne se décrète pas... Le Maroc est un pays peu entrepreneurial». Ce sont là les conclusions d’une récente étude sur la dynamique d’entreprendre au Maroc, menée par le cabinet d’experts Global Enterpreneurship Monitor (GEM). «Avec un taux d’activité entrepreneuriale de 4,44%, la proportion des entrepreneurs est largement inférieure à la moyenne des économies similaires qui est de 14,6%», déduit l’enquête. Par ailleurs, le taux des entrepreneurs établis, qui reflète le stock du tissu économique, révèle aussi une dynamique «nettement moins intense» par rapport aux pays ayant le même niveau de développement. Du coup, les consultants de GEM confirment que «le Maroc a un grand retard à rattraper en matière de création d’entreprises». Même les nouveaux flux annuels de créations d’entreprises ne permettent pas de combler l’écart creusé jusque-là.
Autre bémol relevé chez les chefs d’entreprises marocains: ils sont très peu nombreux à inscrire leurs sociétés dans une stratégie d’innovation orientée produit et/ou marché. D’autant plus qu’ils se démarquent par une faible propension à s’ouvrir sur le marché international et à créer des emplois.
Cette situation peu reluisante s’explique d’abord par des considérations d’ordre culturel. Les experts l’attribuent aux attitudes et comportements liés à l’esprit d’entreprendre… D’ailleurs, l’analyse des indicateurs relatifs à l’intention entrepreneuriale et aux tentatives de création d’entreprise relève «un fossé important» entre le potentiel d’entreprendre (estimé à plus de 30% de la population active) et le faible nombre d’entrepreneurs actifs. Autre explication avancée, encore une fois d’ordre culturel et comportemental, le rapport qu’entretient le Marocain avec l’échec. Ce rapport se caractérise généralement par une appréhension de l’échec et du risque. Selon l’étude GEM, «le rapport qu’entretiennent les Marocains avec l’échec est l’un des principaux facteurs qui expliquent ce paradoxe». En effet, l’appréhension de l’échec ne laisse pas de marge de manœuvre à l’expérimentation, à l’initiative, aux essais et aux erreurs de parcours, analyse l’étude. Les résultats de l’enquête montrent que 41% des Marocains ont peur de s’engager dans une aventure entrepreneuriale. Or, le goût du risque et l’esprit d’entreprendre sont indissociables. «Cette forme d’aversion au risque est à même de constituer un sérieux frein dans la transformation des intentions en actes», signalent les consultants.
Le développement du tissu des entreprises et la viabilité des modèles économiques sont également tributaires du climat des affaires. Cela suppose tout un écosystème favorable autour de grands donneurs d’ordre qui tirent vers le haut les PME et TPE gravitant autour. Sur ce registre, l’étude relève que l’environnement des affaires est plutôt favorable, comparativement aux pays de la région, tant en matière d’infrastructure physique que de réglementation commerciale. En revanche, il y a des maillons faibles qui hypothèquent la pérennité d’un bon nombre de structures. Parmi ces maillons, figurent les proportions homéopathiques de la R&D, le financement inadapté, les limites du système d’enseignement-formation ou encore le peu de structures d’aide et d’accompagnement dans la création d’entreprise. Ce sont là les principales conditions au redécollage de l’entrepreneuriat au Maroc. De l’avis des analystes de GEM, des efforts engagés pour améliorer la visibilité, la cohérence et la performance des aides à la création d’entreprise doivent être inscrits dans la durée afin de replacer le porteur de projet au cœur des dispositifs. Dans le même sillage, les réformes de l’Etat relatives aux programmes et aux structures d’aide à la création d’entreprise doivent être approfondies, notamment en matière de conseil et accompagnement.
Grosso modo, les résultats de l’enquête convergent vers «l’urgence de repositionner la stratégie de la promotion de l’entrepreneuriat et de la création d’entreprise». Il va sans dire que ce repositionnement stratégique ira de pair avec l’esprit d’innovation, la R&D, la valeur ajoutée… Bien évidemment, le challenge est de débloquer l’accès au financement, tout en puisant les ressources d’un système d’enseignement-formation ouvert sur son environnement.
Méthode GEM
GEM mesure les indicateurs des initiatives entrepreneuriales, offrant la possibilité de comparer les pays participants tout en associant les experts les plus réputés du domaine, qui s’efforcent de mieux comprendre les liens entre entrepreneuriat, création d’emplois et croissance économique. Les données du GEM sont collectées à partir de trois sources principales. Primo, des enquêtes auprès de populations d’adultes. Deuzio, des entretiens avec des experts en entrepreneuriat dans chaque pays. Tertio, des données nationales standardisées produites par des organisations internationales. Au Maroc, c’est la première fois qu’un projet d’une telle envergure est mené. L’enquête a porté sur un échantillon représentatif de 2.061 personnes ainsi que sur des entretiens approfondis et des questionnaires auprès de 50 experts. Le projet GEM Maroc est le fruit d’une collaboration entre l’Université du Québec à Trois-Rivières et l’Université Hassan II de Casablanca. Il est soutenu par le Centre de recherche pour le développement international du Canada (CRDI) et la Fondation qatarie Silatech.
Le 07 Juin 2016
SOURCE WEB Par L’économiste
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jeudi 9 juin 2016
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