Déclin inquiétant de l'abeille jaune saharienne au Maroc : un défi pour l'apiculture face à la sécheresse, aux virus et à l'érosion génétique
Le déclin des colonies d'abeilles jaunes sahariennes met en lumière les difficultés croissantes de la filière apicole au Maroc. Cette espèce, résiliente face aux conditions climatiques extrêmes, subit de plein fouet la sécheresse, la raréfaction des ressources mellifères, ainsi que l'impact des virus et de l'érosion génétique.
Endémique au Maroc, l'abeille jaune saharienne est aujourd'hui considérée comme vulnérable, bien que son statut de conservation ne soit pas officiellement reconnu par des organisations internationales telles que l'UICN. Malgré sa résistance aux environnements arides, cette race d'abeilles est gravement affectée par les sécheresses répétées, les virus, et l'introduction d'abeilles hybrides importées, comme l'a révélé une enquête épidémiologique récente dans la région de Drâa-Tafilalet.
Depuis la fin des années 2000, des efforts ont été entrepris pour améliorer les indicateurs de la filière apicole marocaine, qui bénéficie d'une grande diversité de ressources mellifères, notamment les forêts d'eucalyptus, les cultures industrielles, et les plantes naturelles de montagne telles que le thym, l'euphorbe, le romarin, la lavande, et l'armoise. Le Plan Maroc Vert a permis d'importants investissements dans ce secteur, avec un contrat-programme (2011-2020) de 900 millions de dirhams visant à moderniser l'apiculture et à augmenter la production de miel de 3 000 tonnes à 16 000 tonnes. Bien que cet objectif n'ait pas été atteint, la production a tout de même triplé, passant à 8 000 tonnes en 2022, malgré une baisse de 10 % cette année-là.
Le Maroc compte aujourd'hui trois races principales d'abeilles : l'Apis mellifera intermissa et l'Apis mellifera major, toutes deux de couleur noire, et l'Apis mellifera sahariensis, de couleur jaune or. Toutefois, les apiculteurs ont observé, il y a deux ans, un déclin massif des colonies, un phénomène connu sous le nom de syndrome d'effondrement des colonies d'abeilles, déjà signalé dans plusieurs pays comme la France et les États-Unis.
Les premiers résultats d'une enquête menée par l'Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) indiquent que 36,4 % des apiculteurs et 30 % des ruches sont touchés par ce phénomène. Ces chiffres sont d'autant plus alarmants que plus de 90 % des plantes dépendent des insectes pollinisateurs pour leur reproduction, selon l'ONU. Les terres autrefois paradisiaques pour les abeilles sont désormais devenues hostiles, même pour les espèces les plus résilientes.
Outre les défis posés par les pesticides, la sécheresse et la diminution des ressources, les chercheurs sont particulièrement préoccupés par la propagation des virus. Une enquête épidémiologique récente, menée sur 87 ruches du sud-est du Maroc, a révélé la présence de plusieurs virus chez les colonies d'abeilles jaunes sahariennes. Parmi les virus détectés, le virus des ailes déformées (DWV) a montré une forte identité avec des souches provenant de Suède et d'Irlande, soulignant les dangers de l'apiculture migratoire par rapport à l'apiculture sédentaire.
Selon Mohamed Merzouk, secrétaire général de la Fédération interprofessionnelle marocaine de l'apiculture (FIMAP), l'importation d'abeilles hybrides a conduit à une érosion génétique des races marocaines, y compris l'abeille jaune saharienne. La sensibilisation des apiculteurs à cette problématique fait d'ailleurs partie des priorités du nouveau Contrat-programme signé en mai 2023 entre le gouvernement et la FIMAP, lors du Salon international de l'agriculture (SIAM).
Ce programme, d'un budget global de près de 1,6 milliard de dirhams pour la période 2021-2030, prévoit des actions de repeuplement et de réhabilitation de l'abeille jaune saharienne dans les régions du Sud-Est et du Sud. Une unité de fécondation et de repeuplement pour cette race sera également mise en place, avec un soutien financier du gouvernement pour préserver les plantes mellifères essentielles telles que le thym, le romarin et l'armoise, sous la coordination de l'Agence nationale des eaux et forêts (ANEF).
Le 27/08/2024
Rédaction de l’AMDGJB Géoparc Jbel Bani
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